Auteur : Stéphane Feuillas | Rainier Lanselle
Date de saisie : 24/08/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Presses universitaires de Vincennes, Saint-Denis, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-84292-154-5
GENCOD : 9782842921545
La revue Extrême-Orient Extrême-Occident met en lumière dans chacun de ses numéros les particularités théoriques de pratiques intellectuelles et sociales extrême-orientales en insistant sur les contrastes et les différences avec le contexte européen.
Dans la vingt-sixième et dernière livraison, il m'a paru nécessaire avec les différents contributeurs d'interroger à nouveaux frais le champ et les fonctions du discours critique en Chine et dans une moindre mesure dans la pratique bureaucratique du Vietnam ancien. De cet usage du discours et de l'incertitude qui lui est en parte inhérente, les traditions extrêmes orientales sont d'autant plus coutumières qu'abondent dans tous les champs du savoir, textes et pratiques, des jugements, des remarques critiques. La littérature esthétique et pénale, pour ne citer que ces deux exemples, atteste d'une activité de discrimination minutieuse et intense, d'un souci des évaluations et des échelles de pertinence très détaillées. Traités, codes, collections de propos sur la poésie, notations, registres que le goût de l'archive et les devoirs de la recension ont très tôt encouragés et légitimés. Parallèlement, force est d'admettre l'absence d'une théorisation de cette modalité critique en tant que telle.
Cette relative indifférence à la systématisation et à la constitution d'un esprit critique (en tant qu'il serait défini par les contours d'une faculté) n'esquive pas pour autant les difficultés propres à tout jugement. A des titres divers les différents articles de cette livraison semblent, bien au contraire, les mettre en scène. L'inconfort d'une position critique, le trouble parfois amer ? l'enthousiasme aussi ? dans la définition des critères sont directement affrontés. Sont lucidement et méthodiquement pris en compte des moments de «crise de la culture» (et on se souvient du lien essentiel qu'a dégagé notre tradition entre la crise et la critique) ; construites les formes que doit prendre une parole de rectification pour y faire face. Les ressorts de la sélection et de l'exclusion font l'objet de développements et de combinatoires complexes et jamais définitifs.
Pour le dire brutalement, il nous a paru, en analysant des discours aussi divers que la critique littéraire, le propos de sagesse ou la littérature d'exclusion bureaucratique ou esthétique, que la critique n'avait d'autre but que de concourir, avec ses incertitudes et ses doutes, à configurer une notion prégnante dans les savoirs extrême-orientaux, à déterminer, moins des règles et des canons, que ce que peut être le naturel.
Stéphane FEUILLAS
Maître de conférences à l'UFR «Langues et civilisations de l'Asie Orientale»
Université Paris 7- Denis Diderot
L'intérêt de cet ensemble est de présenter d'autres modes du jugement que ceux que la tradition philosophique, littéraire et pratique a développés en Occident. On verra ainsi que, si l'on retrouve bien la triade classique : évaluer / classer / exclure, la pensée chinoise et la bureaucratie vietnamienne - qui, à de nombreux égards, représente une Chine à l'échelle réduite et pour cela mieux observable - ont privilégié des modes où le jugement ne se confond pas avec la décision, ni la critique avec le système ; la remarque discrète, visant l'Éveil, fine et indirecte, tient ici le rôle du parti pris et de la pétition de principe.
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