Auteur : André Derval
Date de saisie : 12/09/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Dossier de presse, n° 3898
Prix : 8.50 € / 55.76 F
ISBN : 2-264-04169-2
GENCOD : 9782264041692
Sorti le : 06/09/2007
Sélectionnées sur près de dix années d'articles de presse et de revues, de 1952 à 1961, les cinquante-six critiques d'En attendant Godot qui forment cet ouvrage restituent le parcours de la réception de la première pièce de Samuel Beckett. Beaucoup mieux accueillie qu'on ne l'a laissé entendre a posteriori, l'oeuvre, à travers ses multiples représentations, est largement célébrée comme marquant une date importante dans l'histoire littéraire. Les plus grands noms de la critique et de la rubrique théâtrale, Jacques Brenner, Bernard Dort, Guy Dumur, Jean Duvignaud, Luc Estang, Roland Barthes, Pierre-Aimé Touchard, Jean Anouilh, Jean Grenier, Morvan Lebesque, Jacques Réda se manifestent, se répondent pour entériner cette révélation et analyser, dans des termes encore valides aujourd'hui, cette pièce maîtresse du théâtre contemporain.
Textes réunis et présentés par André Derval
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Opéra, 30 janvier 1952, M. B.
En attendant Godot, la première pièce de Samuel Beckett
Samuel Beckett, Irlandais d'Irlande, et qui fut le secrétaire de James Joyce, est un curieux homme. Depuis treize ans, il vit en France, à la campagne, mais personne ne le connaît. Infiniment courtois, il hait la foule et la curiosité frivole des journalistes. C'est un solitaire pudique et ombrageux. Pourtant, s'il vous arrive de croiser sa haute silhouette maigre et dégingandée, si vous pouvez apercevoir son visage émacié, ses mains longues et fines, si vous pouvez entendre sa voix douce que colore une pointe d'accent irlandais, vous reconnaîtrez en lui l'un des personnages de ses romans : Molloy ou Malone meurt.
Ce sont les mêmes êtres bizarres qui hantent la première pièce qu'il écrivit et que nous verrons bientôt à Paris : En attendant Godot. Un Godot qui n'a rien à voir avec celui de Jouhandeau, pas même l'orthographe. Où se passe la pièce ? N'importe où, au bord d'une route indécise qui ne mène nulle part. Les personnages, quatre hommes aux noms cocasses : Pozzo et Lucky, Vladimir et Estragon, qui sont n'importe qui. Personnages ? À peine. Antipersonnages plutôt, antihéros sans caractère défini, sans consistance intérieure de sentiments ou de pensée. Nihilisme absolu, désespoir sans révolte et sans passion.
Les quatre protagonistes se confondent bientôt dans un chaos indistinct, pareils, gris, usés, vaguement rattachés à la vie par l'habitude de vivre et par l'obscure attente de ce M. Godot qui ne viendra jamais et dont nul ne saurait affirmer qu'il existe.
Comme la science moderne étudie la désintégration de la matière, Beckett étudie la désintégration de l'être. Avec une acuité extraordinaire, il saisit cette décomposition de la pensée, cette déliquescence des sentiments et des idées, ce fonctionnement mécanique du cerveau. Voilà qui semble aux antipodes du théâtre. Pourtant cette pièce où il ne se passe rien - c'est là le sujet même de cette «inaction» - n'est jamais ennuyeuse ni lassante, tant les scènes sont menées avec un sens très sûr de la progression dramatique et du burlesque, tant l'écriture est nette, précise, serrée. C'est du vrai théâtre, et d'une virulence extrême. Je dirais du cirque, si je ne savais ainsi déplaire à Samuel Beckett, un cirque tragique et vain. Ces quatre personnages ne sont-ils pas des clowns ? Le premier couple, Lucky et Pozzo, maître et valet devenus valet et maître, le second menant le premier en laisse comme un chien, le faisant danser ou «penser tout haut». Vladimir et Estragon, vieux compagnons d'une misère dérisoire, qui n'ont d'autre raison de vivre ensemble que celle de vivre tout court.
En attendant Godot, de Samuel Beckett, sera présenté au public le 6 février, au studio du Club d'Essai de la Radio, 37, rue de l'Université, dans le cadre des émissions «Entrée des Auteurs», dirigées par Michel Polac. Maurice Nadeau, parrain de la pièce, sera présent. Mise en scène, Roger Blin. Interprètes : Blin, Hilling, Lucien Raimbourg, Julien Verdier et le petit Serge Lecointe.
La pièce sera radiodiffusée le 17 février, à 15 h 15.
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