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En attendant Godot de Samuel Beckett : 1952-1961

Couverture du livre En attendant Godot de Samuel Beckett : 1952-1961

Auteur : André Derval

Date de saisie : 12/09/2007

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Dossier de presse, n° 3898

Prix : 8.50 € / 55.76 F

ISBN : 2-264-04169-2

GENCOD : 9782264041692

Sorti le : 06/09/2007


  • La présentation de l'éditeur

Sélectionnées sur près de dix années d'articles de presse et de revues, de 1952 à 1961, les cinquante-six critiques d'En attendant Godot qui forment cet ouvrage restituent le parcours de la réception de la première pièce de Samuel Beckett. Beaucoup mieux accueillie qu'on ne l'a laissé entendre a posteriori, l'oeuvre, à travers ses multiples représentations, est largement célébrée comme marquant une date importante dans l'histoire littéraire. Les plus grands noms de la critique et de la rubrique théâtrale, Jacques Brenner, Bernard Dort, Guy Dumur, Jean Duvignaud, Luc Estang, Roland Barthes, Pierre-Aimé Touchard, Jean Anouilh, Jean Grenier, Morvan Lebesque, Jacques Réda se manifestent, se répondent pour entériner cette révélation et analyser, dans des termes encore valides aujourd'hui, cette pièce maîtresse du théâtre contemporain.

Textes réunis et présentés par André Derval



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  • Les premières lignes

Opéra, 30 janvier 1952, M. B.

En attendant Godot, la première pièce de Samuel Beckett

Samuel Beckett, Irlandais d'Irlande, et qui fut le secrétaire de James Joyce, est un curieux homme. Depuis treize ans, il vit en France, à la campagne, mais personne ne le connaît. Infiniment courtois, il hait la foule et la curiosité frivole des journalistes. C'est un solitaire pudique et ombrageux. Pourtant, s'il vous arrive de croiser sa haute silhouette maigre et dégingandée, si vous pouvez apercevoir son visage émacié, ses mains longues et fines, si vous pouvez entendre sa voix douce que colore une pointe d'accent irlandais, vous reconnaîtrez en lui l'un des personnages de ses romans : Molloy ou Malone meurt.
Ce sont les mêmes êtres bizarres qui hantent la pre­mière pièce qu'il écrivit et que nous verrons bientôt à Paris : En attendant Godot. Un Godot qui n'a rien à voir avec celui de Jouhandeau, pas même l'orthogra­phe. Où se passe la pièce ? N'importe où, au bord d'une route indécise qui ne mène nulle part. Les per­sonnages, quatre hommes aux noms cocasses : Pozzo et Lucky, Vladimir et Estragon, qui sont n'importe qui. Personnages ? À peine. Antipersonnages plutôt, anti­héros sans caractère défini, sans consistance intérieure de sentiments ou de pensée. Nihilisme absolu, désespoir sans révolte et sans passion.

Les quatre protagonistes se confondent bientôt dans un chaos indistinct, pareils, gris, usés, vaguement ratta­chés à la vie par l'habitude de vivre et par l'obscure attente de ce M. Godot qui ne viendra jamais et dont nul ne saurait affirmer qu'il existe.
Comme la science moderne étudie la désintégration de la matière, Beckett étudie la désintégration de l'être. Avec une acuité extraordinaire, il saisit cette décompo­sition de la pensée, cette déliquescence des sentiments et des idées, ce fonctionnement mécanique du cerveau. Voilà qui semble aux antipodes du théâtre. Pourtant cette pièce où il ne se passe rien - c'est là le sujet même de cette «inaction» - n'est jamais ennuyeuse ni lassante, tant les scènes sont menées avec un sens très sûr de la progression dramatique et du burlesque, tant l'écriture est nette, précise, serrée. C'est du vrai théâtre, et d'une virulence extrême. Je dirais du cirque, si je ne savais ainsi déplaire à Samuel Beckett, un cirque tra­gique et vain. Ces quatre personnages ne sont-ils pas des clowns ? Le premier couple, Lucky et Pozzo, maître et valet devenus valet et maître, le second menant le premier en laisse comme un chien, le faisant danser ou «penser tout haut». Vladimir et Estragon, vieux com­pagnons d'une misère dérisoire, qui n'ont d'autre raison de vivre ensemble que celle de vivre tout court.

En attendant Godot, de Samuel Beckett, sera pré­senté au public le 6 février, au studio du Club d'Essai de la Radio, 37, rue de l'Université, dans le cadre des émissions «Entrée des Auteurs», dirigées par Michel Polac. Maurice Nadeau, parrain de la pièce, sera pré­sent. Mise en scène, Roger Blin. Interprètes : Blin, Hilling, Lucien Raimbourg, Julien Verdier et le petit Serge Lecointe.
La pièce sera radiodiffusée le 17 février, à 15 h 15.


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