Passion du livre - tout sur le livre : Lénine dada

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Lénine dada

Couverture du livre Lénine dada

Auteur : Dominique Noguez

Date de saisie : 06/12/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-84263-145-1

GENCOD : 9782842631451

Sorti le : 02/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

L'extraordinaire coïncidence qui fit se côtoyer, à Zurich, en 1916, plusieurs mois durant, Lénine et les premiers dadaïstes est longtemps passée inaperçue.
Au fait, était-ce une coïncidence ?
L'étude patiente et méticuleuse de cet épisode trop mal connu conduit Dominique Noguez à une découverte stupéfiante, qui remet radicalement en cause la vision qu'on avait jusqu'ici du leader bolchevique, de sa politique et, d'une façon générale, de l'histoire contemporaine.





  • La revue de presse - Le Figaro du 6 décembre 2007

Dominique Noguez, s'appuyant sur des archives irréfutables qu'il agence avec une maestria toute borgésienne, part de ce point biographique véridique pour expliquer en quoi la révolution russe est l'événement dada par excellence du XXe siècle. Plutôt que de parler de marxisme-léninisme, il serait donc plus judicieux d'utiliser le terme de marxisme-dadaïsme pour comprendre ce qui s'est vraiment passé pendant la révolution d'octobre 1917 dont ce Lénine Dada, paru une première fois en 1989, juste avant la chute du mur de Berlin - à laquelle il a manifestement contribué -, apparaît plus que jamais comme la clef herméneutique décisive...
Au-delà de la farce érudite, précise jusque dans la paranoïa annotative typique des appareils critiques universitaires, Dominique Noguez nous rappelle dans ce Lénine Dada que le fou, selon la formule de Chesterton, est celui qui a tout perdu, sauf la raison.



  • Les premières lignes

LE GOÛT DE VLADIMIR OULIANOV POUR LES CABARETS

Une remarque, d'abord : la révélation faite par Janco, comme en passant, ne devrait pas surprendre outre mesure les bons connaisseurs de la biographie léninienne. Le goût de Vladimir Oulianov pour les cabarets ne date pas de 1916. La discrétion bien compréhensible des historiens ou des témoins du même bord politique, celle, encore plus compréhensible, de l'intéressé lui-même dans sa correspon­dance, n'ont pas empêché quelques indications précises de filtrer. Kroupskaïa, si l'on sait la lire, nous en dit déjà beaucoup. La période passée en 1901-1902 à Munich, par exemple, a laissé, de son propre aveu, au couple révolutionnaire «un souvenir agréable». «Nous avions trouvé le moyen, explique-t-elle pudiquement, de nous amuser de bon coeur à l'époque du carnaval et nous laisser entraîner par l'exceptionnelle joie de vivre que tous ressentaient...» Un peu plus tard, à Londres, Vladimir Ilitch pousse le goût de la classe ouvrière, nous révèle-t-elle, jusqu'à «se rendre partout où elle se trouvait - dans les promenades suburbaines (...), dans les bars...». Ailleurs encore elle nous dit que Lénine aime le chant :

Je me souviens qu'à Paris nous eûmes une période d'engouement pour la chanson révolutionnaire française. Vladimir Ilitch fit la connaissance de Montéhus, talentueux compositeur et exécuteur de chansons révolutionnaires.
Les deux époux vont dans les endroits les plus reculés écouter le chanteur. Aline, un témoin de l'époque, raconte la première rencontre :

Après l'audition de Montéhus, Lénine disparut. On le chercha dans la salle, mais il n'y était pas. On apprit qu'il était allé dans les coulisses faire la connaissance du chansonnier. Et ils s'emballèrent tellement l'un pour l'autre par leur conversation, qu'ils restèrent, sans y prendre garde, jusqu'à quatre heures du matin.

Cet «emballement», qui nous révèle un Lénine couche-tard, alla jusqu'à l'invitation : «Montéhus, écrit Kroupskaïa, vint chanter une fois à l'une de nos soirées russes.» (On notera l'expression.) Continuons : à Bruxelles, en juillet-août 1903, au moment du «IIe» congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie et toujours selon le témoignage de Kroupskaïa,

toute la bande des délégués s'installa (...) bruyamment au Coq d'or et Goussiev [délégué de la région du Don], mis en train par un petit verre de cognac, chantait tous les soirs des airs d'opéra, d'une voix si puissante que la foule s'assemblait sous les fenêtres de l'hôtel. (Vladimir Ilitch prenait grand plaisir à écouter chanter Goussiev, surtout lorsqu'il entonnait : Ce n'est pas à l'église qu'on nous a mariés.)

À lire son biographe Jean Jacoby, le grand homme ne se contente pas d'écouter :

... pendant les travaux du congrès, le groupe de Lénine s'isole; on s'assemble le soir dans un café, où cette bande bruyante fait l'étonnement des habitués par son appétit d'ogre, ses rires et ses chants. Le Russe est musicien d'instinct ; il éprouve le besoin d'exprimer ses sentiments d'une façon lyrique. Qu'un air vienne à s'élever, un motif, aussi léger, aussi lointain soit-il, et les discussions cessent, les visages changent d'expression, tout au plaisir de la musique. On chante donc en choeur...
Le témoignage moins «image d'Épinal» et plus sérieux de son frère Dimitri nous confirme ce plaisir à chanter, seul ou en groupe.


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