Auteur : Erik Hornung
Traducteur : Nathalie Baum
Date de saisie : 12/09/2007
Genre : Esotérisme
Editeur : Alphée-Jean-Paul Bertrand, Monaco, France
Collection : Sciences humaines
Prix : 21.90 € / 143.65 F
ISBN : 978-2-7538-0245-2
GENCOD : 9782753802452
Sorti le : 20/09/2007
Dès l'antiquité s'est développée une image de l'Egypte qui n'a que peu de rapport avec la réalité historique. Elle montre une Egypte considérée comme la source la plus profonde de tout savoir occulte. Son symbole est la figure d'Hermès Trismégiste, associant l'ancien dieu égyptien Thot à l'Hermès grec.
À partir de la Renaissance, la force d'attraction de cette représentation de l'Egypte s'est exercée de façon à peu près ininterrompue sur l'histoire spirituelle de l'Europe. Non seulement l'alchimie, l'astrologie et d'autres sciences occultes se réclament de l'Egypte ésotérique, mais les rose-croix, les francs-maçons et les théosophes s'en sont également nourris. Les tendances ésotériques actuelles, qui ont considérablement gagné en importance dans la vie publique, trouvent dans la culture de l'Egypte ancienne un inépuisable réservoir. En même temps, elles contribuent à donner aux conceptions égyptologiques une incroyable ampleur.
Or l'égyptologie scientifique a jusqu'ici notoirement négligé ce phénomène. Égyptologue de renommée internationale, Erik Hornung dépasse ici ces préventions et montre quelle influence l'Egypte ésotérique a exercée depuis deux millénaires sur l'histoire spirituelle de l'Europe.
Erik Hornung est professeur d'Egyptologie à l'Université de Bâle. Plusieurs de ses ouvrages ont déjà été traduits en français dont : La Grande Histoire de l'Égyptologie et Lecture de l'histoire égyptienne, aux éditions du Rocher.
Extrait de l'introduction :
Dès l'Antiquité s'est forgée l'idée que le pays du Nil était la source de toute sagesse et le berceau du savoir hermétiste. Ainsi se forma une tradition qui s'étend jusqu'à nos jours et que je désignerai sous le nom d'égyptosophie. Née du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion en 1822, la science de l'égyptologie en est la soeur cadette, et, comme chacun sait, les rapports entre frères et soeurs sont souvent problématiques. Dans le cas présent, il y a de part et d'autre d'évidentes appréhensions à nouer des relations. Il est fréquent que l'égyptosophie se croie bien au-dessus de toute science, laquelle est aveugle aux yeux de la vraie sagesse ; on y observe constamment ce phénomène surprenant, à savoir que l'on entend dans ce milieu démontrer avec la plus grande rigueur «scientifique» que la science a tort. D'autre part, l'égyptologie incline trop souvent à ignorer le plus possible tout ce qui est égyptosophique ; ce faisant, elle oublie qu'il s'agit là d'une composante de notre propre histoire culturelle et spirituelle occidentale, d'une aspiration vers un savoir caché et des ressorts plus profonds, à laquelle la science ne répond pas et qui est, dans cette mesure, tout à fait légitime. Alors que l'égyptologie prend très au sérieux l'image antique de l'Egypte comme objet d'étude, on a de la peine à prendre également au sérieux sa survivance jusque dans les courants ésotériques modernes et l'incroyable étendue de son influence. À l'avant-plan de l'étude de la réception de l'Egypte, qui jouit d'une faveur croissante, figure la reprise des formes et motifs égyptiens. Or, l'idéologie relative à une «sagesse» spécifiquement égyptienne, qui marque celle-ci de façon décisive, n'est, pour Siegfried Morenz (1969), que fumée et brouillard obscurcissant l'esprit qui prévalait dans l'Egypte ancienne. Ainsi la vague de fond ésotérique n'est-elle visible que ponctuellement, tandis que nous voulons suivre ici son cours à travers deux millénaires et devrons mettre maints autres accents que ne l'a fait Morenz dans son ouvrage pionnier Die Begegnung Europas mit Ägypten («La rencontre de l'Europe et de l'Egypte»).
La recherche académique en matière d'ésotérisme est encore dans la plus tendre enfance et inversement proportionnelle à l'importance considérable que l'ésotérisme revêt dans la vie courante. De nos jours, il n'y a longtemps eu de par le monde qu'une seule chaire d'ésotérisme, à Paris précisément. Créée en 1965 à la Sorbonne, celle-ci a d'abord été occupée par François Secret, spécialiste de la kabbale chrétienne; en 1979 lui a succédé le germaniste Antoine Faivre, dont le domaine d'enseignement était alors l'«histoire des courants ésotériques et mystiques de l'Europe moderne et contemporaine». En 1999, une chaire d'hermétisme («Histoire de la philosophie hermétiste et des courants voisins»), dont le titulaire est Wouter J. Hanegraaf, a été créée à Amsterdam où se trouve la très riche Bibliotheca Philosophica Hermetica. À Bâle, ville qui a non seulement une tradition ésotérique grâce à Paracelse et Cagliostro, mais se signale aussi comme le lieu d'impression de nombreux ouvrages importants d'ésotérisme, il existe des tentatives pour établir un institut indépendant d'histoire et d'herméneutique des sciences occultes ; avec Carlos Gilly, le corps professoral bâlois dispose d'un spécialiste reconnu de l'histoire des rose-croix. Il y a aussi des tentatives pour fonder un institut de philosophie hermétiste à Bamberg. Dans l'ensemble, on observe ces derniers temps une forte progression de l'intérêt scientifique et de la littérature sérieuse pour l'ésotérisme.
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