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La table des matières

Couverture du livre La table des matières

Auteur : Sylvie Fayet-Scribe

Date de saisie : 27/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. du Panama, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-7557-0175-3

GENCOD : 9782755701753

Sorti le : 04/10/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Qui a torturé puis assassiné Margaret Penfield, une respectable bibliothécaire américaine ? Et pour quel mobile ? Parce qu'elle avait identifié la plante qui promet l'immortalité décrite par Hildegarde de Hildegarde de Bingen au XIIe siècle ?

Pour Laurette Lerbier, révéler au grand public le nom de cette plante fabuleuse serait le point d'orgue de l'exposition sur les jardins qu'elle prépare au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Laurette décide de jouer les Miss Marple et se lance à la recherche de l'énigmatique source de jouvence. L'enquête la mène dans le monde méconnu des précurseurs d'Internet. Des savants de la Renaissance aux encyclopédistes mondialistes de la fin du XIXe siècle, en passant par les jansénistes de Port-Royal et les bibliographes révolutionnaires du siècle des Lumières, le but de sa quête ne cesse de se dérober alors que les menaces se font plus précises. Accompagnée du séduisant Lucas du Prat, savant botaniste de la police scientifique, Laurette pourra-t-elle déjouer ce qui ressemble de plus en plus à un complot féministe international aux desseins bien mystérieux ?

Un roman historique qui emprunte les chemins de l'intrigue policière, dans le clair-obscur des bibliothèques et la lumière des jardins.

l'information à la Sorbonne. La Table des matières est son premier roman.





  • Les premières lignes

Jeudi 9 juin 2005

C'était la première fois. Laurette avait accepté de se rendre à une petite soirée amicale dite du «Jeudi», organisée ce jour-là autour des poésies et de la musique d'Hildegarde de Bingen. Elle était invitée à vingt heures précises dans le septième arrondissement de Paris, chez son collègue conservateur, responsable du service des manuscrits anciens à la Bibliothèque de France.
Laurette, en retard, était très déstabilisée : son bureau au Muséum avait été fouillé, ses documents et ses notes sur l'expo­sition qu'elle préparait, éparpillés dans la pièce. Qui pouvait bien s'intéresser de si près à l'histoire des jardins liée à celle de l'accès au savoir ? Franchement, le thème de «l'exposition de sa vie» n'avait rien d'un secret stratégique international. Elle voulait raconter comment on s'était repéré dans les masses d'informations écrites et se demandait si le cheminement dans le jardin n'en était pas la représentation la plus éclairante. Mais pour l'instant, impossible de retrouver le moindre document traitant des fleurs et des pierres préférées d'Hildegarde. Elle remit sa recherche à plus tard mais ne cessait de ressasser cet incident. Elle aurait été flattée de montrer ce document à ses hôtes, grands admirateurs et connaisseurs d'Hildegarde de Bingen.
Cette singulière mère abbesse du XIIe siècle était l'auteure d'une encyclopédie de sciences naturelles et avait entretenu avec amour un jardin d'herbes médicinales. Aussi Hildegarde était devenue le fil conducteur de son exposition. Sur Internet, le nombre spectaculaire de pages référencées à partir de son nom montrait combien ce personnage était connu ; sa musique, ses principes diététiques et médicaux, proches d'une sensibilité écologique de l'art de vivre contemporain plaisaient. Le «cher» collègue allait-il servir un dîner hildegardien composé de biscuits à la farine d'épeautre et au miel, d'une salade de fenouil, d'un agneau aux «épices de la joie» - cannelle, cumin, hysope -, accompagnés de sa fameuse boisson au vin de persil préventive contre les affections du coeur et de l'épuisement ? Cette soirée serait sans doute passionnante : Laurette devait abandonner au plus vite son idée fixe de retrouver ses notes égarées.
Menton carré et voix grave, le salut raffiné et harmonieux : les directeurs de bibliothèque sont en général bien élevés, souvent un rien cérémonieux, et celui-ci n'échappait pas à la règle. Son appartement, dans un ancien entresol d'un immeuble de rapport du XVIIIe siècle, était devenu un logis agréable, comparable à ceux des autres étages. Une des fenêtres du salon, petite et horizontale, au-dessus du portail d'entrée de l'immeuble, indiquait qu'autrefois elle avait servi à surveiller les visiteurs.
Les regards se tournèrent vers Laurette. Elle était la dernière arrivée. Les invités étaient déjà tous assis autour de la table où tremblaient à la lumière des bougies des silhouettes de faisans, canards, petits lapins, sur fond d'assiettes et repose-couteaux, de nappe et serviettes brodées. Il n'y avait plus de doute : les chasseurs étaient déjà à leur place, prêts à découper et savourer la terrine posée devant eux. Laurette fut immédiatement conduite à la chaise qui lui était réservée près d'un grand homme mince, presque anguleux, dont la longue chevelure couleur de céréales mûres, retenue par un catogan, l'impressionna d'emblée. Elle ne l'avait jamais rencontré au Muséum.
Ils étaient huit. Le directeur des manuscrits et sa femme, Arnaud et Christine Prévôt de la Mérandière, d'une élégance de bon aloi, lui décochèrent leur meilleur sourire. Elle reconnut à leur droite le très médiatique Philippe Mérières, médiéviste de la Sorbonne. Toujours bel homme, accompagné de sa dernière étudiante en thèse, toute de noir vêtue, et probablement sa compagne du moment. À l'extrémité, devant la cheminée, deux personnes que Laurette ne connaissait pas inclinèrent la tête en signe de bienvenue. Hildegarde de Bingen était celle qui rassemblait tous ces gens autour d'une table à l'odeur poivrée où reposaient d'admirables terrines et des fruits mûrs de fin de printemps.


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