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Brûlures profondes

Couverture du livre Brûlures profondes

Auteur : Marie-José Auderset

Préface : Wassitn Raffoul

Date de saisie : 11/09/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Favre, Lausanne, Suisse

Collection : Dossier & témoignage

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-8289-0970-3

GENCOD : 9782828909703

Sorti le : 06/09/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Brûlures profondes
Récit de vie de deux grands brûlés

Il y a la vie avant la brûlure et, une fraction de seconde plus tard, la vie après. La vie de Susana et celle de Sébastien s'annonçaient pleines de promesses. Et puis il y a eu l'instant fatal. Susana a été brûlée lors d'un accident de voiture dans le sud de la France. Sébastien a été brûlé alors qu'il réparait au chalumeau le réservoir d'un camion.

En un éclair, la vie de l'une et de l'autre a basculé. Il aura fallu des mois de lutte et de soins inlassables pour que Susana et Sébastien retrouvent des activités autonomes, sociales et pro­fessionnelles riches.

Ce récit relate les épreuves que cette jeune femme et ce jeune homme ont traversées. Il raconte leur hospitalisation et le travail inlassable des soignants qui, jour après jour, les ont accompagnés.

Il témoigne de la force que Susana et Sébastien ont puisée en eux pour reprendre pied, se forger une identité nouvelle et mordre à nouveau la vie à pleines dents.

Marie-José Auderset est auteure et journaliste. Intriguée autant qu'émerveillée par la force de vie des personnes qui survivent à la brûlure, elle a voulu comprendre ce qui les animait. Elle s'est longuement entretenue avec Susana et avec Sébastien et Karine, sa compagne. Son chemin l'a également conduite dans un service hospitalier de pointe pour grands brûlés. Elle y a côtoyé les professionnels qui prennent en charge les victimes de brûlures. Des hommes et des femmes qui allient en permanence savoir-faire de haut niveau et belle humanité.





  • Les premières lignes

Dans l'hélicoptère de secours, le médecin urgentiste reçoit un message radio des ambulanciers qui viennent d'arriver sur les lieux de l'accident : un jeune homme a été brûlé sur 90 % de son corps et il a respiré des gaz brûlants. Ces quelques mots suffisent pour faire monter la tension à bord de l'appareil. Comme une secousse tellurique. «Il n'y a pas de doute possible. C'est extrêmement grave.» Le médecin se prépare mentalement. Il passe en revue les procédures médicales appliquées pour les grands brûlés, se remémore les uns après les autres les gestes indispensables et attend.
L'hélicoptère se pose et l'urgentiste descend de l'appareil. Il évalue rapidement la situation. Il est essentiel qu'il pense en premier lieu à sa propre sécurité, s'il veut pouvoir être efficace. Pas de flammes ni de fumée à proximité. Troublant, désemparant. Comment un homme peut-il avoir le corps entièrement brûlé sans qu'aucune trace d'incendie soit visible ? Le médecin distingue au fond du garage sombre un homme qui arrose le blessé étendu par terre, avec un jet d'eau. Il essaie de refroidir ce corps qui s'était enflammé. Geste dérisoire dans une situation si dramatique. Il s'approche encore, c'est le choc. La scène qu'il découvre ne ressemble à rien de ce qu'il pouvait imaginer. Le blessé est recroquevillé sur lui-même, son corps est figé, ses chairs sont cartonnées, ses bras tiennent tout seuls, sa langue gonflée sort de la bouche et sa respiration est bruyante. Tous les signes d'une gravité extrême sont réunis.
Quatre secouristes sont déjà auprès de lui, désemparés par la gravité de la situation. Le médecin demande ce qui s'est passé. Il entend le blessé lui répondre dans un râle rauque : «Mazout». Tout a été si vite. Le jeune homme devait enlever une bosse sur le réservoir d'un camion.
Normalement, ce genre de travail s'effectue après que le réservoir a été vidé, démonté et nettoyé. Il le savait. Mais, dans ce garage, on ne prend pas ce genre de précaution. Il est mal à l'aise lorsqu'il allume le plus petit chalumeau. Il commence à chauffer le réservoir. Quinze, vingt secondes. Tout à coup, tel un éclair, la flamme enfle et se rue sur lui. Il crie, recule et se jette à terre. Trop tard. Son corps est transformé en torche. Un collègue et un client se précipitent vers lui. Le premier tente d'étouffer les flammes avec sa veste. Quand il réussit à éteindre le haut du corps, le feu se ravive sur les jambes. Le second se rue sur l'extincteur qu'il arrache du mur et éteint le feu. Mais son corps est en lambeaux. Le blessé le sent confusément. En un instant, il voit toute sa vie défiler dans sa tête. Le mariage et tous les projets tombent à l'eau. «Merde, pourquoi, cela m'arrive-t-il ? Et, en plus, maintenant que le bonheur est à portée de main.» Fugitive sensation de catastrophe. Il doit lutter pour respirer. Autour de lui, c'est la confusion. On lui parle, le presse de questions, il tente de répondre. Il ne souffre pas, à part sur les fesses. Sa respiration devient de plus en plus chaotique. Il se sent partir, quand il entend un hélicoptère se poser à proximité.
En quelques secondes, le médecin a pris la direction des opérations :
- On va le sortir du garage pour avoir une meilleure luminosité. Toi, tu vas aux pieds, toi, tu vas sur le côté, moi, je vais à la tête. À trois, on le relève et on le pose sur le brancard.
Arrivés à l'extérieur, les préparatifs s'organisent. Les secouristes sortent le matériel et le préparent : un monitoring et d'autres appareils pour surveiller les fonctions vitales, une sonde pour intuber, un laryngoscope pour examiner les voies respiratoires, un masque et un ballon pour ventiler et une réserve d'oxygène. Le médecin définit le travail et distribue les rôles. Il est calme, malgré l'urgence. Le jeune homme risque d'étouffer d'un moment à l'autre. Sa gorge et ses lèvres sont très fortement brûlées et gonflées. Oxygène. Perfusion. Seule une petite surface sur le pied permet de poser le goutte-à-goutte ; à cet endroit, la peau n'a pas été brûlée. Les secouristes entament alors une véritable course contre la montre. Ils endorment le patient, provoquant chez lui une forme de paralysie. Ils n'ont que quelques minutes pour libérer les voies respiratoires et lui permettre de respirer. Échéance inéluctable.


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