Passion du livre - tout sur le livre : 2040, une année de chien : dernières nouvelles de la France de demain : essai

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

2040, une année de chien : dernières nouvelles de la France de demain : essai

Couverture du livre 2040, une année de chien : dernières nouvelles de la France de demain : essai

Auteur : Yann de L'Ecotais

Date de saisie : 10/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Michalon, Paris, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-84186-413-3

GENCOD : 9782841864133

Sorti le : 06/09/2007


  • La présentation de l'éditeur

En ce 19 décembre 2040, alors que la France transpire à grosses gouttes, on enregistre un meurtre au fusil harpon, le suicide d'un ministre, une révolution écologiste, la prise d'assaut des caisses de retraites, un adultère en banlieue, l'élection d'un maire condamné par la mafia, une grève des impôts avec deux morts en prime... Du très ordinaire dans un pays où tout a dérapé, où tout est détraqué, depuis le début du XXIe siècle : le climat, la politique, l'économie, la monnaie, le social, l'environnement ou encore la diplomatie.
Yann de l'Écotais n'est pas futurologue diplômé et n'envisage pas de défendre une quelconque thèse quant aux horreurs qui attendent les fameuses «générations futures», nos enfants. Il a simple­ment prolongé, avec une subjectivité assumée, les courbes de l'actualité - c'est la partie «essai» du livre -, et imaginé les faits-divers qui pourraient en résulter - ceci pour la «fiction». Avec 2040, une année de chien, ouvrage hybride, drôle et/ou inquiétant, l'auteur fouette notre raison. Et si tout cela devenait réalité ? Et si les fous de demain n'étaient que les fils de toutes les inconsciences de notre temps ? Anticipation ? Vraiment ?

Yann de l'Écotais a été directeur de la rédaction de l'Express. Romancier et essayiste, il a notamment publié la saga marseil­laise Le Vieux Port, Les Mémoires de Porthos, La Seccotine est irremplaçable ou encore L'Urgence.





  • Les premières lignes

CHAUD DEVANT

Thomas Moussa s'inséra dans une des deux files qui attendaient l'autobus, serpentant entre plusieurs rangées de poubelles et de sacs éventrés par les chats et les rats. Des hommes, des femmes et des enfants, tous noirs, légè­rement vêtus, les yeux absents, assommés par l'heure matinale. Ils se préparaient à une pénible journée : dos voûté, mains au fond des poches, corps recroquevillé comme pour protéger les organes vitaux, cou tendu vers l'avant, regard au ras de la chaussée guettant les accidents de terrain. «C'est pas le Club Med, pour sûr», grommela Thomas. Chaque jour, il cherchait une comparaison nouvelle : «C'est pas Las Vegas», «C'est pas Versailles», «C'est pas la Riviera»...
À la périphérie sud de Maintenon-les-Étangs, passaient deux lignes d'autobus : l'une allait plein est, vers Lizy-sur-Ourcq, l'autre plein sud, vers Lagny-sur-Marne. Maintenon-les-Etangs se trouvait à une cinquantaine de kilomètres de Paris, pas très loin de l'autoroute du Nord, une des rares encore en circulation. Les voyageurs, sauf les enfants qui descendaient en route pour aller à l'école, se répartissaient entre les deux directions de manière équi­librée : les emplois se situaient pour la plupart en bout de ligne, mais les habitants de Maintenon n'avaient pas voulu déménager. Ils avaient là leurs habitudes, leurs amis, leurs familles. Leur monde. Une seconde peau, protectrice.
Ils avaient «leur» mairie aussi, enfin, ce qui en tenait lieu. Y officiait, depuis trois mandats, à la satisfaction générale, un des multiples centenaires de la région, Ousséma. D'origine sénégalaise, il avait été élevé dans les années cinquante par les pères missionnaires et les administrateurs de la France d'outre-mer. C'était acquis : on réélirait Ousséma jusqu'à sa mort, parce que son intelligence et son sens de la diplomatie en faisaient un médiateur irremplaçable. Et à Maintenon-les-Etangs, la médiation - avec les autorités lointaines, les bandes organisées voisines, les imams fureteurs, les percepteurs privés, les maris jaloux... - constituait le socle même de la société. «Ça, une société ?» Thomas cracha par terre une salive épaissie de poussière. De temps en temps, il se disait que le dynamitage d'une partie de la petite ville serait la seule solution morale et hygiénique.
- Comment va le travail, Thomas ? demanda l'homme qui rejoignait le groupe, la cinquantaine torturée par les rhumatismes, abrité d'une surprenante pluie fine par un chapeau semblable à celui que portaient les Asiatiques dans les rizières. Tu as l'air maussade...
- Travail trop dur, trop tôt, trop tard, trop mal payé, mon frère... Et toi, Samuel ? répondit son interlocuteur, vêtu d'un pantalon de toile et d'un tee-shirt à la gloire du club de foot du quartier, les «Tigres féroces».
En réalité, Thomas ne pouvait s'empêcher de penser à ce qu'il avait découvert la veille, par hasard : sa femme le trompait. Un gamin de l'immeuble avait vendu la mèche. Thomas ne décolérait pas - déjà «une rage de force huit», estimait-il sans très bien savoir à quelle échelle il se référait. Il n'oubliait pas qu'il était deux fois plus âgé que Clara Moussa, mais il avait sorti la jolie gazelle du ruisseau et elle aurait pu, jugeait-il, s'en montrer reconnaissante. Il avait le sentiment d'une violente injustice, d'un complot général. La tension qui envahissait ses muscles et ses nerfs faisait jaillir des perles de sueur au-dessus de sa lèvre supérieure.
- Heureusement qu'aujourd'hui il tombe quelques gouttes ! se réjouit Samuel. Tu te rends compte : trente degrés le 19 décembre ! Tu aurais dit ça, il y a vingt-cinq ans, quand on est arrivés ? En tout cas, ça nous soulage et ça arrose les légumes.


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli