Auteur : David Le Breton
Date de saisie : 10/09/2007
Genre : Policiers
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Noir
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-86424-631-2
GENCOD : 9782864246312
Sorti le : 11/10/2007
Il est difficile de se construire à seize ans, on en meurt parfois. Laure et Olivier sont partis sur la route, en stop, pour échapper à la violence de leur vie familiale, ils ont fui l'enfer. Max les a suivis mais lui, ses parents l'aiment, ce sont juste des parents ordinaires, une vie ordinaire. Jetés dans un monde ennemi, ils connaissent la misère des squats, la saleté, la promiscuité, et parfois ils rencontrent l'horreur, l'indicible.
Ana, elle, a fui la misère des Balkans. Thomas est un peu cassé par ses missions sur les théâtres de guerre, le hasard va le projeter violemment dans cet univers adolescent où la douleur permet de fuir la souffrance. Il découvre que des jeunes disparaissent, que des prédateurs sont à l'affût, et mène en solitaire une enquête dangereuse, dans cette ville de Strasbourg si belle et si cruelle.
David Le Breton écrit ici un roman noir passionnant et très documenté sur la douleur de grandir dans un monde hostile.
David Le Breton est professeur à l'Université de Strasbourg et membre du laboratoire "Cultures et sociétés en Europe". Il est l'auteur de nombreux essais, dont : Corps et société, Anthropologie du corps et modernité, Des visages, Passions du risque, La Chair à vif, Du silence, L'Adieu au corps, Éloge de la marche, La Peau et la Trace, Signes d'identité, Anthropologie de la douleur et La Saveur du monde. Mort sur la route est son premier roman.
Ils marchaient le long de la nationale, frigorifiés, se retournant et levant parfois le pouce quand une voiture s'approchait. Manifestement, personne ne souhaitait s'embarrasser de trois jeunes avec leurs sacs à dos. Ils cheminaient depuis des heures. Ils étaient partis en fin d'après-midi de Saint-Chély après avoir tenté de prendre le train, mais le chef de gare avait menacé d'appeler la police. Il les savait sans billets et tenait les squatters en horreur.
Ils allaient non loin de là, à une trentaine de kilomètres, à Marvejols. On était en février, il faisait froid mais quand ils s'étaient mis en marche le soleil de la fin de l'après midi rendait la température encore supportable. Peu à peu avec la tombée du soir le froid ne cessa d'augmenter. Ils étaient trop loin de la ville pour revenir, trop loin aussi de leur but. Pris au piège, ils continuèrent à avancer. Ensuite la neige fit son apparition. De petits flocons tout d'abord, et puis la tempête rendit leur progression difficile. Le vent cinglait leurs visages. La neige les transforma peu à peu en choses informes sur le bord de la nationale.
Max, dix-sept ans, était sur les routes depuis quelques heures seulement. Son père, médecin, n'était jamais là. Sa mère enseignait la physique dans une université à une centaine de kilomètres de leur maison. Pour ses parents il était une sorte de Martien. Ils lui donnaient le vivre et le couvert, l'associaient aux fêtes de famille les rares fois où il y en avait. Le reste du temps il disposait de la clé de la maison et du frigidaire pour se débrouiller. Il ne manquait de rien, comme lui avait dit une fois sa mère qui lui trouvait l'air un peu triste et le rabrouait à ce propos.
- On t'a toujours tout donné.
Ce jour-là il eut envie de lui répondre que ce n'était pas cela qu'il attendait, mais il s'était arrêté ne sachant pas vraiment ce qu'il attendait d'eux. Il savait seulement que quelque chose n'allait pas. Dans sa rue à Aurillac, un squat s'ouvrit en dépit de l'hostilité des voisins. Il trouva auprès des jeunes qui allaient et venaient un remède à sa solitude. Il pensait parfois avoir rencontré là sa seconde famille, ou sa première. Tout dépendait de la manière dont on prenait les choses.
Il aimait entendre les récits de voyage des uns et des autres, il en rêvait la nuit. Il s'imaginait comme un nouveau Rimbaud allant de ville en ville son baluchon sur le dos. Il se lia avec Laure et Olivier, qui l'accompagnaient sur les routes enneigées de la Lozère. Il s'émerveilla de les voir si libres, sans attaches, pourtant ensemble. Il décida ce jour-là de franchir le pas avec eux et de partir à l'aventure. Son père ne découvrirait sans doute pas son départ avant deux ou trois jours. Mais il ne serait guère inquiet.
Sa mère était partie pour un colloque à Montréal, elle devait y passer une bonne semaine. Il était convaincu que sa disparition ne les tracasserait pas beaucoup. Quant à lui, ses parents ne lui manquaient pas du tout. Pour la première fois il avait des amis et existait à leurs yeux. Il entrait dans la vraie vie.
La neige continuait à tomber. Il devait faire plusieurs degrés en dessous de zéro. Max sentait sa résistance faiblir peu à peu. Son pull et sa veste n'étaient guère appropriés à une longue marche dans ces conditions. Il grelottait tout en s'efforçant de tenir le coup. C'était ses premières heures de liberté, il ne voulait pas les gâcher, mais il avait du mal à ne pas se laisser entamer.
Olivier portait un vieux manteau de l'armée oublié par son ancien propriétaire et récupéré dans un squat de Valenciennes. Laure avait enfilé deux pulls l'un sur l'autre, et un large foulard s'enroulait plusieurs fois autour de son cou et de son visage. L'un et l'autre vivaient à la dure depuis des années et s'étaient peu à peu adaptés.
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