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De l'élève à l'apprenant : et autres pamphlets

Couverture du livre De l'élève à l'apprenant : et autres pamphlets

Auteur : Michel Leroux

Date de saisie : 07/09/2007

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-87706-637-2

GENCOD : 9782877066372

Sorti le : 03/09/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Aux yeux des entreprises, selon le directeur de l'École centrale d'électronique, «le respect de l'orthographe et de la syntaxe n'est pas une exigence bêtement scolaire, c'est la base de l'efficacité professionnelle».
Pourquoi notre école rechigne-t-elle depuis plus de vingt ans à donner à tous le passeport indispensable de la maîtrise du français ? Pourquoi les parents ne comprennent-ils plus rien à la grammaire et aux commentaires de textes auxquels sont aujourd'hui soumis leurs enfants ? Pour quelle raison, enfin, l'enseignement de la littérature (où la connaissance de la langue s'enrichit et s'entretient) se meurt-il, au point que la fréquentation des sections littéraires est tombée de 50 % des lycéens en 1968, à 18 aujourd'hui ?

Agrégé des lettres, Michel Leroux a enseigné dans les lycées et les collèges pendant près de quarante ans. Étranger à toute chapelle, c'est en expert du terrain qu'il s'est insurgé (dans des textes parus, pour la plupart, de 1999 à 2006 dans les revues Commentaire et Le Débat), contre le caractère irrationnel d'une politique pédagogique qui, gauche et droite confondues, a aggravé, d'année en année, l'injustice que ses militants prétendaient réparer. La connaissance de la langue n'a cessé en effet de se dégrader, ainsi que le goût de la lecture, au sein des nouvelles générations.
On trouvera donc ici une tentative de démêler l'écheveau de bonnes intentions et de luttes de pouvoir qui a contribué à faire de notre enseignement du français un véritable défi au bon sens.





  • Les premières lignes

DE L'ÉLÈVE A L'APPRENANT

Sur l'enseignement du français au lycée

Que dites-vous ? Comment ? Je n'y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? J'y suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu'il fait froid ; que ne disiez-vous : «il fait froid». Vous voulez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige, dites : «il pleut, il neige».

La Bruyère

Nouveaux venus dans les sciences humaines, les scientifiques de l'éducation raffolent de théorie et se posent en spécialistes. Fertile en néologismes, leur langage affecté, que Philippe Meyer a nommé pédagol, ne déparerait pas les plus féroces comédies de Molière. Longtemps contenu dans les gymnases, il y a forgé ses plus beaux fleurons, dont l'invraisemblable référentiel bondissant qui élève le ballon au statut de concept. Il y a pris des forces et beaucoup d'appétit. Il étend aujourd'hui son empire sur l'enseignement du français.
Pour qui est de la partie, le rire n'est plus de saison. Quand, las du bonnet à grelots, l'amuseur guigne la couronne, une sérieuse menace s'annonce contre la vie de l'esprit. C'est cette menace qu'il importe de préciser en exposant la situation du français dans les lycées.
S'il est une trouvaille de la science didactique qui mérite l'attention, c'est la substitution du terme d'apprenant au nom classique d'élève. Elle fait d'abord sourire, tant le nouveau vocable, affichant pieusement le versant éclairé de l'état d'ignorance, est propre à ménager les exclus du savoir. Mais le sourire se fige. La fonction véritable de ce curieux baptême n'est pas la correction : il s'agit d'imposer une conception étroitement technique de la pédagogie.
Tandis, en effet, que l'élève est confié à un professeur, maître précisément chargé de l'élever au-dessus de sa condition, l'apprenant est l'affaire d'un professionnel, appreneur soucieux de lui inculquer, au moyen d'outils pédagogiques et au fil de séquences didactiques, les compétences consignées dans le cahier des charges d'un projet éducatif.
C'est dans cet esprit que l'apprenant en lettres est soumis, dès son arrivée en seconde, à une évaluation nationale visant à dresser un état de ses «capacités et compétences (plus que de ses connaissances)», au nombre desquelles figurent les items suivants : percevoir la spécificité générique et/ou typologique d'un texte, repérer et/ou interpréter des indices d'énonciation, utiliser des procédés rhétoriques, repérer et/ou interpréter des procédés d'écriture. Les données obtenues subissent, en principe, un traitement informatique permettant la mise en place de modules où des groupes de besoin reçoivent la remédiation.
Une telle rationalisation de la production de compétences est admirable : peut-on concevoir meilleur système pour compenser les handicaps socioculturels, inévitables dès lors qu'entrent en seconde soixante pour cent des collégiens ? Seuls des esprits chagrins insinueront que les inégalités peuvent, à l'aventure, provenir aussi des aptitudes ou de l'effort; que l'instrument informatique induit des procédures simplificatrices et rétroagit sur l'objet qu'on lui soumet ; que, s'agissant de lettres, la référence au taylorisme ne promet rien de bon; que le choix des items ne reflète pas moins les dadas des évaluateurs que la logique de l'ordinateur; que le cerveau humain, enfin, est assez complexe pour qu'un simple sourire permette l'économie de vingt tombereaux de remédiation.
À quoi les évaluateurs répondent à l'avance que, procédant à une «évaluation diagnostique situant l'élève en devenir», ils se fondent sur «l'importance des compétences et la possibilité de les évaluer avec des instruments facilement utilisables par tous». On ne saurait mieux se réclamer du taylorisme et introniser l'ordinateur. Nous voici donc rassurés.
Quoi qu'il en soit, le Cahier d'évaluation étant «destiné à apprécier les élèves par rapport aux objectifs de la seconde», précisons maintenant ce qui les attend.


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