L'appartement communautaire en Russie : histoire cachée du logement soviétique / Passion du livre

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.. L'appartement communautaire en Russie : histoire cachée du logement soviétique

Couverture du livre L'appartement communautaire en Russie : histoire cachée du logement soviétique

Auteur : Katia Azarova

Date de saisie : 18/10/2007

Genre : Société Problèmes et services sociaux

Editeur : Ed. du Sextant, Paris, France

Prix : 26.00 €

ISBN : 978-2-84978-014-5

GENCOD : 9782849780145

Sorti le : 18/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Née en 1968 à Moscou, Katerina Azarova est architecte diplômée de l'Institut d'architecture de Moscou et docteur en sciences humaines. Elle vit à Paris depuis 1992. Ce livre est tiré de sa thèse.

Quelle était la vie quotidienne des citadins en URSS ? L'histoire de l'appartement communautaire, qui représenta le logement majoritaire dans les grandes villes soviétiques, commence après la Révolution de 1917. Dès décembre 1918, les appartements des immeubles de rapport et les hôtels particuliers sont divisés en parties individuelles et en parties communes. Retraçant les utopies qui donnèrent naissance aux différents types de logements collectifs, s'appuyant sur de nombreux textes législatifs mais aussi sur des témoignages d'habitants, Katerina Azarova nous plonge dans l'univers labyrinthique et exacerbé de la vie communautaire. Illustré d'une centaine de photographies, son livre nous donne des clés pour comprendre la société soviétique d'hier et celle des Russes d'aujourd'hui.





  • La revue de presse Jacques de Saint Victor - Le Figaro du 6 septembre 2007

La lecture du livre de Katerina Azarova, sur l'appartement communautaire soviétique, que viennent de publier les Éditions du Sextant, un petit éditeur indépendant et original, fait froid dans le dos. Complétant parfaitement les travaux sur la dictature léniniste puis stalinienne, sur la grande terreur ou les folies criminelles des principaux hiérarques de ce régime qui ne fascine plus que certains intellectuels français, version Badiou ou version idiot utile, ce remarquable essai permet de plonger le lecteur au coeur de l'horreur du collectivisme dans sa version au quotidien. Promiscuité, «transparence», absence de vie privée, espionnage mesquin, tous les travers du régime soviétique y sont présents à l'échelle microscopique. Pour un peu, ce travail, tiré d'une thèse mais écrit avec une agréable simplicité, très loin du jargon du sociologisme (cette version moderne de l'ésotérisme), aurait presque l'effet du roman : elle permet de mieux voir un régime en partant de l'expérience individuelle.



  • Les premières lignes

La crise du logement

Dans la Russie du début du XXe siècle, en pleine industrialisation, la population des grandes villes augmente très rapidement. À Moscou, à Saint-Pétersbourg ou à Kiev, la croissance atteint 40-50 000 personnes par an. La crise du logement, l'un des problèmes majeurs du début de l'époque bolchevique, était de fait déjà aiguë avant la révolution de 1905.
Les efforts de la municipalité, des sociétés privées et de divers groupes professionnels étant insuffisants, seuls quelques ensembles de logements ouvriers et quelques immeubles d'habitation à bon marché seront effectivement construits entre 1900 et 1910. En revanche, des principes d'une meilleure organisation de la vie quotidienne pour la population démunie, élaborés au cours de cette période, seront intégrés plus tard dans la réflexion du régime bolchevique sur le projet d'un «habitat de type nouveau», dont ils constitueront la base dans les années 1920.

Le logement urbain des classes inférieures

D'après le recensement de 1882, 10,4 % des logements à Moscou sont des appartements de sous-sol et «de lits et de coins» (koetchno-komorotchnye kvartiry). En 1899, ce taux s'élève à 15,2 %.
Le terme «appartements de lits et de coins» désigne des locaux, loués par portions - généralement attenantes à un mur ou à un angle d'une pièce («coin»), lesquels cependant pouvaient se multiplier à volonté par des cloisons supplémentaires et des paravents - ou encore par «lits». Pour les membres des commissions d'enquête, organisées par les autorités municipales, et pour les auteurs de diverses études, ce terme, employé généralement sans autre explication ou qualificatif, signifiait «insalubre». À la même catégorie appartiennent les locaux de sous-sol et de demi sous-sol, répertoriés souvent aussi comme «appartements de lits et de coins». Bien que ces «locaux» étaient considérés comme invivables pour la population et dangereux pour l'état sanitaire de la ville, l'insuffisance de logements petits et moyens permettait aux propriétaires de tirer profit du moindre mètre carré. D'ailleurs les logements «de lits» et «de coins» à proximité de fabriques et d'usines rapportaient trois fois plus à leurs propriétaires que les appartements de luxe dans les plus beaux quartiers de Moscou.
En 1898 ces logements «des lits» et «des coins» abritait 17,4 % (181 000 personnes) de la population moscovite, et 3 % de la population (26 500 personnes) habitait dans les auberges et les asiles de nuit.
Les immeubles typiques destinés à une population essentiellement ouvrière, sont alors en bois, sur un ou deux niveaux, et comprennent deux à huit appartements. Généralement unique, la cage d'escalier divise chaque étage en deux parties, dont chacune est encore divisée en deux par une cloison. Ainsi il y a quatre appartements par palier avec trois ou quatre pièces habitables de 7 à 20 mètres carrés ; la cuisine, l'entrée et les toilettes sont situées au milieu, dans la partie sans fenêtres. L'appartement est loué par une famille qui sous-loue ensuite les pièces, les «coins» et les «lits», et chaque pièce abrite donc plusieurs familles.
C'étaient les citadins les plus démunis qui louaient les lits et les coins : artisans, ouvriers, familles des employés domestiques, marchands ambulants, mendiants et gens «sans profession». Parmi eux il y avait plusieurs degrés d'aisance : la différence est considérable entre un petit marchand ambulant, qui ne peut se permettre qu'«un demi-lit par semaine», l'autre moitié du même lit étroit étant occupé par un autre, qui lui est parfaitement inconnu, un serrurier qui loue avec sa famille un coin entier et paraît être riche par rapport à ses voisins, et un autre ouvrier qui loue l'appartement, mais ne garde pour lui, sa femme et ses enfants qu'un coin, le reste, en sous-location, lui permettant de payer le loyer.


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