Auteur : William Tanner Vollmann
Traducteur : Claro
Date de saisie : 26/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Lettres anglo-américaines
Prix : 29.80 € / 195.48 F
ISBN : 978-2-7427-6905-6
GENCOD : 9782742769056
Sorti le : 03/09/2007
Installé au centre de la scène de l'Histoire du XXe siècle telle qu'elle s'est en partie jouée entre l'Allemagne et l'Union soviétique, Central Europe est une colossale machine littéraire qui.
en faisant entrer en résonance une trentaine de récits enchevêtrés procède à l'autopsie des mécanismes totalitaires qui ravagèrent l'Europe au siècle dernier. En s'attachant à quelques destins singuliers - dont celui du compositeur Chostakovitch ou du cinéaste Roman Karmen, du général russe Vlassov ou de son homologue allemand Paulus- sur lesquels planent l'ombre à deux têtes du Somnambule (Hitler) et du Réaliste (Staline), le livre entraîne le lecteur sur les complexes chemins que durent, sous l'emprise de dictatures adverses, emprunter des hommes et des femmes dont il fait partager les passions, les doutes ou les aveuglements.
Et c'est en choisissant d'interpréter, à la lumière de l'histoire la plus intime comme de l'Histoire collective, le parcours du geste artistique aussi bien que celui de l'action guerrière que Vollmann dévoile l'horizon éthique dont chacun eut, dans ces décennies de fer et de sang, tant de fois à se détourner, afin de poursuivre sa mission ou sa vocation propres... Cette incroyable traversée de l'Europe des guerres et des pogroms
qui brûle de l'éternelle déchirure où s'abîment, à l'heure des choix, des pans entiers de l'humanité, se voit transformée par les puissances de la fiction en un creuset d'où surgit la sidérante cacophonie de l'individu dans toutes les " vérités " qui le fondent. Et c'est pourquoi, si Central Europe réussit, au fil d'une impeccable orchestration, le prodige de se constituer tout ensemble comme une critique éclairée du totalitarisme, comme un surprenant portrait de Chostakovitch et une analyse de la gestation des oeuvres d'un compositeur, ou encore comme une implacable radiographie de la conscience créatrice, ces pages peuvent sans conteste également se lire comme un traité d'éthique à l'usage de l'Europe que nous habitons aujourd'hui.
Dédié à la mémoire de Danilo Kis et de son Tombeau pour Boris Davidovitch - Central Europe obtenu. en 2005. le National Book Award, la plus haute distinction littéraire aux Etats-Unis.
Né en 1959 à Los Angeles, William T : Vollmann vit à Sacramento. Ecrivain, photographe et peintre, il effectue également de grands reportages pour divers magazines prestigieux. Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages (romans, nouvelles, récits historiques, essais...), dont cinq ont, à ce jour paru en France. De cet écrivain qui poursuit une oeuvre aussi protéiforme qu'ambitieuse, Actes Sud a déjà publié La Famille Royale (2004), repris en Babel (n°743), où parait aussi Les Fusils (n° 832), initialement Publié dans la collection " Lot 49 " au Cherche Midi, où d'autres titres de l'auteur sont en préparation - de même qu'aux éditions Tristram. où parait également, en septembre 2007, son essai Décentrer la terre - Copernic.
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Cela n'empêche pas d'être figuratif, mais en combinant géométrie et brisure, abstraction et sens commun. Vollmann nourrit son texte de sources multiples, d'angles et points de vue divers, donne à voir ses personnages sous toutes les facettes sans jamais les pénétrer vraiment. Le lire demande une écoute flottante. Central Europe est ainsi une suite de chapitres ou de récits à plus ou moins basse intensité, un continuum surprenant dont le visage se déforme et se refigure au fil des pages, sans forte expressivité. Au contraire, chaque geste ou pensée décrits se diffracte aussitôt en détails moins signifiants, se cherche un réseau à travers le réel, à quoi s'accrocher pour faire sens. Central Europe est beau parce qu'il est centrifuge et non parce qu'il raconterait, comme on pourrait le croire un peu vite, l'Europe des dictatures par l'oeil de quelques individus. C'est un roman merveilleux plus qu'historique.
Parce qu'une énigme prend corps dans cette peinture du siècle. Un chant finit par se lever, homérique : l'Histoire coule, comme à travers un entonnoir, dans chacun de ces personnages, qu'il soit artiste ou guerrier. Parfois, la rencontre de la Grande Roue et de l'individu est décrite sur un mode mineur : par bribes, par phrases à peine esquissées et déjà évaporées. Ailleurs, elle déchaîne une furieuse cacophonie, un déluge de mots, de couleurs et de sons. Ces ruptures de style font de Central Europe un opéra moderne, et de Vollmann un des romanciers les plus musiciens de la littérature contemporaine. Capable, des steppes d'Europe de l'Est aux confins du coeur humain et des neiges de Stalingrad aux puits de l'inconscient, de jouer de toutes les cordes, de tous les cuivres et de toutes les cymbales. Au fond, si Vollmann n'est pas Dieu, il lit tout de même loin dans les consciences. Et il sait que l'Histoire du XXe siècle n'était le fruit ni de la Dialectique (soviétique) ni de la Destinée (aryenne) : elle était fille du chaos, d'un immense charivari où chacun joue sa partition.
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