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De Gaulle en maillot de bain

Couverture du livre De Gaulle en maillot de bain

Auteur : Gérard de Cortanze

Date de saisie : 29/11/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Plon, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-259-20300-5

GENCOD : 9782259203005

Sorti le : 23/08/2007


  • La présentation de l'éditeur

Le titre de ce roman des origines s'est vite imposé : De Gaulle en maillot de bain, comme on le disait alors dans les cours de récréation. La maîtresse en maillot de bain. Les parents en maillot de bain. Gérard en maillot de bain. Tout le monde en maillot de bain, tous les acteurs de cette tragi-comédie à la française, tous en maillot de bain sur la scène de la vie, avec, en toile de fond, la France de l'immédiate après-guerre, celle de deux mutations majeures : la décolonisation et la modernisation. La France des 40 % de Français qui ne se lavent qu'une fois par mois et des 75 % qui n'utilisent jamais de brosse à dents. La France des appareils ménagers, ces «amis des femmes», et des huit actifs pour un retraité. La France des yé-yé et de la 4 CV, de Poujade et de Minou Drouet, du Spoutnik et de l'Ange blanc, de l'ORTF et du journal Pilote, de la fin de la soutane et de l'apparition des collants. La France de la libération des moeurs et de la culture, mais qui ne conçoit pas de projet social sans brutalité, qui s'arc-boute sur ses acquis, qui oppose déjà les jeunes aux vieux. La France qui se relève et qui court, mais vers quoi ?
Dans ce livre drôle et généreux, Gérard de Cortanze s'attache à décrire une «France réelle» qui l'a vu grandir et se demande si les «Trente glorieuses», même en maillot de bain, l'ont été autant qu'on l'a prétendu.

Auteur de plus de soixante livres traduits en vingt langues, dont Assam, prix Renaudot 2002, Gérard de Cortanze dirige la collection Folio/Biographies aux éditions Gallimard.





  • La revue de presse Josyane Savigneau - Le Monde du 30 novembre 2007

Gérard de Cortanze est à son meilleur lorsqu'il évoque sa très romanesque famille...
Pour tous ceux qui sont nés aux alentours de la moitié du siècle dernier, son récit est une plongée dans une délicieuse nostalgie plus humoristique que mélancolique. On revisite le temps des Scoubidous, des bikinis, du feuilleton Signé Furax, du pape Jean XXIII, des 4 CV, de l'apparition de la nouvelle vague, mais aussi du retour au pouvoir de De Gaulle, de l'assassinat de Kennedy, des guerres coloniales, avec leurs inguérissables blessures.


  • La revue de presse Claire Julliard - Le Nouvel Observateur du 22 novembre 2007

Gérard de Cortanze a beaucoup écrit sur ses ancêtres, à travers le cycle des «Vice-rois» ou des livres plus intimistes comme «Spaghetti !». Il n'est pas pour autant arrimé au passé : «Malheureux, il nous attriste; heureux, il nous plonge dans une nostalgie sans courage.» L'écrivain se méfie des souvenirs qui sont «une sorte de réveil arrêté». C'est pourquoi «De Gaulle en maillot de bain», évocation de son enfance et de son adolescence, se veut avant tout une radiographie sociologique et politique de la France des années 1950, en laquelle Edgar Morin voyait l'apothéose de la petite bourgeoisie...
Récit d'apprentissage émaillé d'anecdotes tragi-comiques, d'une verve folle, le livre de Cortanze est aussi le roman des origines de tout un pays, le préalable à une réflexion sur le monde né de ces Trente Glorieuses en bikini et en Solex. «Vos façons de voir sont dépassées/Parce que les temps ont changé», chantait Dylan. Comme toujours, les parents à qui il s'adressait ne voyaient rien venir.


  • La revue de presse Guillaume Chérel - Le Point du 20 septembre 2007

Lire la saga Cortanze, c'est se télétransporter sur «La piste aux étoiles» : les colères de grand-père, les voitures de papa, les départs en vacances, la morale de maman, les premières amours, les discussions politiques, l'irruption de la télévision dans les foyers, les yé-yé, tout y est. Sans oublier l'humour, lorsque l'auteur se décrit, pancho péruvien sur les épaules, en jeans et Clarks, cheveux (enfin) longs... On y est. En peu de mots, c'est bâché, comme dirait grand-père. C'est bon à lire, parce que c'est émouvant, tout simplement.



  • Les premières lignes

Les voies de la génétique sont impénétrables

Fin novembre 1947, un jeune mécanicien de vingt-huit ans rencontre une toute jeune fille de dix-huit. Tous deux appartiennent à cette génération qui a été bercée par des contes d'horreur et de courage. Tous deux font partie de cette immigration italienne qui constitue à elle seule près de 30 pour cent des étrangers recensés. Tous deux ont vécu les mêmes humiliations. Sur les bancs de l'école, leur identité et leur façon de s'exprimer ont déclenché des rires et d'inévitables : «Macaroni ! Spaghetti ! Mangeur de pizza !» Dans cette France amnésique, l'immigration est loin cependant d'être un phénomène récent. Sa population s'est même construite en grande partie par intégration successive de vagues d'immigrants. Soixante ans plus tard, à l'aube du XXIe siècle, on estimera que plus du tiers de la population française est d'origine étrangère - première, deuxième, troisième générations confondues. Claire et René, ainsi se prénomment-ils, ne savent pas qu'ils sont au coeur de cette histoire française et en constituent, avec tant d'autres, une des pièces nécessaires. Ils se plaisent. Pour l'instant, c'est tout, ils se plaisent, et pensent : «Le Nirvana, le Ciel, notre Salut, il est ici, nous l'avons maintenant.»
Comme l'atteste un petit album de photos où l'on voit René au milieu de soldats des troupes d'occupation françaises - «garde au lac de Constance», «vers Prague», «Vienne, souvenir Military Police» ; puis, forêt de pancartes fléchées clouées sur un arbre : War Crimes, Camp Dachau, Civil Affairs Dachau DM dépôt -, celui-ci revient d'Allemagne. Quant à elle, la jeune fille de dix-huit ans à peine, elle arrive de Montfermeil-Les Coudreaux, d'une boulangerie et d'un acte de résistance inconscient comme seul on peut en commettre lorsqu'on n'est pas encore sorti de l'enfance. Ils se plaisent. Premiers rendez-vous. Premiers échanges. La relation devient plus intime. Le jeune homme entraîne la jeune fille chez une tante absente de chez elle. Ils sont seuls. Tendrement eupho­riques. Quelques verres d'un petit vin rouge léger, qui monte vite à la tête, qui fait rougir les joues. Claire n'a jamais fait l'amour. Ce sera donc la première fois. Plus tard, elle dira : «Ton père m'a soûlée.»
La scène se passe à Saint-Ouen, dans la banlieue parisienne. J'imagine un petit appartement qui donne sur une cour. Odeurs de pommes frites et d'oignons, de soupe aux poireaux, de graisse de cheval, de vinasse, de chicorée, de linge rincé à l'eau de Javel. Sans doute un mobilier très commun, venu de chez Lévitan ou des Galeries Barbes, un vieux buffet Henri II... Mais encore : une armoire à glace, une cuisine - petit réchaud, évier, gros bloc de savon de Marseille -, c'est là que la tante boit le matin son café au lait accompagné de tartines d'Astra avant de partir à l'usine Alsthom. Accroché au mur, un calendrier des Postes. Pas d'eau courante, mais une fontaine dans la cour. Pas de W-C à l'intérieur : à l'époque seuls 5 pour cent des logements en possèdent. Nos deux tourtereaux vont s'aimer dans une France ruinée par la guerre, tout comme la Grande-Bretagne. Ce qui n'est pas le cas des Etats-Unis que le conflit a enrichis, ni de l'industrie soviétique qu'il a, en dépit des pertes en vies humaines et des destructions, relancée. Dans la France du plan Marshall, qui ne considère plus les Allemands comme des ennemis mais comme de futurs alliés, une idylle se noue, que les deux protagonistes voient sans lendemain. Simplement, une attirance mutuelle.
Ils sont beaux, jeunes. La guerre leur a fait comprendre, comme à beaucoup d'entre eux, que ne compte plus désormais que le présent immédiat. On le sait, le désespoir enfante souvent une nouvelle vie.
Ils ont vu les mêmes films, La Chartreuse de Parme, Dédé d'Anvers, La Corde, Le Voleur de bicyclette ; et fre­donnent des chansons de Lucienne Boyer, de Tino Rossi, de Charles Trenet. Certains affirment, péremptoires, que dans la France de l'après-guerre, la bourgeoisie est titillée par les concepts. Je ne suis pas sûr que ces deux-là en font leur préoccupation première, peut-être sont-ils «incons­ciemment» sartriens, se construisant une vie au jour le jour, durant laquelle l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait, dessinant ses propres figures, comme on le dit du patineur sur glace, et comprenant qu'en dehors d'elles ne compte que la réalité. L'alcool aidant, René et Claire sont maintenant entièrement nus. Rideau. Ils sont faits de l'étoffe dont sont tissés les rêves, et leur courte vie commence par un réveil.


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