Auteur : Max Gallo
Date de saisie : 04/09/2007
Genre : Histoire
Editeur : Tallandier, Paris, France
Collection : Texto
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-84734-456-1
GENCOD : 9782847344561
Sorti le : 30/08/2007
6 heures du matin, le 30 juin 1934. La pension tranquille de Bad Wiessee où dorment les chefs des Sections d'assaut est cernée. Les fidèles de Hitler, sa force de frappe, ses compagnons des temps de combat, sont désormais des hommes à abattre. Hitler en personne dirige ce règlement de comptes, l'arme au poing. Dans la nuit du 29 au 30 juin, dans la chaude journée d'été qui suit, les exécutions, les assassinats se multiplient dans toute l'Allemagne. Ernst Röhm, le chef d'état-major de la SA, l'allié des heures sombres, l'homme que le Führer tutoyait, en est la plus illustre victime. Heure par heure, Max Gallo restitue cette «Nuit des longs couteaux» qui vit triompher les SS et s'établir définitivement la dictature nazie. Interrogeant archives et témoins, retournant sur les lieux de l'action, il restitue l'atmosphère d'angoisse et de terreur, il éclaire les rivalités, les calculs politiques, les trahisons qui ont conduit à cette purge meurtrière. Un récit qui démonte le mécanisme infernal du IIIe Reich.
Né en 1932, Max Gallo est historien, romancier et homme politique. Il a été éditorialiste à L'Express, directeur de la rédaction du Matin de Paris, et il intervient régulièrement sur les ondes de France Culture. Ses nombreux ouvrages d'histoire, de fiction et de réflexion politique ont connu un grand succès. Il est membre de l'Académie française depuis le 31 mai 2007.
Extrait du prologue :
Dans la prison de Stadelheim, à Munich, un peloton de SS a pris position dans la cour. C'est la fin de l'après-midi du samedi 30 juin 1934. Rapidement le Gruppenführer Sepp Dietrich parcourt les couloirs de la prison. Derrière les portes des cellules les hommes qui jusqu'à hier soir étaient ses camarades ou ses chefs attendent depuis plusieurs heures qu'on décide de leur sort. Sepp Dietrich sait qu'ils vont mourir. À chacun d'eux, détournant son regard il va lancer :
«Vous avez été condamné à mort par le Führer pour haute trahison. Heil Hitler !»
Et il se fait ouvrir une autre porte ignorant les cris et les jurons. Déjà on entraîne dans la cour le premier prisonnier et l'officier SS qui commande le peloton de l'Ordre Noir crie dans la lumière rousse de juin :
«Le Führer l'exige. En joue. Feu.»
Wilhelm Schmid, Gruppenführer de la Sturmabteilung
- l'armée des Sections d'assaut -, cellule 497. Fusillé.
Hans Joachim von Spreti-Weilbach, Standartenführer SA, cellule 501. Fusillé.
Hans Peter von Heydebreck, Gruppenführer SA, cellule 502. Fusillé.
Hans Hayn, Gruppenführer SA, cellule 503. Fusillé.
August Schneidhuber, Obergruppenführer SA, préfet de police de Munich, cellule 504. Fusillé.
Quelques heures plus tard, un homme au visage balafré sera abattu dans une cellule voisine portant le n° 474, par deux SS. C'est Ernst Röhm, ministre du Reich, l'un des fondateurs du parti nazi, chef d'état-major de la SA. À Berlin, des tueurs assassinent le général von Schleicher, ancien chancelier du Reich et sa femme. Ils abattent son adjoint au ministère de la Guerre, le général von Bredow, ancien chef du Ministeramt, et un tueur solitaire liquide d'une balle dans le dos, dans son bureau du ministère des Transports, le Ministerialdirektor Klausener.
LA FIN D'UNE SEMAINE D'ÉTÉ
D'autres, beaucoup d'autres tombent : Jung, secrétaire particulier de Franz von Papen, vice-chancelier du Reich ; Gregor Strasser, compagnon de Hitler depuis les premiers jours. Tous, illustres ou modestes, fusillés ou abattus entre le samedi 30 juin 1934 et le lundi 2 juillet durant cette longue nuit de l'histoire allemande, la Nuit des longs couteaux où tombent des hommes qui paraissaient les plus nazis parmi les nazis, les plus proches alliés de Hitler, ses camarades - Strasser, Röhm - ou ceux qui semblaient les mieux protégés, les généraux von Schleicher et von Bredow.
Et le IIIe Reich, le monde entier, surpris, ignorant les détails et le nombre des victimes s'interrogent, manquant d'informations précises, formulant les hypothèses les plus contradictoires. C'est que la mort nazie a frappé comme tant de fois elle le fera encore, à la fin d'une semaine, quand dans les capitales les responsables sont loin des ministères vides où ne demeurent que quelques fonctionnaires subalternes chargés d'expédier les affaires courantes, qu'il faut des heures pour trouver telle ou telle personnalité en promenade ; la mort nazie frappe en ces fins de semaine du printemps et de l'été quand les rédacteurs en chef dorment tranquillement sur leurs éditions dominicales déjà bouclées puisqu'il ne peut rien se passer d'important ; quand les villes sont désertées, que la vie publique est suspendue, la garde relâchée. Alors frappe la mort nazie comme un éclair inattendu.
Il fait si beau, si chaud sur toute l'Europe en ce samedi 30 juin 1934 et ce dimanche 1er juillet. À Nogent, c'est dans le miroitement du fleuve, les canoteurs et les grappes de danseurs, la foule de la grande foire joyeuse de l'été. Autour de Londres et dans ses parcs l'herbe est drue et elle n'est pas humide : on y court pieds nus, on s'y allonge.
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