Auteur : Marcel Bordenave
Date de saisie : 04/09/2007
Genre : Sports
Editeur : Table ronde, Paris, France
Collection : Les classiques du rugby
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-7103-2960-2
GENCOD : 9782710329602
Sorti le : 30/08/2007
Journaliste sportif dans plusieurs quotidiens du Languedoc et originaire de Tarbes, Marcel Bordenave a envoyé pendant quinze ans au journal L'Équipe - entre 1956 et 1970 - des chroniques dont la saveur n'est toujours pas oubliée dans l'Occitanie. Ainsi les «profanes» du nord de la France ont-ils pu voyager dans l'imaginaire rugbystique tissé avec des querelles de clocher, des joutes à la fois dantesques et picrocholines, des portraits. Le tout relevé par un humour plein de tendresse.
Avec autant de drôlerie que de parti pris en faveur du Stade Tarbais, la plume de Marcel Bordenave nous fait revivre les hautes heures du rugby des années 60, autour des villages et des petites villes.
L'HISTOIRE (DE FOUS) DE LA SEMAINE : LE SAUVETAGE DU STADO PAR LES LOURDAIS !
Cantaous-Tuzaguet, le 22 juin.
Mon cher Flanker,
J'espère que tu auras reçu en bon état le petit paquet que Mélanie t'a fait parvenir par l'intermédiaire du fils Laricot, qui montait à Paris pour assister au mariage d'une de ses cousines. Le bougre est passablement étourdi et nous éprouvons quelque inquiétude. Aussi, un mot de toi sera le bienvenu. Fais diligence.
J'étais à Lourdes, dimanche dernier, à l'occasion de la venue de l'équipe de l'Armée française. J'ai assisté à un très bon match. Il s'en est fallu d'un cheveu que Lourdes ne soit battu puisque, à deux minutes de la fin, un drop de Basauri a frôlé les poteaux. Tu me diras que le résultat avait peu d'importance, mais tout de même ! Je t'affirme que nous avons respiré un bon coup lorsque l'arbitre a renvoyé les trente hommes aux vestiaires ! Il y a dans ce quinze militaire quelques zèbres rayés qui semblent se servir d'un ballon ovale et dont pas mal de «Nationaux» feraient leurs beaux dimanches. On sent, en outre, que Clément Dupont est passé par là : les avants ont distillé des mêlées ouvertes «de primo cartello», joué la touche à la perfection et copieusement alimenté leurs lignes arrière, que le rouquin Basauri lançait en attaque dans un style excellent.
Je me suis laissé dire que l'Albigeois jouerait à la Section Paloise la saison prochaine, auquel cas, Albert Cazenave ferait une brillante affaire. Tout bons ou tout mauvais, tels sont souvent les gars desquels on dit dans le pays, because la couleur flamboyante de leur chevelure : «Une naissance retardée de huit jours et ils se cramaient.» Basauri appartient à la première catégorie et deviendra rapidement le chouchou du public de la Croix-du-Prince s'il opte pour le club béarnais.
La saison de Lourdes se terminera dimanche à Castelnaudary. Il paraît que ce sera une fort belle cérémonie. Un cassoulet monstre mijote déjà dans un énorme pot de terre et les plus généreux des vins des Corbières seront extraits de leurs mystérieux cachots à l'attention de Jean Prat et de ses camarades. Les champions de France rencontreront une sélection dans laquelle prendra peut-être place un arrière comme on en voit peu et dont tu me permettras de taire le nom afin d'éviter des complications diplomatiques bien inutiles : «Je puis encore me permettre de jouer assis devant un guéridon, une bouteille de pastis et une boîte de cigares à portée de la main...», aurait-il déclaré à ses amis.
Le défi a été relevé et les citoyens de l'Aude risquent de s'offrir une attraction sensationnelle, dont on parlera longtemps dans le coin.
Je te disais dans ma dernière lettre que des gars venus de Montauban avaient tenté dernièrement des travaux d'approche auprès de Jean Barthe. Le fait est rigoureusement exact. «Jeanjean», qui a pignon sur rue dans sa bonne bille de Lourdes, n'a nullement l'intention de changer de climat et les indigènes de Sapiac en ont été pour leurs frais.
Il faut cependant reconnaître qu'ils n'avaient pas trop mal choisi. Une consolation qui en vaut une autre...
L'assemblée générale du Stadoceste Tarbais approche. Les initiés affirment qu'elle sera très mouvementée et je veux bien le croire, si j'en juge par l'agitation fébrile qui règne dans les deux camps. Ce ne sont que réunions ultrasecrètes (dont nul n'ignore rien le lendemain), entrevues, démarches importantes, effectuées en vue de recruter des sympathisants. Chaque café de la ville - et Dieu sait s'ils sont nombreux - est une véritable petite succursale du quai d'Orsay. Le vin blanc coule à flots, comme aux plus beaux jours de la campagne électorale.
Un bruit a couru avec persistance, tout au long de la semaine : M. Béguère prendrait en main les destinées du club tarbais et Jean Prat serait chargé de l'entraînement de l'équipe première. Excuse-moi du peu ! Inutile de te dire que cette nouvelle a provoqué un grand boum dans le Landerneau.
Ayant une paire de bouvillons à vendre, j'étais descendu au marché, jeudi dernier, et il n'était question que de ça au foirail. Même que le gars qui m'a acheté mes bêtes - un farouche supporter du Stadoceste - était tellement troublé qu'il m'a refilé un billet de 10 000 supplémentaire. Je confesse humblement que je me suis bien gardé de le lui rendre, mais comme il y a en moi un certain fond d'honnêteté, je réserverai cette somme à l'achat d'une carte de membre abonné pour l'année prochaine.
On aide son club ou on ne l'aide pas.
(...)
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