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Avant l'aube

Couverture du livre Avant l'aube

Auteur : Alonso Cueto

Traducteur : Isabelle Gugnon

Date de saisie : 04/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Michalon, Paris, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-84186-411-9

GENCOD : 9782841864119

Sorti le : 30/08/2007


  • La présentation de l'éditeur

Adrián Ormache, avocat de renom, découvre à la mort de sa mère le rôle joué par son père dans la lutte contre le Sentier lumineux. Officier de l'armée péruvienne, commandant d'une garnison dans la région d'Ayacucho, il faisait arrêter de jeunes indiennes qu'il violait avant de les remettre à ses hommes, jusqu'au jour où il tomba amoureux de l'une d'entre elles et décida de la garder prisonnière avec lui dans la caserne. Mais un matin, avant l'aube, la jeune fille réussit à s'enfuir.
Confronté au passé de ce père qu'il a peu connu, Adrián part à la recherche de cette jeune fille et entreprend un voyage qui le conduira dans une région des Andes où la souffrance, la pauvreté et la mémoire des disparus hantent le quotidien. Ce bourgeois liménien, pour qui ne comptent que le succès, l'argent et l'apparence, devra affronter une douloureuse réalité. Des secrets de famille aux secrets d'Etat, des quartiers résidentiels aux bidonvilles de Lima, il prendra conscience des aspects les plus inavouables de ce conflit qui ensanglanta le Pérou entre 1980 et 1992.
Basé sur une histoire vraie, construit comme un roman policier, le récit d'Alonso Cueto nous entraîne dans une aventure riche en intrigues et en rebondissements.

Alonso Cueto est né à Lima en 1954. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres salués par une critique enthousiaste et couronnés de prix. Avant l'aube est son premier roman traduit en français.

«Un superbe roman qui décrit avec talent et lucidité les séquelles de dix ans de guerre civile et de terrorisme.»

Mario Vargas Llosa





  • Les premières lignes

Peu avant que cette histoire ne commence, le magazine Cosas a publié une photo de moi dans sa rubrique mondaine.
C'était un cliché rectangulaire qui occupait toute la largeur de la page. Je souriais face à l'objectif. Menton relevé, veste brillante, j'avais deux ou trois doigts posés sur l'épaule de ma belle épouse, Claudia. Je me trouvais bien. J'affichais ce mélange de spontanéité et d'élégance que certains savent composer quand un photographe n'est pas loin. Mon noeud de cravate était impeccable ; mes cheveux, sagement ébouriffés, et l'alliance passée à mon annulaire symbolisait quinze paisibles années de mariage. À mes côtés se tenaient Claudia, mon associé Eduardo et sa femme, Milagros. Un verre de whisky à la main comme on arbore une décoration, nous regardions tous les quatre l'objectif, enveloppés de la tendre arrogance de nos sourires, à croire que nous venions de recevoir le prix des couples les plus heureux de la soirée.
Un jour, au petit-déjeuner, Claudia m'avait tendu ce magazine où était publiée la photo en question. Un peu plus tard, ma belle-soeur m'avait téléphoné au bureau. «Vous êtes superbes», avait-elle déclaré. J'étais flatté, mais guère surpris que la photo soit plus grande que celles qui figuraient sur la même page.
À l'époque, je me trouvais très bien, et il me semble que cette impression ne me quittait jamais. Les événements qui rythment le cours d'une vie m'étaient pour ainsi dire favorables. J'avais quarante-deux ans, je gagnais neuf mille dollars par mois et pesais quatre-vingts kilos, un poids correct pour 1 mètre 82. J'allais au gymnase une heure par jour. J'étais en outre l'un des associés d'un cabinet d'avocats qui défendait une centaine de bons clients. J'avais beaucoup de travail, mais j'étais assez bien secondé au bureau. En ce temps-là, un ami m'avait dit d'un ton accusateur que j'avais l'air de plus en plus content de moi.
Être avocat a toujours été ma vocation. Au lycée, j'avais écrit un essai intitulé «Le droit dans la vie quotidienne». L'idée maîtresse de ce texte était que toute relation sociale, même les rapports amoureux ou amicaux, se fonde sur un pacte tacite. Pères, enfants, conjoints, amoureux, amis, frères et soeurs arrivent sans la moindre explication à conclure des accords de conduite. Ce sont les habitudes qui définissent ces accords. Si l'un d'eux rompt le contrat, si l'un d'eux a un comportement différent de celui qu'il a toujours eu, il trahit sa promesse dans sa relation avec autrui. Le droit se fonde sur les rapports humains. C'est en tout cas ce que je pensais à l'époque. Enfant, je ne m'intéressais pas exclusivement au droit. Je rêvais aussi d'écrire. J'ai d'ailleurs écrit un jour un roman d'aventures et d'amour.
Depuis quelques semaines, j'ai réfléchi à ma vocation frustrée d'écrivain.
J'y ai pensé parce qu'à présent, je veux raconter cette histoire. J'ignore pourquoi. Le fait de ne pas voir le visage de celui qui me lira me protège (un auteur a été engagé pour signer ce livre de son style médiocre et de son nom).
Je vais m'appeler Adrián Ormache, mais certains devineront mon identité. Il nous reconnaîtront, moi ou ma femme Claudia. Ma femme Claudia. C'est drôle de la nommer ainsi. Comme une étrangère. Son prénom ondulant m'évoquait la forme d'un arc-en-ciel. C'est du moins ce que je lui ai dit le jour où je l'ai rencontrée, dans une fête, il y a vingt ans. Le compliment était idiot, mais il l'a amusée.
À l'époque où cette histoire a commencé, Claudia était une compagne exemplaire. Elle s'habillait avec élégance, m'accompagnait aux cocktails et s'était liée d'amitié avec les femmes d'autres avocats.
Tu ne peux pas trouver mieux, me disait ma belle-mère. Elle avait raison. Avec ses tailleurs et sa distinction, Claudia faisait toujours bonne impression auprès de mes amis et de mes connaissances. Elle organisait de grands et délicieux dîners à la maison. Les tables étaient garnies d'assortiments de viandes, de salades et de desserts. Les avocats importants - les Muñiz, les del Prado, les Rodrigo - restaient chez nous jusqu'à des heures avancées et prenaient toujours congé en nous embrassant. Il en allait de même avec les hommes politiques : Ferrero, Lourdes Flores, et même une fois Belaúnde. Tous étaient de bons amis. J'aimais que mes filles les voient à la maison. Nous avons deux filles tout à fait adorables (c'est le mot qui me vient maintenant à l'esprit pour les décrire).


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