Auteur : Bodil Bredsdorff
Traducteur : Jean-Baptiste Coursaud
Date de saisie : 02/09/2007
Genre : Jeunesse à partir de 9 ans
Editeur : T. Magnier, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 9.00 € / 59.04 F
ISBN : 978-2-84420-574-2
GENCOD : 9782844205742
Sorti le : 24/08/2007
La petite communauté est bien installée à la baie aux Corneilles mais, lorsque Foula accouche d'un petit garçon, Eidi sa fille se sent de trop. Elle part tenter sa chance et gagner de l'argent, chez Rossan d'abord pour y filer la laine, puis en ville pour la vendre. Puisqu'elle est douée pour les travaux d'aiguilles et de tissage, Eidi est vite embauchée chez Bandon, un fier et riche marchand à la personnalité complexe. Autant Bandon martyrise Tink, son propre fils, autant il se montre gentil avec Eidi... étonnamment gentil.
Après La Fille Corneille, ce roman est le deuxième volume de la tétralogie Les Enfants de la baie aux Corneilles.
Les quatre enfants avaient attendu longtemps. Mais seuls leur parvenaient le murmure du ruisseau et, en provenance de la plage, le crissement des galets d'abord charriés dans la mer par le cours d'eau, puis rapportés par les vagues sur le rivage.
Quand un cri retentit soudain, loin dans le ciel, ils levèrent la tête. Un aigle aux larges ailes déployées se laissait porter par le vent au-dessus de l'océan.
Le cri avait accéléré les battements du coeur d'une des filles qui, à présent, posait une main sur sa poitrine comme pour qu'il s'apaise, pour qu'il cesse de marteler. Ses yeux marron clair suivirent l'aigle jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la lumière du soleil épousant la ligne d'horizon.
Elle avait noué ses cheveux en une natte mordorée dont la pointe se terminait par une boucle dans le milieu du dos. Une fine cicatrice blanche, d'un éclat superficiel, ombrait son arcade sourcilière.
Elle était lasse d'attendre.
«Ça ne peut quand même pas durer autant», songea-t-elle. Et pourtant si.
Une fille de quelques années plus âgée qu'elle était assise à côté. Elle avait une toison noire, lisse, qu'on aurait crue légèrement bombée. Un petit garçon sur ses genoux dormait la bouche ouverte, la tête dans le creux de son épaule. Un filament lumineux de salive se frayait un chemin vers la robe bleu marine.
À ses pieds était couchée une chienne au poil rêche, d'une race indéterminée. Elle avait dressé une oreille en entendant le cri de l'aigle, sans pour cela ouvrir les yeux, comme si elle savait dans son sommeil qu'il s'agissait d'un bruit dont elle n'avait pas à se soucier.
Le dernier de cette petite troupe était un grand garçon, oui, un jeune homme presque, au regard d'un bleu éclatant, dont les cheveux foncés, mi-longs, lui tombaient constamment dans les yeux, l'obligeant à les repousser d'une main rapide. Il taillait un bâton avec son couteau, et ce depuis si longtemps qu'un petit tas de copeaux s'accumulait entre ses pieds.
Les enfants étaient juchés sur des rochers surplombant une baie où se dressaient trois maisons blanchies à la chaux. Une fumée épaisse montait d'une cheminée, bien que ce fût une chaude journée d'été. Des poules picoraient devant la maison et, derrière, sur les pentes herbues, paissait un troupeau de moutons aux couleurs variées, allant du noir au gris, en passant par le blanc et le brun.
Puis un hurlement déchira le silence de la petite baie. Un homme apparut sur le seuil de la maison :
- Eidi ! Ravnar ! Meille ! Dåp !
Les enfants se levèrent et descendirent des rochers en chancelant. Meille ouvrait la marche, avec Dåp accroché à elle, bien qu'il soit bientôt trop âgé pour être porté, et la chienne sur ses talons. Ravnar lui emboîtait le pas, le couteau cliquetant dans une main et son bâton dans l'autre. Eidi fermait le cortège, en avançant silencieusement ; elle avait des fourmis dans les jambes et craignait de tomber.
Elle fut la dernière à pénétrer dans la maison.
Voici donc à quoi ressemblait un nouveau-né : minuscule, rouge et fripé. De minces taches de sang à demi séché dans des cheveux blonds quasi imperceptibles. De la graisse blanche, semblable à du suif figé, dans tous les plis et les orifices. Telle une petite graine livide, il vagissait en gigotant de tous ses membres étirés, le ventre ramassé contre la poitrine de Foula.
Ils eurent la permission de jeter un coup d'ceil au bébé nu, sur lequel Foula s'empressa de remonter la couverture avant de le serrer contre elle. Elle dévorait Frid du regard.
- Ça a fait mal, maman ? voulut savoir Eidi, qui avait assisté plus d'une fois à l'agnelage des brebis.
Foula lui sourit, en lui caressant doucement la joue du revers de la main.
- Pas plus que ça. Et ce n'est pas très grave d'avoir un peu mal quand on donne naissance à un petit garçon si mignon.
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