Auteur : Frédéric Révérend
Date de saisie : 06/09/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France
Collection : La bibliothèque fantôme
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-35516-018-9
GENCOD : 9782355160189
L'invention d'un château propose de parcourir mille ans en mille pas : partir de l'arête d'un plateau calcaire, pour passer d'un château invisible à une place-forte, et par un escalier troglodyte, atteindre la grille d'un palais. Mirage ? Est-ce le château que nous cherchions ?
Le coffre meurtrier reconstitue quelques jours de février 1546. Un jeune prince héroïque et adulé est abattu par un coffre jeté d'une fenêtre, lors d'une bataille de boules de neige. Fait-divers authentique et enquête sur ce qui s'avère un crime. Qui ? Comment ? Pourquoi ?
Le château de La Roche-Guyon, qui a inspiré ces deux récits à dire, est situé dans une boucle de la Seine, entre Mantes et Vernon, à l'extrémité de l'Ile-de-France.
Blanc de la craie et blanc de la neige sur lesquels le sang coule, blanc de la lumière qui révèle, et blanc de l'oubli qui unifie tout.
Frédéric Révérend, auteur, exégète et artiste polygraphe, s'essaye ici à la «visite-guidée» comme un genre littéraire
Où est donc le château ?
Panorama sur la crête, avant l'entrée du chemin
Bonjour chers amis visiteurs. La lumière s'est mise à poindre, les oiseaux à chanter, le matin va commencer. Où est le château ? Suivez-moi, s'il vous plaît !
Si nous étions dans un théâtre et que le décor se mette à entourer complètement le public, croyez-vous que le public pourrait rester simple spectateur ? Non. C'est pourquoi ici, il n'y a pas d'autre rideau que le jour, pas d'autre fauteuil que le corps de chacun, pas d'autre dossier que le dos, pas d'autre accoudoir que les bras, et pas d'autre possibilité pour les jambes, que aller voir ailleurs. Mais où est le château ?
Le palais, la bastide, la bastille, le castel, la citadelle, la gentilhommière, le manoir, la folie, le fort, la forteresse, le krak, le château ? Où est donc le château ? Patience et suivez-moi !
Lorsque j'étais petit, je suis souvent venu ici. Car c'est loin, très loin en arrière, que nous allons commencer notre visite : là où on peut encore tout voir et tout prévoir, face à tous les points cardinaux, voir tout ce qui est derrière nous, aussi bien que tout ce qui est devant nous.
Nous sommes debout sur ce plateau, nous sommes tout en haut, et en haut de l'histoire, et en haut de la géographie. C'est ici que tout peut commencer, que tout est encore possible.
Ici, il y a 1 000 ans, s'arrêtait la France. Oui, c'est sur cette frontière que nous posons le pied.
Regardez le paysage et cherchez où elle passe... Quelle frontière de la nature pouvait bien séparer ici un pays d'un autre ? Est-ce parce que cet immense plateau est ici coupé net ?
Est-ce parce que la Seine, en creusant cette vallée, a fait des collines d'en face le commencement de l'étranger ? Non, ce n'est pas la Seine qui a dessiné la frontière dont je vous parle.
Alors où passait donc cette frontière ? Et pourquoi existait-elle ?
Je viens de vous dire qu'il y a 1 000 ans, ici, c'était encore la France. Imaginez donc la France, encore petite, toute petite, mais assez fière pour avoir un roi. Sa surface ne dépasse guère celle de la région parisienne et son extrémité la plus au nord, celle où nous sommes, est appelée le Vexin. C'est le nom du plateau sur lequel nous marchons. Bien sûr, du temps de l'empereur Charlemagne, l'horizon était encore plus vaste, on allait librement jusqu'à la mer. Au même rythme qu'aujourd'hui la Seine s'écoulait de Paris jusqu'à Rouen et la côte.
Mais un siècle plus tard, des pirates venus du Nord de l'Europe, les Normands, ont commencé à remonter le courant. Ils jetaient l'ancre près des beaux villages ou des gras monastères et les pillaient, avant de repartir plus loin. Très vite, ils ont allongé leur circuit, ils contrôlèrent peu à peu toute la vallée. Toute la vallée... ou presque.
Ils allaient bientôt arriver jusqu'ici. Le roi de France s'appelait Charles le Simple. Il tremblait à l'idée de les voir remonter la Seine, et - pourquoi pas - jusqu'à Paris. Alors, à 16 kilomètres après le bout de cet index, dans le village de Saint-Clair, au bord de l'Epte - qui est un petit affluent de la Seine - donc un peu à l'écart de la vallée tant convoitée, le roi Charles le Simple et le chef normand Hrôlf se sont rencontrés pour empêcher la guerre. Et à Saint-Clair-sur Epte, le 11 juillet 911, Charles a fait cadeau à Hrôlf de toute la partie que les Normands avaient envahie, et, en échange, Hrôlf a accepté de s'arrêter ici, de se contenter de ce qu'il avait déjà.
Et grâce à cela, un nouveau pays étranger a pu naître : la Normandie.
Si Charles était surnommé le Simple, Hrôlf lui, était surnommé le Piéton. Il était si grand, dit-on, que ses pieds décollaient à peine du sol quand il montait à cheval. Avant de s'en retourner, rassuré, à Paris, Charles le Simple a demandé à Hrôlf de lui baiser le pied, afin que le barbare n'oublie pas, tout de même, lequel des deux était roi. Et le géant a accepté. Mais au lieu de se baisser vers le pied du roi, c'est le pied du roi que Hrôlf a soulevé vers sa bouche, et le roi s'est cassé la figure. Voilà ce qui s'est passé, dit-on, à Saint-Clair sur Epte en 911, juste à 16 kilomètres après le bout de cet index.
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