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Pathologies

Couverture du livre Pathologies

Auteur : Zakhar Prilepine

Traducteur : Joëlle Dublanchet

Date de saisie : 11/11/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. des Syrtes, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-84545-135-3

GENCOD : 9782845451353

Sorti le : 20/09/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Un détachement militaire russe est envoyé en Tchétchénie : le Spetsnaz, les hommes les plus expérimentés et les plus redoutables ; parmi eux, Egor Tachevski. Les combattants russes s'installent dans une école abandonnée près de Groznyï : tout un symbole pour ces jeunes dont l'âge ne dépasse pas la trentaine. Les conscrits de vingt ans, les officiers rodés, tous gèrent à leur façon la peur, l'ennui et la mort. Tous sont, un jour, mis devant l'obligation de tirer, de tuer. Commencent les opérations de «nettoyage» : devant des Tchétchènes tués et la mort des siens, Egor Tachevski, chef du groupe, a peur. Plus qu'une peur primaire de la mort, c'est une folie, une pathologie qui tourne à l'obsession.
Cette pathologie a une soeur rivale, la Jalousie. Dans le monde civil, les relations d'Egor avec Dacha, jeune femme sensuelle et peu ordinaire, ne sont plus que ruines. Le jour où Dacha confie à Egor avoir eu vingt-six amants avant lui, sa tête explose. Abandonné à la naissance par sa mère, orphelin de son père à six ans, il pensait avoir trouvé en Dacha un refuge, un point de départ et un point de retour.
Le narrateur essaie de se guérir de ces deux pathologies en se plongeant dans l'enfance, certes douloureuse, mais pleine d'espoir.

Zakhar Prilepine construit son roman autour des trois axes névralgiques de la vie du narrateur : l'amour, la guerre, l'enfance. Avec une aisance narrative sans faille, il tisse son récit de façon à laisser place à l'imagination du lecteur sans lui accorder le temps de reprendre son souffle. Malade de sa Russie malade, Prilepine nous la décrit en proie à ses démons : un pays mis à genoux par les fautes de ses dirigeants. Sans prendre position, il narre la souffrance de tout un peuple, constitué d'ethnies qui ont du mal à vivre ensemble.

Zakhar Prilepine, 34 ans, est rédacteur en chef d'une édition régionale de Novaïa Gazeta, te journal d'Anna Politkovskaïa. Il a participé aux deux guerres tchétchènes (en 1996 et 1999). Pathologies, finaliste du prix russe Natsionalnyï et best-seller en 2005, est son premier roman. Son deuxième roman, Sanka a été finaliste du Booker Prize russe en 2006 et élu meilleur livre étranger en Chine la même année. Le Péché, sera publié en août 2007. Il confirme Zakhar Prilepine comme un des auteurs les plus prometteurs de sa génération littéraire. Figure emblématique d'une jeunesse engagée, Zakhar Prilepine participe régulièrement aux actions civiques contre le pouvoir en place.





  • La revue de presse André Clavel - Lire, novembre 2007

C'est d'abord sur Internet que les lecteurs russes ont découvert ce roman terrible où la guerre - sous toutes ses formes - semble être la métaphore de notre condition...
En alternant les séquences, Prilepine met en scène la double dérive d'un damné, la double défaite d'un être broyé par l'Histoire et par ses propres passions - comme un personnage de Dostoïevski qui débarquerait dans une Russie transformée en une gigantesque poudrière.



  • Les premières lignes

Lorsque je traverse le pont, je suis souvent assailli par la même vision.

... Sviatoï Spass occupe les deux rives du fleuve. Notre maison est située sur l'une d'entre elles. Tous les samedis, nous allons de l'autre côté flâner sur le marché aux livres qui se trouve dans le parc, à proximité du quai.
Les éventaires sont tenus par des retraités à l'air maussade. Ils vendent à bas prix des ouvrages classiques d'aspect austère et, beaucoup plus cher, une littérature avec d'horribles couvertures, tout juste bonne à mettre à la poubelle.
D'un doigt de la main gauche, j'ouvre les livres posés sur l'éventaire. Ma main droite tient celle de mon fils adoptif, un adorable petit bonhomme de trois ans, qui porte une casquette rouge et des chaussures de foot avec de longs et épais lacets blancs. Il connaît plusieurs mots importants, sait battre des paupières pour marquer son étonnement et possède une gamme étendue de mimiques pleines de candeur. Nous sommes enchantés l'un de l'autre, bien qu'il n'en montre jamais rien. Nous nous connaissons depuis un an et demi, et il croit que je suis son père.
Assis sur le quai, nous mangeons une glace en regardant l'eau couler.
- Quand est-ce qu'elle va finir de couler ? demande l'enfant.
«Quand elle aura fini de couler, nous serons morts», me vient-il à l'esprit, et comme je ne crains pas encore de l'effrayer, j'exprime ma pensée à voix haute. Il prend cela pour une réponse.
- Et c'est bientôt ? demande-t-il, visiblement intéressé par le temps que mettra la rivière à disparaître.
- Mais non, ce n'est pas pour bientôt, dis-je sans trop savoir si je parle de la mort ou de la disparition de la rivière.
Nous finissons notre glace. Il ouvre la bouche pour atteindre dans le fond du petit pot en gaufre les derniers morceaux de glace délicieusement ramollis. C'est moi qui termine la gaufre, toute grignotée et couverte de gouttes crémeuses.
- C'est bon, commente le gamin.
J'essuie avec un mouchoir ses menottes, ses joues collantes et les traces noires qu'il a, je ne sais pourquoi, sur le visage. Puis je me lève pour partir.
- On peut attendre encore un peu ? propose-t-il alors.
- Pour quoi faire ?
- On attend qu'elle coule plus.
- Si tu veux.
Il regarde l'eau intensément. Elle coule toujours.

Nous montons ensuite dans une navette, un minibus de vingt personnes, plus le chauffeur qui manoeuvre son volant avec virtuosité tout en vendant des billets aux passagers. Il a une cigarette allumée à la bouche, mais la cendre ne lui tombe jamais sur le pantalon : dès qu'elle atteint le seuil critique, il sort sa main juste à temps par la vitre, et elle se disperse au vent.
Parfois, je doute de la virtuosité du chauffeur. Lorsque les deux beaux gars que nous sommes, mon petit et moi, voyagent à travers la ville, je doute de tout. Je ne suis pas sûr que les pots de fleurs ne tomberont pas des balcons, et que les chiens ne se jetteront pas sur les passants ; je ne suis pas certain que le fil du poteau télégraphique qui s'est cassé le mois dernier ne donnera pas une décharge électrique, et que les grilles d'égout ne vont pas s'effondrer pour laisser apparaître de sombres remous. Nous faisons attention à tout. L'enfant me fait confiance, ai-je le droit de le trahir ?


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