Auteur : Vassilis Alexakis
Date de saisie : 05/12/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 20.99 € / 137.69 F
ISBN : 978-2-234-05793-7
GENCOD : 9782234057937
Sorti le : 22/08/2007
"L'Eglise orthodoxe célèbre aujourd'hui la mémoire de Laurent de Mégare, d'Ephraïm et d'Eugène.
Je ne connais aucun des trois. Je suppose qu'ils ont vécu à la même époque puisqu'on les célèbre le même jour. Je les imagine au centre d'une arène romaine, en plein midi. Les saints meurent rarement dans leur lit, de vieillesse. Éphraïm, qui se tient au milieu, prend les deux autres par la main pour leur insuffler du courage. Ils ne paraissent pourtant nullement impressionnés par les rugissements des fauves qui sont cantonnés derrière une grille de fer.
La plèbe s'impatiente. Les trompettes retentissent. César incline légèrement la tête. La grille s'élève peu à peu dans un long grincement. J'observe le spectacle à travers les fentes d'une porte de bois vermoulue. Les légionnaires ne me prêtent aucune attention en raison de mon jeune âge. Bientôt, je courrai porter les mauvaises nouvelles à la mère d'Éphraïm. Sur le côté gauche de mon bureau se dresse une pile de livres consacrés au mont Athos, certains rédigés par des moines, d'autres par des historiens.
Ce sont pour la plupart des ouvrages reliés, à couverture rigide, noire ou bleu sombre. Peut-être découvrirai-je en les lisant qui étaient Laurent, Eugène et Éphraïm. Je ne suis pas pressé de le savoir. J'ai déjà jeté un coup d'oeil à deux ou trois volumes, mais je n'en ai étudié aucun avec application, comme me l'a demandé ma logeuse, Nausicaa Nicolaïdis. "
Vassilis Alexakis a publié onze romans dont La Langue maternelle, prix Médicis en 1995, Paris-Athènes, Les Mots étrangers et Je t'oublierai tous les jours.
Alexakis écrit ce qu'il a envie de lire. Soumis à sa fantaisie, les sujets les plus graves se transforment en promenades allègres à travers la culture, la France, la Grèce, Dieu et ses saintes... Dans «Ap. J.-C.», son dernier roman, il part pour le mont Athos. Son pèlerinage est un modèle d'érudition désinvolte pleine de remarques légères sur les tenues, les silhouettes, les mines ou les attitudes de tous ceux qui vont apparaître dans son récit et nous donner à leur insu une leçon d'histoire et de civilisation...
Tout amuse l'oeil en patrouille du jeune étudiant et rien ne lui échappe. Et, peu à peu, dans ce lieu hier consacré à Zeus et aujourd'hui dédié à la Vierge Marie, sans que jamais on ne se prenne la tête, il en arrive à comparer la théologie chrétienne qui apporte des réponses à la philosophie socratique qui, elle, posait des questions. Le spectacle de moines enfermés dans leur routine comme les cachets dans leurs capsules mène à une gymnastique intellectuelle pleine de charme et d'érudition enjouée. C'est un enchantement. Du pur Vassilis Alexakis.
Dans «Ap. J.-C.», le romancier franco-grec enquête sur la vie des religieux du mont Athos. Un régal...
Le socle antique et le monde nouveau ne cessent de se télescoper, mais ce mécréant de Vassilis Alexakis ne fait jamais la leçon. Il laisse le lecteur seul juge dans sa quête de vérité. Il y a une dizaine d'années, il avait écrit «la Langue maternelle», un récit autour de la lettre epsilon à Delphes, suspendue à l'entrée du temple d'Apollon, là où officiait la Pythie. Aujourd'hui, entre les colonnes de Zeus olympien, l'auteur solitaire nous sourit avec une tendre ironie dans des volutes de scaferlati. Pour atteindre Athos, il a pris la plume de d'Artagnan.
Après un long voyage, Vassilis Alexakis, dit le Grec, est de retour. Avec sous le bras une nouvelle Odyssée, façon «La langue maternelle» ou «Les mots étrangers», qui embarque le lecteur dans une passionnante quête initiatique. Il s'agit en effet d'explorer le passage de l'Antiquité à Byzance, de la philosophie à la théologie, d'un univers de la question et des doutes à celui de la réponse et des certitudes, tout cela rapporté à notre époque, dans une Grèce multiple, héritière au premier chef de ce déchirement. Cela s'appelle «Ap. J.-C.» et c'est follement séduisant. Parce qu'il y a la manière Alexakis, cette allure fantasque, drôle, légère, qui va de la pure érudition au quotidien le plus banal, de Zénon d'Elée à la saveur des sardines grillées.
Vassilis Alexakis nous a pris par la main dès la première page et ne nous lâche pas. Grec, il écrit en français avec une maîtrise sans cesse affirmée depuis trente ans. Ap. J.-C. couronne une oeuvre qui n'a jamais tourné le dos à ses origines. La Grèce est là, volubile et magnifique, bavarde et gourmande, toujours à vif dans un monde où, écrasée par son histoire, elle doit feindre de se sentir à l'aise. Il y revient avec un roman dont les variations sont à la fois tendres et graves. La parole est du temps présent, mais, avec les conteurs grecs, on est assurés que les passés reviendront par bouffées tantôt humiliantes, tantôt glorieuses...
Taisons la fin si belle qu'il serait injuste de la dévoiler. Vassilis Alexakis l'a préparée avec art, changeant de voix et de ton quand des pensées éclair sur le passé et le futur traversant le présent, si lucide que le lecteur éprouve le rare bonheur de croire que ce roman a été écrit pour lui et avec lui.
Vassilis Alexakis, le plus athénien des Parisiens, joue les enquêteurs sur le mont Athos. Une exploration édifiante...
Après sa longue quête des racines maternelles et linguistiques, voilà notre «divin enfant» des îles grecques (né le 25 décembre de l'an de grâce 1943) sur les traces des moines de la Sainte Montagne. Un périple tout aussi captivant que troublant.
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