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Cherche mère désespérément

Couverture du livre Cherche mère désespérément

Auteur : Jean Clausel

Date de saisie : 31/08/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Littérature

Prix : 19.50 € / 127.91 F

ISBN : 978-2-268-06286-0

GENCOD : 9782268062860

Sorti le : 30/08/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Poursuivre l'image idéale et toujours fuyante de la mère est le moteur de notre vie affective. Les amitiés, les amours, les entreprises, les préoccupations les plus diverses auxquelles nous consacrons notre énergie, nos pensées et nos sentiments, s'inscrivent bien souvent dans cette recherche, source de nos rires et de nos larmes. Parfois, il suffit d'un visage, d'un sourire, d'une circonstance curieuse pour nous permettre de croire à notre destin et apaiser notre quête. Ainsi, à travers décors et personnages, du plus touchant au plus cocasse, drames et comédies nous distraient et nous consolent du temps passé à scruter des mirages.
Ce roman restitue le hasard de rencontres sur plusieurs continents et fait revivre les plus attachantes des créatures dont l'auteur a partagé l'intimité ou l'affection qu'il ne pouvait trouver auprès de sa mère.

Jean Clausel a publié des études et témoignages sur Mario Praz, Rainer Maria Rilke, halo Svevo, Marguerite Yourcenar. Il s'est tour à tour intéressé à la traduction, à l'Inde, à Venise, à l'opéra, à l'art culinaire, à l'Orient et a la vie mondaine.
Il est l'auteur de récits de voyage (Indes, Payot-Voyageurs 1994 et 2000), de plusieurs essais sur Venise où il a séjourné trente ans, dont Venise exquise (Robert Laffont 1990 et Payot 2002) et Venise chronique (Payot 2001 et 2007).
Ces ouvrages, illustrés de dessins originaux, sont traduits en espagnol et en grec.





  • Les premières lignes

MÈRE AUX YEUX DE LOTUS

Mort de ma mère - Départ vers Mother India - La Mère de Pondichéry - L'ashram d'Amrita Amayi Devi, dans le Kerala - Rencontre avec la mendiante de Varkala.
Ma mère venait de mourir. Ce n'est pas l'universel chantage des religions qui nous rapproche de la vérité, mais la souffrance. Se concentrer sur l'éternelle énigme de la souffrance contient quelques possibilités de réponse à la question la plus cruciale de nos vies. Les arrangements des souvenirs, les prétendus réconforts venus des amis, des hommes de science ou des prêtres ne comblent jamais le vide. Au contraire, tous leurs discours contribuent sciem­ment à nous précipiter un peu plus dans l'insondable. Pour celui qui les subit, ils sont du «gagne-temps», et bien souvent le gagne-pain de ceux qui les produisent. Sur ce vide, nous devons trouver la force de survivre, toujours si nécessaire lors des événements de notre vie que nous ressentons comme nos grandes ruptures.
Des mots et des personnages aussi vains écartent la possibilité de réfléchir. Ils nous obligent à l'effort de sourire et de se montrer disponible quand l'unique solution consiste à se retrouver, afin d'interroger face à face cette construction mentale à laquelle, le plus souvent, nous nous adossons pour nous soutenir sans l'appréhender davantage qu'une abstraction, un recours salutaire, et que l'on nomme «la vérité». La vérité ? Cela peut être tout autant un coffre-fort, un agencement de sentiments ou simplement une pile de livres. Quand survient un moment plus cruel et crucial, chacun se pose les questions habituellement balayées de sa vie parce qu'il n'a pas le temps, pas le courage, pas la concentration nécessaire pour s'y tenir.

Des moments heureux dont je me souvienne précisément, il n'y en eut guère. Le bonheur étouffa dans le flou cotonneux de la première enfance : tendresse enfouie trop loin, que je fus impuissant à ranimer, qui se transforma en tension, en insatisfaction, en violence, dont je perçus trop tard les possibles rouages.
Toute vie est une pauvre vie faite de volonté déçue, et finalement d'abandon. L'espérance s'y camoufle dans le souci de faire bonne figure, dans quelques rares refuges de sincérité, quelques moments de plénitude, quelques illusions aussi que, finalement, nous devons prendre pour des dons.
J'alignai les amères et dérisoires batteries du pour et du contre dans cette guerre irrésolue de l'amour jusqu'à en éprouver un sentiment inépuisable de remords. L'étreinte de ce manque qui, si douloureusement, fut celui de la vie déjà, et même avant que de voir le jour, ce dont j'eus la révélation trop tard, alors que nous étions si vieux et que notre dialogue restait à entamer.
A-t-elle jamais douté de mon amour ? Au cours de sa lente et silencieuse agonie, toute résistance l'avait abandonnée et sa vie, pourtant si volontaire et chargée d'optimisme, se réduisit en un magma d'assentiment à ce qui suffisait à la maintenir dans un simulacre de survie. Cette passivité pouvait être interprétée comme une immense confiance. Elle, qui montrait autrefois un respect scrupuleux du calendrier liturgique, m'avait avoué, alors qu'elle raisonnait et s'exprimait encore, qu'elle ne priait plus, qu'elle ne croyait plus : «Il n'y a rien à quoi se raccrocher, tu sais. Rien que la douleur à administrer. Puisque je dois mourir, mais oui, mon chéri, je le sais ! je veux retourner à la maison. Je souhaiterais partir en paix et ce serait mieux là-bas. J'aurais préféré attendre le printemps. Le médecin, un vieil ami qui ne me trompe pas, dit que je peux tenir. Je ferai pour le mieux, comme j'ai toujours fait. Enfin, j'essaie... Je t'embrasse, mon chéri, je t'embrasse...»


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