Auteur : Daniel Mendelsohn
Traducteur : Pierre Guglielmina
Date de saisie : 24/01/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Flammarion, Paris, France
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-08-120551-2
GENCOD : 9782081205512
Depuis qu'il est enfant, Daniel Mendelsohn sait que son grand-oncle Shmiel, sa femme et leurs quatre filles ont été tués, quelque part dans l'est de la Pologne, en 1941.
Comment, quand, où exactement ? Nul ne peut lui en dire plus. Et puis il découvre ces lettres désespérées écrites en 1939 par Shmiel à son frère, installé en Amérique, des lettres pressant sa famille de les aider à partir, des lettres demeurées sans réponse... Parce qu'il a voulu savoir ce qui s'est passé, parce qu'il a voulu donner un visage à ces six disparus, Daniel Mendelsohn est parti sur leurs traces, rencontrant, année après année, des témoins épars dans une douzaine de pays.
Cette quête, il en a fait un livre, puzzle vertigineux, roman policier haletant, plongée dans l'Histoire et l'oubli - un chef-d'oeuvre.
Né à Long Island en 1960, Daniel Mendelsohn a fait ses études de lettres classiques à l'université de Virginie et à Princeton. Il est un contributeur régulier de la New York Review of Books ainsi que du New York Times Magazine. Son premier livre, The Elusive Embrace, a rencontré un important succès critique ; publié à l'automne 2006 aux Etats-Unis, Les Disparus (The Lost) est en cours de traduction et de publication dans neuf pays et a été couronné par deux prix littéraires : le National Jewish Book Award et le National Book Critics'Circle Award. Etant un fin lettré et un francophone fervent, il est régulièrement de passage en France, et particulièrement à Paris.
La quête du savoir est justement le sujet de ce livre inclassable, elliptique, qui sait plus de choses qu'il n'en dit...
Mendelsohn, helléniste chevronné qui fit sa thèse sur Euripide, et critique littéraire au New York Times, sait plus que quiconque que ce qui nous séduit dans une histoire, c'est la manière de la raconter. Rien de moins étonnant donc que cet amoureux des lettres classiques ait décidé de nous conter celle-ci à la manière de l'Odyssée...
Il s'est ensuite étonné de voir comment son propre récit se réfléchissait dans d'autres paraboles bibliques : la dissolution de l'humanité dans le Déluge dont ont été épargnés Noé et ses proches, la destruction de Sodome et Gomorrhe. Ces passages d'exégèse brisent les moments de suspense qui auraient donné des allures de thriller à ce livre méditatif, à la recherche d'une mémoire perdue.
Au-delà du travail de détective rigoureux, Mendelsohn sait également maintenir un suspense à la hauteur de son entêtement, ne cache pas ses découragements ni l'humour de certaines situations. Par-dessus tout, il sait que le temps presse, que les survivants disparaissent les uns après les autres, créant un sentiment d'urgence et de secret. Loin du traitement romanesque que Jonathan Littell choisit l'an dernier pour Les Bienveillantes, Daniel Mendelsohn imagine une autre forme littéraire où se trouvent savamment rassemblés, sans se gêner, la rigueur historique, l'épopée, le journal intime et la réflexion religieuse.
Un livre éblouissant. Voilà. L'essentiel est dit. Les Disparus, de Daniel Mendelsohn, est un chef-d'oeuvre qui bouscule toutes les règles établies, tous les codes, mais aussi tous les sens. C'est LE livre de la rentrée littéraire. Peut-être même LE livre de l'année. Et il est l'oeuvre d'un parfait inconnu...
Soyons francs : il existe des centaines de livres sur la Shoah et l'histoire d'un type qui veut savoir comment le frère de son grand-père est mort a déjà été racontée des milliers de fois. Mais jamais comme ça. C'est ce qui compte ! C'est ce qui fait de ce livre une exception...
Que les assassins ne sont pas, comme dans Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, déjà des assassins (incestueux et/ou homosexuels refoulés, affublés de tous les clichés de la décadence morale), mais de gentils voisins qui vont à l'église le dimanche et adorent leurs enfants. Ce livre est salutaire : il lutte contre la tendance (venue des Etats-Unis, mais largement relayée en France) qui consiste à enfermer l'indicible dans des récits nets et rassurants. En intitulant son livre Les Disparus et non Les Retrouvés, Daniel Mendelsohn prévient : le lecteur ne sortira pas indemne de cette confrontation avec la vérité. Tant pis pour nos psys, qui nous tannent avec leur exigence de cicatrisation : voici un ouvrage grec, c'est-à-dire résolument tragique. Jusque dans la beauté des phrases.
«Tués par les nazis.» Mais encore ? La magistrale enquête d'un universitaire sur six membres de sa famille...
Nous autres, lecteurs, finissons par circuler dans l'arbre généalogie des Jäger. Et chaque découverte de l'auteur est pour nous palpitante. Parce que, nous le comprenons dès que nous entrons dans le livre, ils se sont «pas tant morts qu'égarés, disparus non seulement du monde, mais de façon plus terrible pour moi des histoires mêmes de mon grand-père.» Nous apprenons surtout que l'enquête compte davantage que la découverte.
Il est impossible de prier pour les morts si vous ne connaissez pas leurs noms.» La phrase aurait pu figurer en exergue de ce livre tant elle en résume la démarche...
Ce livre des égarés mérite qu'on s'y attarde, qu'on s'y égare. D'abord pour son travail impressionnant et son rythme, ensuite pour les idées qui s'y expriment sur la mémoire, sur Auschwitz, sur la Shoah et sur le sens qu'il faut donner à tout cela. Les histoires de famille font partie de l'histoire du monde. Elles nourrissent autant les écrivains que les historiens. Ce n'est pas pour rien que Mendelsohn cite en exergue de son ouvrage et à plusieurs reprises Proust. Au final, en partant à la recherche de ces disparus, c'est beaucoup de lui-même que Daniel Mendelsohn a trouvé.
Alors que Littell a choisi le biais de la fiction pour sonder l'âme d'un bourreau nazi inventé de toutes pièces, Daniel Mendelsohn s'est assigné pour mission de ressusciter la vie de six victimes de la Shoah ayant, elles, véritablement existé. Deux projets radicalement différents, donc. Il n'en reste pas moins que ces deux auteurs de la même génération (Mendelsohn est né en 1960, Littell en 1967), dont aucun n'est historien de profession, viennent de publier deux livres qui comptent manifestement parmi les plus originaux et les plus documentés qui aient été écrits, ces dernières années, sur un aspect très particulier de la seconde guerre mondiale...
Le résultat est un livre qui se lit comme le journal de bord d'un détective. Comme dans toute enquête, on avance par à-coups, on piétine, on fait fausse route et on bute sur des témoins qui perdent la mémoire ou se contredisent. Alors il faut repartir de zéro et chercher d'autres indices. Et, parfois, laisser la place au doute et admettre qu'on ne saura jamais...
"Sur les 12 survivants juifs de Bolechow que j'ai interviewés, six sont morts en l'espace de cinq ans. Si je voulais faire ce livre aujourd'hui, ce serait déjà presque trop tard."
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