Auteur : Yannick Haenel
Date de saisie : 08/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : L'Infini
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-077600-9
GENCOD : 9782070776009
Sorti le : 23/08/2007
Un homme décide, un matin, de ne plus aller à son travail.
Il rompt ses attaches et se met à errer librement dans Paris. Il découvre ce qu'il nomme l'"existence absolue". Des phrases ruissellent dans son corps; des extases surgissent à chaque instant. Il rencontre une danseuse de la troupe de Pina Bausch, qui l'ouvre à la dimension poétique. Cette expérience de liberté lui donne accès à un étrange phénomène - l'événement -, dans lequel se concentrent à la fois le secret de la jouissance et la destruction qui régit le monde.
Son odyssée le conduit à travers l'Europe de l'Est. Elle passe par Berlin, Varsovie et Prague, et fait l'épreuve de l'invivable contemporain. Elle réveille la mémoire du mal : le "cauchemar de l'Histoire" dont parle Joyce, mais aussi un monde qu'il est possible de réenchanter par l'opération érotique des phrases.
Yannick Haenel coanime la revue Ligne de risque. Il a publié notamment Evoluer parmi les avalanches et Introduction à la mort française.
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Après une illumination, un homme plaque tout pour une odyssée qui réunit la marche et l'amour, l'écriture et la vie. Le prix Décembre vient de couronner «Cercle», de Yannick Haenel...
Pour s'arracher aux lois de cette pesanteur-là, Yannick Haenel offre mieux qu'un programme : un roman, un des plus audacieux de la rentrée. Son ambition ? Le réenchantement du monde, ici, maintenant. Rien de moins. Contre Nada, Haenel vote Dada, et réinvente le paganisme mystique. Lautréamont, Dostoïevski et Coltrane doivent sympathiser quelque part sur son arbre généalogique...
Les sages taoïstes et les kabbalistes le savent : il faut faire l'expérience du néant pour le traverser et en ressortir transfiguré. Peut-être cette odyssée tourne-t-elle parfois en rond, rien de plus naturel dans un livre qui s'appelle «Cercle». Mais l'énergie du style, attentif au «processus nerveux» de chaque phrase, emporte tout sur son passage, lecteur compris. Entrez dans la ronde.
Cercle est le journal de bord de la cavale au cours de laquelle cet homme va s'inventer comme écrivain à mesure qu'il va disparaître pour le monde...
On entre dans Cercle bluffé par le culot de ce gros livre tissé d'allusions et de pastiches et on ne le lâche plus, ébloui par la succession instantanée des images. Pour raconter la vie d'un homme en quête de «l'existence absolue», Haenel ne pouvait pas viser autre chose que le roman total. L'ambition des littérateurs de notre date est trop souvent racornie pour ne pas saluer bien bas le geste de cet artiste en quête de poésie et de lumière d'éternité.
Après une illumination, un homme plaque tout pour une odyssée qui réunit la marche et l'amour, l'écriture et la vie. Cet automne, c'est par lui que passe la rupture avec la sinistrose contemporaine et l'instinct de défaite. Avec, surtout, le parti des littérateurs qui, sous couvert de s'en prendre au réel, s'abandonnent trop volontiers aux nihilismes qu'ils dénoncent. Pour s'arracher aux lois de cette pesanteur-là, Yannick Haenel offre mieux qu'un programme : un roman, un des plus audacieux de la rentrée. Son ambition ? Le réenchantement du monde, ici, maintenant. Rien de moins. Contre Nada, Haenel vote Dada, et réinvente le paganisme mystique. Lautréamont, Dostoïevski et Coltrane doivent sympathiser quelque part sur son arbre généalogique...
Mais l'énergie du style, attentif au «processus nerveux» de chaque phrase, emporte tout sur son passage, lecteur compris. Entrez dans la ronde.
Que signifie vraiment "reprendre vie", un matin du début du XXIe siècle ? Tout le livre qui s'écrit, dans la joie et la douleur, en même temps que le lecteur le découvre, tente de répondre à cette question. Qui impose évidemment un retour vers la dévastation, vers la catastrophe qui a fait basculer l'Europe, au XXe siècle...
Mais cette confrontation au mal ne se fait pas dans la déploration, ni dans la mélancolie...
Cercle, cependant, malgré la radicalité de son propos, pourrait plaire à beaucoup, car, comme tous les grands livres, il peut être lu par des lecteurs très divers. Ceux qui aiment la littérature narrative s'embarqueront avec Jean Deichel dans son errance parisienne, puis européenne, ceux qui savourent les mots, les sons, les couleurs, se réjouiront à chaque phrase. Quant à ceux qui se demandent souvent comment "reprendre vie", ce livre va les accompagner longtemps.
Orfévrée à coudées franches, la prose de Haenel arpente les villes (Paris, Berlin, Varsovie) à la façon de maints romans connus, et qu'il se rappelle : Nadja de Breton, la Nausée de Sartre, l'Idiot de Dostoïevski, les Chants de Maldoror de Lautréamont, Rimbaud pendant la Commune et Céline tout le temps... Sa poétique n'est pas anxieuse ni conservatrice pour deux roubles : «Lorsqu'il regarde par la fenêtre, un poète continue à étudier. (...) Le poète étudie tout le temps, il lui suffit de respirer. Regarder par la fenêtre ne signifie pas s'éloigner du livre, mais accorder celui-ci aux signes du dehors. L'étude elle-même prend la forme du feuillage.»...
On regarde par la fenêtre, Cercle est un livre tout entier dirigé vers son propre hors-champ : «le bonheur, me disais-je, c'est du blanc traversé à fond».
Le monde, c'est d'abord Paris, où il déambule, heureux et léger, lisant Moby Dick et Homère, où il rencontre bientôt la gracieuse Anna-Livia, danseuse dans la troupe de Pina Bausch, dont il fait sa compagne et sa muse. Plus tard, son odyssée le conduira à Berlin où, confronté au Mal, à une Histoire humaine si manifestement arrivée au terme d'un processus de destruction qui la conduit au chaos, il fait l'expérience de la détresse et de la perte - et accomplit cette traversée des ténèbres dont nul parcours initiatique ne saurait faire l'économie.
Il est difficile d'aller plus avant dans l'exégèse de Cercle. Ce serait au risque d'affadir, d'aplatir, de dénerver ce singulier roman de formation et d'initiation pleinement contemporain, lyrique et ambulatoire, moins érudit ou codé que gorgé de références et de signes, heureux, car éperdument confiant dans la puissance du Verbe.
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