Passion du livre - tout sur le livre : Une brève histoire des morts

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Une brève histoire des morts

Couverture du livre Une brève histoire des morts

Auteur : Kevin Brockmeier

Traducteur : Johan-Frédérik Hel Guedj

Date de saisie : 06/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. du Panama, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-7557-0194-4

GENCOD : 9782755701944

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Pour Laura Byrd, membre d'une expédition scientifique en Antarctique, le temps est compté. Après une panne radio, ses collègues sont partis chercher du secours. Lorsqu'elle comprend qu'ils ne reviendront pas et qu'elle est désormais coupée du monde, Laura se lance dans une improbable traversée de la banquise...
Entre-temps, dans une ville n'existant sur aucune carte, affluent de nouveaux arrivants. Car cette ville est la cité des morts. Ceux qui ont rendu l'âme s'y installent dans une vie provisoire, qui perdure tant qu'ils subsistent dans la mémoire d'un vivant. Pendant des semaines, Laura peuplera l'au-delà de ses souvenirs, animera la ville au rythme de son coeur et tiendra sans le savoir le sort de l'humanité dans le creux de sa main...

Kevin Brockmeier vit en Arkansas. Une brève histoire des morts, roman d'aventure et conte philosophique, est son premier roman publié en France.





  • Les premières lignes

LA VILLE

À son arrivée dans la ville, l'aveugle prétendait avoir traversé un désert de sables vivants. Il avait commencé par mourir, disait-il, et puis - clac ! - le désert. Il racontait cette histoire à tous ceux qui voulaient l'entendre, agitant la tête pour suivre le bruit de leurs pas. Une grêle de gros sable rouge ruisselait de sa barbe. Il expliquait que ce désert, nu et peu fréquenté, lui avait sifflé au visage comme un serpent. Il avait marché des jours et des jours, jusqu'à ce que les dunes s'écartent sous ses pieds, se dressent tout autour de lui pour le fouetter en pleine face. Ensuite était venu le calme, et tout s'était mis à battre comme un coeur. Un battement limpide, un bruit comme il n'en avait encore jamais entendu. Et, disait-il, c'est seulement à la seconde où un million de pointes de flèches de sable lui avaient cinglé la peau, pas avant, qu'il avait compris pour de bon : il était mort.
Jim Singer, qui tenait l'échoppe de sandwiches dans le quartier du monument, disait avoir senti comme une démangeaison dans les doigts, et puis il avait cessé de respirer. «C'était mon coeur, insistait-il, en se frappant la poitrine d'une main énergique. Ça m'a pris dans mon lit.» Il avait fermé les yeux et, quand il les avait rouverts, il était dans un train, de ces petits trains qui promènent les petits en circuit fermé, dans les parcs d'attractions. Les rails s'enfonçaient dans une épaisse foret d'arbres brun doré, mais en réalité ces arbres étaient des girafes qui tendaient leurs longs cous vers le ciel, on eût dit des branches. Le vent s'était levé, décollant les taches brunes de leur pelage. Ces taches étaient venues flotter et virevolter autour de lui, avant de plonger dans le sillage du train. Il en avait mis du temps à comprendre que cette palpitation lancinante qu'il percevait ne correspondait pas au claquement des roues sur la voie.
La jeune fille qui aimait bien attendre, debout, sous le peuplier du parc, racontait qu'elle était morte dans un océan de la couleur des cerises séchées. Pendant un petit moment, se rappelait-elle, l'eau avait supporté son poids, et elle était restée sur le dos à décrire des cercles en pure perte, en chantant les refrains des chansons pop qui lui revenaient en tête. Mais ensuite il y avait eu le roulement de tambour du tonnerre, les nuages avaient crevé et, autour d'elle, ce fut un bombardement de roulements à billes - des billes, par dizaines de milliers. Elle en avait avalé autant qu'elle avait pu, poursuivait-elle en caressant le tronc fendillé du peuplier. Elle ignorait pourquoi. Elle s'était remplie comme un sac de toile et puis avait coulé, s'était lentement enfoncée dans les strates de l'océan. Des bancs de poissons étaient venus la frôler, rien ne brillait davantage, dans l'eau, que leurs écailles bleues et jaunes. Et puis ce bruit, tout autour d'elle, celui que tout le monde avait dans l'oreille, le battement régulier d'un coeur gigantesque.
Dans la bouche des uns et des autres, ces récits de la tra­versée étaient aussi complexes et variés que leurs dix milliards de vies, bien plus singuliers que cette autre histoire qu'ils rapportaient, celle de leur mort. Après tout, pour un individu, les manières de mourir restaient assez limitées : soit c'était le coeur qui vous lâchait, soit c'était votre tête, soit c'était l'une de ces nouvelles maladies qui vous emportait. Mais dans la traversée, en revanche, personne ne suivait le même chemin. Lev Paley soutenait qu'il avait vu les atomes de i son organisme se briser comme des agates et rouler à l'autre bout de l'univers, puis se regrouper et se reconstituer à partir du néant. Pour sa part, Hanbing Li s'était réveillé dans le corps d'un puceron, et il avait vécu une vie tout entière logé dans la chair d'une pêche. Graziella Cavazos déclarait simplement : «Je me suis mise à neiger» - juste ces six mots, pas plus - et, dès que l'on insistait pour connaître les détails, elle souriait, l'air embarrassé.


Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli