Auteur : Napoléon Bonaparte
Date de saisie : 30/08/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 978-2-213-63342-8
GENCOD : 9782213633428
Sorti le : 16/08/2007
Clisson et Eugénie
Clisson naquit avec un penchant décidé pour la guerre. Il nourrit le rêve d'une bataille avec la même avidité que ceux de son âge écoutent une fable. Arrivé dans l'âge de porter les armes, il marqua chaque campagne par une action d'éclat. Les voeux de la nature et le bonheur l'appelèrent quoique adolescent au premier grade de la milice militaire. Il surpassa même bientôt les peines qu'il avait fait concevoir. La victoire lui fut constamment fidèle. Mais l'envie et toutes les passions basses qui s'attachent aux réputations naissantes, qui font périr tant d'hommes utiles et étouffent tant de génie, appelèrent sur lui la calomnie. Alors le sang-froid et la modération ne firent qu'accroître le nombre de ses ennemis. L'on appela orgueil la grandeur d'âme, insolence la fermeté, ses triomphes mêmes furent dénommés prétextes pour le perdre. Il se dégoûta de servir des ingrats. Il sentit le besoin de rentrer en lui-même. Pour la première fois, il jeta un coup d'oeil sur sa vie, ses goûts et son état. Comme tous les hommes, il avait le désir du bonheur et n'avait encore trouvé que la gloire.
Cette réaction sur lui-même lui fait comprendre qu'il était d'autres sentiments que celui de la guerre, d'autres penchants que la destruction. Le talent de nourrir les hommes, de les élever, de les rendre heureux, vaut bien celui de les détruire. Il désira se recueillir un moment, mettre de l'ordre dans cette foule d'idées qui depuis plusieurs jours assiégeaient son âme. Il s'éloigna des camps et courut à Champvert, près de Lyon, demander à un monsieur, son ami, l'hospitalité. Cette campagne, une des mieux situées de cette grande ville, réunissait tout ce que l'art et la belle nature peuvent produire.
Clisson restait, cherchant après le désir du bonheur et n'avait encore quitté que les illusions de la gloire. Il restait peu à la maison. Son camarade recevait beaucoup de monde, avait grande compagnie, et Clisson ne pouvait s'accoutumer aux petites formalités. Son imagination ardente, son coeur de feu, sa raison sévère, son esprit froid ne pouvaient que s'ennuyer des salutations des coquettes, des jeux de la galanterie, de la logique des tables et de la morale des brocards. Il ne concevait rien aux cabales et n'entendait rien aux jeux de mots. Sa vie était sauvage et ses facultés absorbées par une seule pensée qu'il ne pouvait encore définir ni connaître, mais qui maîtrisait entièrement son âme. Accoutumé aux fatigues, il avait besoin d'action, de beaucoup d'exercices. Il n'avait pas de plus douce occupation que d'errer dans les bois. Là, il se complaisait, il bravait la méchanceté, il s'élevait au-dessus des folies et de la [cruauté] humaines.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli