Auteur : Elliot Perlman
Traducteur : Johan-Frédérik Hel Guedj
Date de saisie : 28/08/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Domaine étranger, n° 4043
Prix : 8.50 € / 55.76 F
ISBN : 978-2-264-04294-1
GENCOD : 9782264042941
Sorti le : 16/08/2007
Mais comment Eddie a-t-il pu tomber si bas ? Son cursus universitaire fut exemplaire, sa carrière, son épouse, sa fille et son pimpant pavillon de Melbourne, tout autant. Mais voilà qu'il se retrouve seul, à trente-huit ans, sur un quai de gare avec trois malheureux dollars. Tout a commencé, se souvient-il, le jour où la petite fille blonde dont il était amoureux l'a quitté parce qu'elle était riche... Vibrant au rythme des coups de blues tragi-comiques, des crédits impayés et autres découverts autorisés, l'inévitable «dégringolade sociale postindustrielle» d'Eddie, antihéros rêveur, fan de Joy Division et de golden retrievers, peut logiquement commencer...
«Elliot Perlman ne cherche pas à répondre à toutes les questions, à remplir toutes les cases. Son beau roman d'apprentissage n'en est que plus touchant.»
Alexandre Fillon, Lire
Elliot Perlman est né en 1964 en Australie. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Trois Dollars, son premier roman, récompensé par le Melbourne Age Book of the Year Award, Ambiguïtés et The Reasons I Won't Be Coming, un recueil de nouvelles qui a reçu le Steele Rudd Award et le Betty Trask Award. Trois Dollars a été adapté au cinéma, en 2005, par Robert Connolly. Elliot Perlman vit aujourd'hui à Melbourne, où il exerce la profession d'avocat.
Traduit de l'anglais
par Johan-Frédérick Hel Guedj
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Tous les neuf ans et demi, je revois Amanda. Ce n'est pas une règle. Ce n'est pas que ça doive arriver mais il se trouve que ça arrive. Quatre fois, je l'ai vue à neuf ans et demi de distance - finalement, ça en fait une règle plutôt qu'une exception mais, chaque fois, ça reste complètement exceptionnel. La dernière fois, c'était aujourd'hui. J'avais en tout et pour tout trois dollars.
Enfants, à l'école, on nous avait mis dans la même classe. Pourtant, elle avait un an de moins que moi, et ça n'a pas changé depuis. Mélanger les meilleurs élèves de deux années différentes entrait dans le cadre d'un programme pilote pour surdoués. Je ne sais pas comment j'ai atterri là, parce que je n'avais démontré aucune aptitude particulière en rien. Ce n'était pas que je me désintéressais des choses, mais plutôt que je m'intéressais à trop de choses. Cet intérêt demeurait totalement intérieur. Il ne se manifestait pas et, du coup, il échappait à tous les adultes, sauf à mes parents, qui s'en inquiétaient.
Je restais assis à ne rien faire, à réfléchir. En tout cas, dans mon souvenir. Peut-être Amanda en conserve-t-elle un autre. Je n'avais aucune envie de gambader çà et là ni même de chahuter. J'avais trop de sujets de méditation pour être attiré par la perspective de rallier le plus vite possible le point A au point B dans le seul but d'y arriver avant les autres. Pendant qu'on nous enseignait les trains ou les mammifères, je pensais au professeur : comment s'y prenait-il pour sentir tous les jours la même chose, pour laisser derrière lui cette odeur musquée qui trahissait sa présence longtemps après son départ, et même à jamais ?
Amanda avait une odeur à elle et de longs, longs cheveux plus clairs que nécessaire pour être qualifiée de blonde. Elle souriait beaucoup et on aurait pu la confondre avec la Heidi de la pub pour shampooing, n'était sa propension à se salir.
Une propension qui préoccupait ses parents, en particulier sa mère, dont les techniques de désinfection d'une rigueur calviniste livraient une lutte sans merci aux taches rebelles dont Amanda avait le secret. Inéluctablement, pendant les récrés, la boue des ballons de basket venait s'étaler sur ses vêtements. Il fallait les plus violents des programmes de prélavage et les plus puissants des détergents en vente libre pour en venir à bout. En fin de compte, le récurage et la javellisation laissaient à leur tour des marques sur les lettres en feutrine qui composaient le prénom Amanda inscrit au fronton de son tee-shirt.
Nous étions dans une école publique. La mère d'Amanda semblait penser que le fait, bien plus que le comportement de sa fille, était à l'origine de cette dégradation quotidienne de la figure angélique qui sortait le matin de chez elle belle et propre comme la Heidi de la pub, bien encadrée par ses frères.
La famille habitait dans une grande maison de style géorgien. De l'autre côté de la route, le long du canal, il y avait une entreprise, une pépinière de cultures fruitières et maraîchères. Sa mère n'y mettait jamais les pieds. Elle préférait pourvoir aux besoins de la famille en fruits et légumes dans la galerie marchande auto-baptisée «le Village».
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