Auteur : Yvonne Besson
Date de saisie : 28/08/2007
Genre : Policiers
Editeur : Pocket, Paris, France
Collection : Pocket. Policier, n° 12809
Prix : 6.70 € / 43.95 F
ISBN : 978-2-266-15709-4
GENCOD : 9782266157094
Sorti le : 05/07/2007
La découverte fait froid dans le dos : dans une villa cossue de Dinard surplombant l'océan gît le corps en putréfaction d'une jeune femme assassinée. Ayant apparemment subi des sévices sexuels, elle aurait été étranglée... Au même moment, à Marville, en Normandie, la publication dans la presse de la photo de la victime ravive chez la capitaine de police Carole Riou des cicatrices douloureuses : la défunte, fille d'un respectable galeriste britannique, ressemble à s'y méprendre à sa propre cousine, morte trente ans auparavant dans des conditions quasi similaires. Les visages se superposent, le passé se mêle au présent. Quel tour macabre le destin a-t-il décidé de jouer au capitaine Riou ?
«(...) Yvonne Besson confirme un rare talent, quasi simenonien, pour imposer par petites touches un prenant univers provincial, tout en raffinant une intrigue dont l'opacité même est un régal.»
Bernard Le Saux - Le Figaro
Egalement chez Pocket : Un coin tranquille pour mourir.
Cet ouvrage a reçu le prix Rompol
Dinard, samedi 16 décembre 2000.
Une cloche lointaine au son étouffé par les nuages bas sonna onze coups. Dans la nuit et le froid de décembre tout était pétrifié, les branches immobiles et les contours presque imperceptibles des toitures aux saillies luxuriantes. La pâle lumière que diffusaient les rares réverbères était stoppée avant d'arriver au sol, comme une substance gélifiée. La mer, retirée de l'autre côté du banc de sable, avait, plus tôt, exhalé une odeur d'iode imprégnant l'humidité, mais retenait à présent sa respiration, étale et muette. Il paraissait improbable qu'il y eût une présence humaine dans cette rue étroite de la Malouine, qui serpentait entre les propriétés haut perchées au-dessus de la plage. Une voix, pourtant, surgit des ténèbres.
- Greg, j'ai les boules.
Le garçon ainsi interpellé avait déjà passé une jambe de l'autre côté du mur de pierres qu'il venait d'escalader. Ils avaient repéré dans la journée l'endroit idéal, loin de tout éclairage, là où le mur était le moins élevé et présentait des saillies. Dans l'obscurité, il distinguait à peine la silhouette de son copain, qui lui sembla roulée en boule sur le trottoir.
- Déconne pas, mec, grimpe. C'est toi qu'as voulu venir !
Il poussa un soupir d'exaspération, s'assit à califourchon sur le faîte moussu, et assurant son équilibre en posant une main devant lui, braqua quelques secondes le rayon de sa lampe torche vers le bas. Dans le rond lumineux se détacha le visage de Thomas, qui ferma les yeux, ébloui.
- Éteins ça ! On va nous voir ! Je monte.
- Y a pas un chat ! Tu risques rien !
Malgré tout, Grégoire, d'un clic, rendit son pote à la nuit. Il devina les mouvements du corps qui se redressait, froufrous du blouson, taches blanchâtres des mains cherchant à agripper les aspérités. Il chuchota :
- Je t'attends. On sautera ensemble dans le jardin. Les semelles des baskets raclèrent la pierre, puis un bruit mat, un juron étouffé trahirent l'échec de la tentative. Au sommet du mur, l'adolescent se sentit à son tour submergé par la panique. Un crachin glacial commença à tomber, imbibant ses narines et poissant ses joues. L'autre était vraiment trop con. Ils n'y arriveraient jamais. Ils croyaient pourtant avoir tout prévu. Quand, le mercredi après-midi, ils avaient aperçu cette porte entrouverte, ils avaient réalisé que, comme par miracle, leur vieux rêve devenait accessible. Depuis leur petite enfance, ils avaient envie de pénétrer dans une des villas, de voir comment c'était. Jusque-là, aucune possibilité ne s'était présentée. L'été, quand les vacanciers investissaient les quartiers résidentiels, quand les volets des grandes maisons étaient ouverts et que séchaient dans les jardins les maillots et les serviettes, quand des enfants inconnus s'appropriaient leur territoire, Grégoire et Thomas se sentaient évincés. Ils se contentaient d'aller se baigner dans une crique peu fréquentée. Puis ils traînaient dans leur zone, au pied des HLM ou dans le petit centre commercial dont les boutiques fermaient les unes après les autres, tandis que le supermarché dévorait peu à peu l'espace laissé vacant. Mais dès que se terminaient les vacances, les envahisseurs disparaissaient, les garçons redevenaient maîtres de leur royaume, les hauts promontoires rocheux qui s'avançaient dans la mer, de part et d'autre de la grande plage, sur lesquels, cent ans auparavant, les «villas», comme on les appelait à Dinard, avaient été construites, plus près du ciel que de l'eau. Des années folles, elles avaient l'arrogance et l'exubérance, exprimées dans la pierre par des délires architecturaux mêlant aux créneaux moyenâgeux des clochetons gothiques et des balustres italiens. Elles étaient, pour les adolescents qui avaient grandi dans deux appartements ouvrant sur le même palier, châteaux mystérieux, repaires de légendes, inaccessibles palais. Citadelles vides, elles dormaient, en hiver, derrière leurs volets clos, protégées par de hauts murs ou des grilles et des portails cadenassés.
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