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1086 Bush Street

Couverture du livre 1086 Bush Street

Auteur : Françoise Boxler

Date de saisie : 10/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Persée, Cogolin, France

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 978-2-35216-063-2

GENCOD : 9782352160632

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Où est Jenny ? s'interroge François, que sa femme Claire vient de déposer à l'aéroport. La douce Hawaïenne a été le premier grand amour de sa vie...
Le regard perdu dans les volutes bleuâtres de son cigare, il se revoit ce 14 juin 1967 lorsque son rêve éperdu d'aventure le dépose à 15h15 très précisément, à San Francisco, en plein «Summer of love». Il avait 22 ans. Ses couteaux de cuisinier en poche, il quittait son petit village oublié du monde.
«C'était le premier voyage de ma vie. J'avais cinq dollars en poche. Pas de billet retour. Je ne connaissais personne et ne savais rien de cette ville. Je ne parlais pas l'anglais. Ma mère m'avait juste appris à dire good morning, mais je suis arrivé l'après-midi», confie-t-il pendant le vol à sa voisine journaliste partie sur les traces des derniers hippies. «Exciting, non ?», lui glisse-t-il.

1086 Bush Street brosse à travers les souvenirs d'un quinquagénaire assagi, le tableau d'une époque qu'aucune autre n'effacera. Celle des seventies et du vent de liberté qui s'est levé à San Francise C'est aussi l'histoire d'un risque-tout qui remercie la chance de lui avoir évité le pire.





  • Les premières lignes

Cette nuit-là...

Un village comme une fresque de Noël couleur pain d'épices. Derrière une double épaisseur de remparts qui n'en finissent pas de serrer des années et des curieux, il raconte la vie autrement.

Silence total. Ce soir, il neige. Les flocons l'assiègent de légèreté. Sa porte qui n'est plus jamais close, les laisse passer sans condition. Amusez-vous, restez tant que vous voulez, trouvez votre chemin dans ce jardin des délices, chuchotent les cours et les rues pavées de bonnes intentions à leur égard ! Ici, le rêve vous accueille dans son monde.
Un de ces farfadets sort du rang et s'égare. Mais il est attiré par une gerbe de lumière qui inonde le chemin de ronde. Chance ! Il vole dans sa direction, prêt à fondre de réconfort sur la grande baie vitrée qui ensoleille la nuit. Tiens, un restaurant. Il y a de la musique. Les tables sont parées comme pour la fête. Personne... Suis-je le premier convive ?
Une soudaine bourrasque le soulève et va le plaquer sur la fenêtre de la cuisine. La scène qu'il a le temps de saisir ne le laisse pas de glace.

15 JANVIER 1992

Le chef tourne le dos aux fourneaux qui paraissent bien austères dans le silence lourd de ce soir d'hiver. Il plonge son regard dans l'opacité de la nuit et suit la danse des flocons qui chahutent le décor depuis le début de l'après-midi. Il touille machinalement une giclée de jaune et en rajoute une touche sur le vermillon déjà sec pour faire flamber l'arrière-plan d'un paysage qui vibre de lumière. Parce qu'il le faut.
Debout devant son chevalet planté dans la cuisine du restaurant depuis le lendemain du réveillon de la Saint Sylvestre, il peint et il songe, tout en écoutant la radio. Il est seul avec sa femme. Son personnel est parti en vacances.
Il puise dans ces couleurs vives la force de croire que la vie ne lui en veut pas tant que cela. Elle vient pourtant d'abattre des cartes qu'il croyait définitivement sorties de son jeu. Il a appris au black jack, dans les casinos de Las Vegas où il aimait se perdre, jadis, qu'il est judicieux de quitter la table quand les mauvaises donnes s'enchaînent. Il a gagné l'une ou l'autre fois. Oh ! pas tant que cela. Juste ce qu'il fallait, quand il le fallait.
Ce soir, il ne veut plus penser. Il aimerait croire qu'il n'a pas encore perdu la partie. Et pourtant...
Juste avant Noël, dans l'effervescence des commandes et des réserva­tions, il a eu ce coup de fil du directeur de la banque : Monsieur Kenier, voilà ! Je pars en vacances. Quand je reviendrai, il va falloir qu'on arrête. En attendant, ne faites plus de chèques, vous êtes quasiment en dépôt de bilan. C'est fini.


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