Auteur : Lydie Salvayre
Date de saisie : 18/10/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Fiction et Cie
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-02-087353-6
GENCOD : 9782020873536
Sorti le : 23/08/2007
Tout oppose, a priori, l'écrivain et le businessman.
L'un incarne (ou le croit) la soif d'absolu, le goût de l'inutile, l'esprit de révolte. L'autre, la brutalité affairiste, l'accumulation avide et le désir violent de dominer. Qu'advient-il lorsque l'un se met au service de l'autre ? Lorsque l'écrivain accepte d'écrire la biographie, forcément élogieuse, du businessman ? Quelles fascinations s'exercent ? Quelles complicités se lient ? De quelles abdications se paient-elles ? Jusqu'où et jusqu'à quand peut-on, sans se renier, se compromettre ? Ces questions sont vieilles comme le monde et pressantes comme jamais.
Lydie Salvayre les examine avec un regard dont la gravité, la malice et l'irrévérence n'épargnent ni l'un ni l'autre des deux protagonistes.
Depuis son premier roman, en 1990, La Déclaration, on sait que Lydie Salvayre est une observatrice aiguë de la société comme elle va, ou plutôt comme elle ne va pas. Sans excès d'illusions sur des lendemains qui chanteraient vraiment. Mais dans ce quatorzième livre, Portrait de l'écrivain en animal domestique, refusant tout manichéisme, elle va plus loin encore, au coeur de l'ambiguïté des comportements et des pensées...
Ce pourrait être le récit d'une descente aux enfers, un affrontement quotidien avec l'autoritarisme arrogant, la vulgarité la plus poisseuse. Tout en l'étant, c'est surtout une fable d'une gaieté féroce, une critique sociale qui n'épargne aucun des protagonistes...
Dans ce reniement à soi, aura-t-elle fini par apprendre quelque chose ? La complexité, peut-être.
Au moins la narratrice de ce Portrait de l'écrivain en animal domestique n'est-elle pas dupe, d'où le titre. Elle en rajoute même dans l'autoflagellation puisqu'il s'agit, en fait, d'un portrait à charge de l'arrogant Tobold, type cynique au possible, humiliant et grossier avec son entourage, suppôt d'un capitalisme détestable. Si La Compagnie des spectres reste son meilleur livre, Lydie Salvayre force ici le trait avec une telle cocasserie que ce nouveau roman tourne opportunément à la farce et non au pensum moralisateur. Une parenthèse drolatique bienvenue dans cette rentrée littéraire aux accents souvent graves...
Des grincheux diront : «Elle exagère, la Salvayre !» D'autres, des incrédules, diront : «Elle exagère, la Salvayre - quoique -, et qu'est-ce qu'on s'amuse !» Lydie Salvayre fait de l'irrévérence une manière de vivre, d'écrire...
De livre en livre, elle s'amuse à titiller : les relations amoureuses, le pouvoir, la modernité, les purs esprits, le sexe et, aujourd'hui, la posture de l'écrivain, l'être irréprochable par excellence, celui qui se sacrifie pour son oeuvre, sinon pour l'humanité...
Portrait de l'écrivain en animal domestique est un roman pour rire - rire pour ne pas sombrer dans la mélancolie. Lydie Salvayre a imaginé une farce parce que le libéralisme, lui, n'est jamais en reste, question arrogance.
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