Auteur : Patrick Besson
Date de saisie : 11/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-213-63242-1
GENCOD : 9782213632421
Sorti le : 22/08/2007
Deux frères et une femme. Gilles, l'aîné, est un journaliste art-de-vivre, et son cadet Fabien une star de cinéma. Ils se retrouvent chaque dimanche dans la maison de leur mère, à Marolles-en-Brie. Où le comédien présente à sa famille, lors du réveillon de Noël, celle qu'il a choisie pour épouse : Annabel. Dont Gilles devient aussitôt obsédé. Mais obsédé de quoi au juste ? De prendre quelque chose à son frère qui, avec ses succès, lui a volé son droit d'aînesse ? D'être enfin, pour la première fois de sa vie, le préféré des deux ? De déchiffrer le caractère d'Annabel, vestale au comportement trouble et aux mobiles obscurs ? Patrick Besson nous entraîne dans le sillage de personnages tendres, subtils et imprévisibles entre lesquels un terrible drame finira par éclater. Captivant.
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Patrick Besson est très doué, il suffit d'ouvrir au hasard l'un des volumes de Romans parus chez Fayard et de lire quelques phrases pour en être convaincu...
Belle-soeur est un roman rapide, incisif, réussi. Après un assez lourd Saint-Sépulcre !, sur les croisades, Besson renoue ici avec sa veine contemporaine, dans la lignée de son prix Renaudot 1995, Les Braban, d'Accessible à certaine mélancolie et de quelques autres, dont Défiscalisées. L'intrigue est simple, mais éternelle et propice à de multiples variations et interprétations : deux garçons et leur mère, deux hommes et une femme.
L'art de Besson est de s'en tenir au bord du coeur humain, de ne pas tout dire des faits et gestes des uns et des autres, de garder un peu pour lui le fond de leur être. Bien malin qui pourrait donner une définition exacte de l'état de chacun, deviner le dénouement de cette histoire de famille, et c'est dans cette incertitude que le roman se niche. Excellent. Et il y a plus : autant l'écrivain veille à laisser à ses personnages la liberté des enfants de Balzac, autant il se fait avec délectation l'entomologiste maniaque de notre époque ; la vie quotidienne à Marolles-en-Brie sous Jacques Chirac est mise en coupe réglée. À la marque près, et jusqu'aux prix en vigueur dans les supermarchés : brie de Meaux, deux euros. Ce qui laisse à penser que les historiens de demain trouveront plus d'informations fiables sur 2003-2004 dans l'oeuvre romanesque de Patrick Besson que dans la collection des numéros de Libération. Mais sans attendre à demain, lisez ce livre dès aujourd'hui.
Convoiter la femme d'un autre, ça rend inquiet et tristement périphérique. On est affaibli par le sentiment de ne mériter ni le bien ni le mal qu'elle nous fait. Une mélancolie tatouée de dérision -sensation dominant les meilleurs romans de Patrick Besson- emporte le voleur vers sa banlieue sentimentale. C'est encore pire -ou mieux- quand cette femme est celle de l'individu qu'on admire le plus au monde : son frère. Belle-Soeur est l'histoire d'un homme qui tombe amoureux de l'amie de son frère cadet, de la relation entre ces deux frères, du poids de leur jolie mère attentionnée mais indifférente, et, plus généralement, de la victoire d'un gynécée -la mère unie aux femmes des deux frères- qui étouffe les hommes et a le dernier mot -du moins, jusqu'à ce livre...
Les assassins ne sont pas forcément tristes, ni désinvoltes, sauf lorsqu'ils s'appellent Patrick Besson. Leur talent est alors plein de regrets.
Dans «Belle-soeur», Patrick Besson est arrivé au sommet de son art. Il se présente devant nous dans le plus simple appareil, je veux dire par là que l'écriture est légère, la digression maîtrisée, l'intrigue bien tenue et la vermine adverbiale exterminée. Rares sont, de surcroît, les adjectifs qui ont échappé au massacre général. Pas de fioritures. Du cousu main...
«Belle-soeur» n'est pas une fable. Même si on y fait souvent la chosette, ce n'est pas non plus une bluette. C'est une histoire d'aujourd'hui où l'on mange, boit et baise, qu'on lit d'une seule traite parce que Patrick Besson sait nous accrocher avec son goût de l'ellipse, de la vacherie ou du détail («Il avait le pli amer de la critique sociale»). Il paraît qu'on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. On ne fait pas non plus de grandes choses sans humilité. Patrick Besson a celle des artisans qui ne se contentent pas de faire des livres, mais font des oeuvres.
Inceste soft chez les petits-bourgeois des films de Sautet, cruauté goguenarde, sensibilités masculines pétrifiées, l'auteur de «Dara» n'aura cessé de tourner autour de ça depuis ses 18 ans. «Belle-soeur» occupe pourtant une place à part dans son oeuvre. Sans doute est-ce le livre le plus secrètement blessé de Besson, sous le crépitement des situations cocasses. Quand la mitrailleuse à formules s'arrête, on peut alors entendre un tireur isolé abattre les ombres de son passé. Il y a ceux qui écrivent pour faire mal et ceux qui écrivent pour faire du bien, disait Proust qui se rangeait lui-même peut-être à tort dans ce second lignage. Besson, lui, écrit pour découper le coeur en morceaux. Le sien, d'abord.
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