Auteur : Marie Darrieussecq
Date de saisie : 09/12/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-84682-209-1
GENCOD : 9782846822091
Sorti le : 23/08/2007
Un simple récit, phrase après phrase sur un cahier, pour raconter la mort de Tom, quatre ans et demi, à Sydney, en Australie.
Tom a un grand frère et une petite soeur, il a un père et une mère. C'est elle qui raconte, dix ans plus tard, Française en exil, cherchant ses mots dans les Montagnes Bleues.
Car Tom est mort est un roman magnifique, qu'on lit sans respirer. Pas de kleenex, de faiblesse névrotique ou de poésie larmoyante, chaque ligne est portée par une écriture dépecée, ne s'autorisant aucune fioriture, comme si l'auteur n'avait peur de rien, pouvait s'avancer sans fard et tout affronter, y compris le pire...
Marie Darrieussecq a transposé une histoire mythique dans ces lieux aseptisés, lui donnant une allure de conte pour adultes. Mais elle ne s'est pas contentée de plaquer des situations, elle a transformé sa fiction en théâtre antique, préférant la vérité de la littérature à la réalité de l'expérience. Dans Le bébé, l'auteur n'était qu'un sentiment, une situation; ici, comme dans Truismes, Marie Darrieussecq écrit un livre noir, un roman terrifiant nourri de cette culpabilité insurmontable qui menace chacun de nous à tout instant.
On devrait bannir certains mots, ou du moins les mettre en jachère, en attendant qu'ils retrouvent un peu de leur force et de leur capacité à signifier. Ainsi de l'"émotion", qui est à chaque instant, en toute circonstance, dans la bouche et sous la plume des politiques, des journalistes, des psychologues improvisés de la vie sociale, de quelques écrivains aussi. Mais en même temps peut-on, par exemple, parler de la mort d'un enfant sans émotion ? Assurément non...
Pas de science à transmettre donc, pas de communion, pas de collectivisation éhontée du deuil...
La mère de Tom est muette. L'air passe difficilement dans sa gorge, alors la voix... "Le silence est descendu dans mes veines et a paralysé les muscles de mes joues." A ce "langage frappé de nullité" par le deuil, le roman oppose une parole possible-impossible. Une parole qui serait inaudible, irrecevable, si elle n'avait pas, par la grâce (et la technique) de la littérature, les accents de la vérité. "J'essaie de tout écrire." Soudain, la voix de la narratrice devient celle de Darrieussecq. Et l'émotion fait retour, lavée de ses artifices.
L'auteur traite d'un sujet impossible. Une femme raconte la perte de son fils. Un tel deuil relève de l'indicible et c'est pourtant ce pari que tient l'auteur et on peut dire que c'est la belle surprise de la rentrée, tant le roman est profond, vrai, bien construit, et constamment enfiévré d'images originales...
C'est tenu et écrit au cordeau. Une ligne très pure qui mène le livre au bord du lyrisme et de l'indicible. Médée a perdu son enfant, Antigone a perdu son frère, un être humain entre dans sa solitude et n'en sortira plus. Bruit de caveau et de dalle refermée : c'est le néant blanc de la douleur qui s'étend. Le roman nous rappelle, comme le dit le philosophe George Steiner, que le domaine de la raison est fragile, étroit, limité et vite pulvérisé. Nul progrès technique ne l'élargira. Mais Darrieussecq donne plein chant, grande prose à cette réflexion ; elle nous dévoile la fureur bestiale, la folie du sang, la sollicitation de la déraison, ce qui broie et tord, façon Médée ou Phèdre. Elle nous indique que le destin se moque de nous quand il veut, et où il veut.
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