Auteur : Magdalena Tulli
Traducteur : Charles Zaremba
Date de saisie : 26/08/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : La cosmopolite
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 978-2-234-05984-9
GENCOD : 9782234059849
Sorti le : 22/08/2007
L'histoire commence dans un atelier de couture où un tailleur confectionne des vêtements. Il manie avec dextérité différentes étoffes, choisit des couleurs, des coupes... Tel un démiurge, il prépare la matière du futur récit pour donner vie aux personnages qui porteront ces habits. Comme il lui faut un lieu autour duquel nouer l'action, il a employé des ouvriers qui ont construit une petite place bordée de jolies maisons, avec un parterre de fleurs au milieu. De là partent quelques rues qui s'arrêtent net une centaine de mètres plus loin. Au-delà, un décor artificiel, en carton et planches, où le faux paysage est peint pour donner l'illusion de la continuité et de la perspective. La motivation des ouvriers déclinant, la révolte gronde et le défaut qui s'infiltre dans l'histoire va entraîner un véritable chaos, sous la forme d'un krach boursier et d'un afflux massif de réfugiés. Le récit semble se tisser sous nos yeux en plusieurs versions, et différents points de vue sont imaginés : «Si je suis... l'étudiant, le notaire, la bonne, etc.» Aussi le lecteur se lance-t-il avec délectation dans cette quête imaginaire du narrateur. La virtuosité de l'écriture se met au service d'une évocation littéraire de l'Holocauste : les réfugiés reçoivent un accueil mitigé de la population et très vite l'animosité à leur égard s'intensifie. Alors que la meute s'organise pour les rendre «hors d'état de nuire», ils disparaissent comme par enchantement, sans laisser de trace, mais une interprétation possible serait qu'ils ont été asphyxiés dans la cave où on les avait enfermés. On trouve à l'intérieur du récit d'autres éléments qui rappellent le ghetto de Varsovie, l'extermination de la communauté juive et le caractère insoutenable du souvenir même de cette présence.
Magdalena Tulli est psychologue et vit à Varsovie avec son mari et ses deux garçons. Elle est la traductrice de Marcel Proust en polonais. Son premier roman Rêves et Pierres, paru en 1995, a été salué par la critique : il a reçu le Prix de la Fondation de la Culture et le Prix Koscielski (1997). Elle est considérée, en Pologne, comme l'écrivain le plus important de la génération 90.
Les existences sont toutes faites de la même matière. Mais les coups de ciseaux, au lieu de tomber pile sur la coupe facile à porter, peuvent tailler dans le vif et faire plus mal. Scène après scène, la romancière polonaise Magdalena Tulli façonne des métaphores métaphysiques qui effleurent la vérité, sans rien gommer des reflets complexes du réel...
Attirée par le gouffre de l'histoire du vingtième siècle, Magdalena Tulli plonge sa plume dans l'acide et manie avec style le doute le plus opaque. «Les tours heureux que prend l'action n'apporteront pas de soulagement, rongés qu'ils sont par la moisissure des significations ironiques involontaires, imprégnés par le désespoir des saisons fétides passées.» L'analyse, fine et légère comme la dentelle, recèle plus de pièges qu'une toile d'araignée. Cette «vanité» contemporaine s'entrecoupe de rires presque coupables, tant l'atmosphère, burlesque en apparence, est lourde de sens.
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