Auteur : Mark Z. Danielewski
Traducteur : Claro
Date de saisie : 19/09/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Et d'ailleurs
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-207-25903-0
GENCOD : 9782207259030
Sorti le : 23/08/2007
Ils étaient là avant Roméo et Juliette.
Et bien après aussi. C'est en tout cas ce qu'ils revendiquent, carillonnant gaiement : On a toujours seize ans. Sam et Hailey, propulsés dans un ballet incessant de voitures, du modèle T à la Lincoln continental, tracent à toute blinde de la guerre de Sécession à la guerre froide, dévalent les Appalaches, remontent plein pot le Mississipi, traversent les Badlands, sillonnant de bout en bout toute une nation à la poursuite de l'Histoire.
Tour à tour enchanteur, captivant, et finalement dévastateur, O Révolutions ne ressemble à aucun livre.. Véritable prouesse d'émotion et d'intelligence, le voyage de ces deux gamins, éternels adolescents baignés sous d'éternels cieux d'été, qui renoncent peu à peu à tout sauf à l'aimé, est proprement bouleversant.
Mark Z. Danielewski est né à New York City et vit à Los Angeles. Il est l'auteur de La maison des feuilles.
Il est aisé de se laisser simplement porter, charmer, envoûter même, par le chant de Sam et celui de Hailey, écrits dans une belle langue tonique, triviale, sonore, extrêmement syncopée - on peine à imaginer le travail de titan qu'a dû fournir Claro, le traducteur du livre, pour respecter et rendre compte de cette langue complexe inventée par Danielewski, de son rythme. Comment les lire ensemble, ces deux chants, quand sur chaque page l'un s'offre à lire de façon normale, tandis que l'autre se présente la tête en bas ? L'auteur, relayé par son éditeur, conseille une lecture alternée, qui suppose de retourner le livre à intervalles réguliers. C'est aussi cela, O Révolutions : non seulement l'histoire poétique de l'immense bouleversement intérieur de deux êtres en devenir, deux enfants au seuil de l'âge adulte sommés de le rejoindre, mais un livre qui intègre littéralement dans sa forme, jusqu'au moindre détail, par le jeu de contraintes multiples que s'est imposées l'écrivain (360 pages comme les 360 degrés d'un cercle, 360 mots par page, chaque lettre o soulignée d'une couleur...), l'invitation à la révolution, à la perturbation des réflexes et des habitudes, au renversement des repères, du regard, du coeur.
Trois cent soixante pages, en référence à une circularité pleine, chaque page contenant 180 mots et trois entrées. Au plus près du mitan, se trouvent en colonne des références historiques, qui vont de 1863 à 2063 (mais après 2005, les événements restent à écrire), l'abolition de l'esclavage, l'assassinat de Kennedy, autant de jalons de l'histoire de l'Amérique. Mais ces listes ne sont qu'un bruit sonore, une partition de fond, qui ne nécessite pas d'être lu. Coquetterie symboliste de l'auteur. L'histoire sur laquelle doit se concentrer le lecteur est celle de deux adolescents de 16 ans, Sam et Hailey, qui tombent amoureux au premier coup d'oeil et qui partent à travers l'Amérique à bord de plusieurs véhicules, de la Pennsylvanie au Montana en passant par Saint-Louis et la Nouvelle Orléans...
La prose d' O Révolutions, inventive prend et séduit, incontestablement. Pas seulement par son bouillonnement mais aussi grâce à la violence brouillonne qui émanent des protagonistes. Crasse, viol, insulte, drogue, ombre de la camarde, les tourtereaux ne sont pas nés de la dernière pluie, et leur liberté a un goût de sang et de sperme. Pour qui aime l'expérimentation et le bruit des mots qui s'entrechoquent, O Révolutions marquera.
Avec ce deuxième livre, encore plus étrange et furieusement exubérant que le précédent, l'écrivain franchit un pas supplémentaire dans l'extravagance, largement assez pour donner le tournis à ses éditeurs...
Il paraît en tout cas fort peu probable que O Révolutions puisse être lu "comme un roman", selon l'expression consacrée- le parcours ressemble plutôt à une promenade hypnotique dans un champ de mines, chaque mot menaçant de vous exploser à la figure. Mais le jeu n'est pas gratuit et la puissance créatrice de l'écrivain est bien réelle...
O Révolutions est donc aussi une réflexion sur les Etats-Unis et leur "pure exaltation d'être un pays jeune", explique Danielewski. Leur "narcissisme", que reflètent les héros de son livre et bien sûr, en filigrane, les périls qui les guettent. Mais c'est surtout et avant tout une mécanique de très haute précision, magnifique ensemble de rouages dont l'enchaînement parfait, broyant au passage la plupart des conventions littéraires, laisse à la fois perplexe et admiratif.
Comme précédemment La Maison des feuilles, ce livre objet joue avec les typographies et les couleurs. Il compte 360 pages de 360 mots, répartis en quatre textes de 90 mots. Ces contraintes numériques, qui expliquent peut-être la bosse - des mathématiques ? - qui orne le front de l'auteur, lui ont imposé la gymnastique d'écrire en comptant. De fait, quand on présente O Revolutions, l'arithmétique prend le pas sur la littérature. Il y a pourtant une histoire derrière cette grammaire de chiffres et de codes...
Danielewski, qui aurait largement préféré la carrière de rock star (comme sa soeur, la chanteuse Poe), à celle d'écrivain, publie des objets de culte. Ses livres vont jusqu'à provoquer des transes aux États-Unis, surtout chez le public adolescent.
Samsara ! Samarra ! Légende ! Je peux tout quitter.
Tout le monde aime le Rêve, moi je le tue.
Les Cèdres de l'Atlas jaillissons au-dessus de moi : - Boogaloo !
Je trouve en moi mon essor.
En feu. Toutes mes boucles.
Je vais anéantir le Monde.
C'est tout. La dévastation est partout.
D'une pichenette.
D'une pirouette. Une bobine.
Seize ans tout-puissant et liiiiiibre.
Rebondir les pieds nus.
Les Trembles sont beaux ici :
- Tu n'as rien à perdre. Vas-y.
Sers-toi.
Les Pins tordus, apeurés, oscillent
Epouvantés. Beaux, également. Parfumés.
Pourquoi vais-je pieds nus ?
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