Auteur : Antoine Volodine
Date de saisie : 20/02/2008
Genre : Science-fiction, Fantastique
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Fiction et Cie
Prix : 21.80 € / 143.00 F
ISBN : 978-2-02-093137-3
GENCOD : 9782020931373
Sorti le : 23/08/2007
On a bientôt cinquante ans.
Pendant la guerre de tous contre tous, la femme qu'on aime a été assassinée par des enfants-soldats. Les années passent, la folie rôde. On fait des rêves bizarres. On a parfois l'impression d'avoir été envoyé sur Terre en mission, et d'avoir failli sur toute la ligne. La guerre est finie, mais on appartient au camp des vaincus. Avec une simple d'esprit on vit à présent à Poulailler Quatre, un immense ghetto où cohabitent mendiantes bolcheviques, réfugiés, junkies, oiseaux monstrueux et mudangs, les chamanes coréennes qui chantent pour apaiser les morts.
On pense à cette femme aimée qu'on a perdue. Il faudra voyager loin pour la retrouver. S'enfoncer dans les profondeurs de Poulailler Quatre et de ses propres rêves. Il faudra sans doute mourir à son tour pour pouvoir entendre le chant des mudangs et aller plus loin encore, jusqu'au Fouillis. On atteindra le Fouillis et on s'y fixera comme si on avait existé là depuis toujours. Mais ensuite, que se passera-t-il, ensuite ?
Seizième roman d'Antoine Volodine, Songes de Mevlido frappe par la force de ses images, d'une insondable noirceur et, une fois encore, par l'envoûtante originalité de son imaginaire...
Inutile d'en dire davantage. Songes de Mevlido plonge le lecteur dans un monde d'une radicale étrangeté, marqué par la guerre, la fin de toute organisation sociale, la certitude de la ruine et de l'extinction de l'espèce humaine. Insolite, cet univers est pourtant constitué de références aux résonances familières. Révolutions, camps d'extermination, purifications ethniques, globalisation, catastrophes écologiques. A l'instar de l'ensemble de l'oeuvre, Songes de Mevlido remue la mémoire tragique du XXe siècle, l'échec des utopies révolutionnaires, l'emprise du capitalisme mondialisé. Eminemment politique mais jamais explicite, il laisse le lecteur pétrifié face au monde tel qu'il pourrait tourner.
Des tempêtes de sable et de suie, des cités en ruines, des morts violentes et des renaissances, Songes de Mevlido s'écrit au son des tambours chamans et résonne du chant sacré des morts...
Les songes de Mevlido sont des cauchemars : séances d'autocritique, trajets énigmatiques dans des tramways fantômes qui traversent des bidonvilles chinois et font halte à des stations désolées. Très vite on ne sait plus l'envers de l'endroit, du jour ou de la nuit, peu importe, le lecteur est déjà devenu Mevlido. Ses songes se nouent avec des mensonges...
Sept parties et quarante-neuf chapitres composent Songes de Mevlido, chiffres caractéristiques de l'importance que Volodine accorde à la mystique orientale et de l'esthétique définie dans Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze (Gallimard, 1998). Mais, au regard de ses constructions habituelles en abyme, on ne peut qu'être frappé de sa capacité à offrir ici un roman quasi linéaire, sans pour autant trahir ses univers...
Songes de Mevlido, en opérant la fusion du polar politique et de la poésie comique, est un pur bloc d'humour noir. Avec ses faux dieux empêtrés dans leurs complots, ses animaux extravagants et bavards, son onirisme à tombeau ouvert, ses héros qui meurent et renaissent cent fois, aussi increvables et plastiques que les souris de Tex Avery, le livre terrible de Volodine, virtuose de la catastrophe, résonne comme un rire en plein désastre. Sans doute parce qu'il est, avant tout, un vrai roman d'amour.
La fin de l'Histoire, thèse bien connue. Le philosophe américain Francis Fukuyama a théorisé son concept à partir de l'intuition qu'un consensus universel sur la démocratie était sur le point d'advenir, mettant un point final aux conflits idéologiques. L'écrivain Antoine Volodine, lui, adopte une position autrement plus radicale. Il annonce, ni plus ni moins, la fin de tout. Selon lui, loin de déboucher sur un avenir radieux, la «fin de l'Histoire» pourrait accoucher du pire des mondes. Si les idéologies disparaissent, affirme-t-il, ce sera au profit de la barbarie...
Il faut savoir que l'on retrouve les êtres improbables chers à l'écrivain : tortionnaires désabusés, révolutionnaires à jamais orphelins de leur utopie, mendiants, sorcières, vieilles folles, junkies... Individus en rupture, déjantés, mais au profil encore humain. Quant aux autres... Ce sont des mutants à la nature ambiguë. Femme-oiseau, vautour semi-humain, poules monstrueuses, corbeaux géants... Et tous dotés de la parole...
Accrochez vos ceintures, prenez votre souffle, et osez le grand saut dans cette anti-utopie encore plus effrayante que celles de Huxley ou d'Orwell.
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