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L'interprétation des meurtres

Couverture du livre L'interprétation des meurtres

Auteur : Jed Rubenfeld

Traducteur : Carine Chichereau

Date de saisie : 19/01/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. du Panama, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-7557-0192-0

GENCOD : 9782755701920

Sorti le : 04/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

1909 Sigmund Freud est à New York pour donner une série de conférences sur la psychanalyse. Au même moment, une jeune femme de la bonne société est étranglée après avoir été sauvagement torturée. Freud, fatigué, malade, en butte à l'hostilité de l'intelligentsia locale, se retrouve malgré lui impliqué dans l'enquête que mène l'inspecteur Littlemore...
Des bas-fonds de Chinatown aux hôtels particuliers de Gramercy Park, ce thriller à l'intrigue impeccable nous plonge dans le New York en mutation du début des gratte-ciel.

Diplômé de Princeton, Jed Rubenfeld est professeur de droit à l'université de Yale et a soutenu une thèse sur Freud. L'Interprétation des meurtres est son premier roman. Il a été publié dans une trentaine de pays et a remporté un immense succès en Angleterre.





  • La revue de presse Gérard Meudal - Le Monde du 11 janvier 2008

En août 1909, accompagné de ses deux collègues et amis, le père de la psychanalyse débarqua à New York pour une série de conférences à l'université Clark. Celles-ci remportèrent un grand succès et marquèrent un véritable tournant dans l'histoire de la psychiatrie américaine. Curieusement, Freud ne sembla pas s'en réjouir : à son retour en Europe, il afficha une méfiance qu'il qualifiait lui-même d'"irrévocable" vis-à-vis des Etats-Unis. Que s'est-il donc passé au cours de cet unique voyage de Freud en Amérique ? Quel traumatisme y a-t-il subi ? C'est sur cette idée que Jed Rubenfeld bâtit son roman...
Dans le décor étonnant d'un New York en pleine construction, le roman de Jed Rubenfeld mêle habilement la fantaisie la plus débridée à une histoire authentique de la psychanalyse. L'auteur, professeur de droit à l'université de Yale, a soutenu une thèse sur Freud. Même s'il s'accorde quelques libertés, le soin qu'il prend de respecter la réalité historique donne à son roman une touche d'authenticité passionnante.


  • La revue de presse Brigitte Hernandez - Le Point du 18 octobre 2007

En tête des meilleures ventes en Grande-Bretagne pendant six mois, écoulé dans 35 pays, son roman lui vaut les honneurs dans le monde entier. Logique : son bouquin est formidable, méandreux comme les fils de l'inconscient, flirtant avec l'historique (Dieu et les saints de la psychanalyse, Ferenczi, Jung... y sont convoqués), le tout emmené par une écriture nerveuse.


  • La revue de presse François Busnel - L'Express du 11 octobre 2007

Un petit bijou. Voilà. C'est dit. L'Interprétation des meurtres est sans doute l'un des meilleurs polars de l'année, l'un des plus beaux premiers romans de la rentrée littéraire et l'une des plus efficaces introductions à la psychanalyse freudienne. Trois en un ! La formule du bon docteur Jed Rubenfeld est d'une efficacité redoutable. Paru l'an dernier aux Etats-Unis, où il s'est vendu à 600 000 exemplaires, ce roman qui défie les lois du genre est déjà en cours de traduction dans 30 pays...
L'intrigue est menée de main de maître jusqu'à la dernière page. On croise, comme dans tout bon roman policier, un inspecteur idéaliste, des flics corrompus, un magnat du béton aux moeurs un peu louches, une matrone aux airs de mante religieuse, un médecin légiste au caractère bougon... Et l'on reconnaîtra en Nora Acton la fameuse Dora dont Freud traite le cas dans Cinq Psychanalyses. Mais, surtout, Rubenfeld superpose à sa fiction une autre affaire : l'étonnante bataille qui oppose Freud et Jung...
Rubenfeld parvient à tenir en haleine le lecteur le moins au fait des concepts psychanalytiques, grâce à un sens parfait du suspense. Son style direct et simple fait ici merveille. Au passage, Rubenfeld signe l'une des plus saisissantes descriptions du New York du début du siècle dernier : la scène où Freud, découvrant le métro qui relie Manhattan à Brooklyn, est pris de panique, est admirable. Tout comme celles où nos détectives arpentent les fondations du pont de Manhattan. On n'a pas fait mieux depuis Ragtime, d'E. L. Doctorow. A la naissance d'une ville appelée à devenir la nouvelle Athènes de l'Occident répond la naissance de la psychanalyse. Jed Rubenfeld joue superbement de ces parallèles. Il s'impose comme un auteur à suivre.



  • Les premières lignes

Il n'y a point de mystère au bonheur.
Les malheureux se ressemblent tous. Une blessure d'autrefois, un désir jamais assouvi, un orgueil outragé, un amour naissant brisé par le mépris, ou pire, l'indifférence, autant de sentiments dont ils ne peuvent ou ne veulent se défaire, vivant ainsi chaque jour dans l'ombre du passé. L'homme heureux, lui, ne regarde pas en arrière. Il ne scrute pas l'avenir. Il vit dans le présent.
C'est là l'écueil. Il est une chose que le présent ne peut apporter : le sens. Bonheur et sens ne peuvent cohabiter. Pour être heureux, il faut vivre dans l'instant présent ; pour l'instant présent. Si, en revanche, on est en quête de sens - sens de ses rêves, de ses secrets, de sa vie -, il faut réinvestir son passé, braver les ténèbres, et vivre pour l'avenir, fût-il incertain. Ainsi la nature exhibe-t-elle sous nos yeux le bonheur et le sens, nous obligeant à choisir.
Pour ma part, j'ai choisi de privilégier le sens. Voilà pourquoi, je suppose, je me retrouvai parmi la foule dans le port de Hoboken, par cette torride soirée du dimanche 29 août 1909, à attendre l'arrivée du paquebot George Washington de la compagnie Nord-Deutsche Lloyd venant de Brème, qui amenait sur nos rives l'homme que je désirais le plus connaître au monde.
À sept heures, le navire n'était toujours pas en vue. Mon ami et collègue médecin, Abraham Brill, était présent, lui aussi, pour les mêmes raisons que moi. Dissimulant mal son impatience, il montrait une grande agitation et fumait cigarette sur cigarette. La canicule était insupportable, et l'air épais empestait le poisson. Une brume étrange montait des eaux, comme si l'océan s'évaporait. De sourdes cornes grondaient sur les flots lointains, dissimulées dans l'horizon caligineux. Même les mouettes, dont résonnait le cri funèbre, nous demeuraient invisibles. J'eus le pressentiment ridicule que le George Washington s'était égaré dans le brouillard, et que ses deux mille cinq cents passagers européens allaient périr noyés au pied de la statue de la Liberté. Le crépuscule se fit, mais la température ne baissa pas. Nous attendions toujours.
Tout à coup, l'immense paquebot blanc apparut, non comme un point distant, mais tel un mammouth émergeant des nuées, juste sous nos yeux. Dans un sursaut collectif, la foule recula. Le sortilège fut toutefois vite brisé par les cris des débardeurs, le bruit des amarres jetées, et le tohu-bohu qui s'ensuivit. Au bout de quelques minutes, une centaine de dockers avaient commencé à débarquer le fret.
Brill me cria de le suivre et se mit à jouer des coudes pour se frayer un chemin jusqu'à la passerelle. Ses tentatives pour se rendre à bord se soldèrent par un échec : nul ne pouvait ni monter ni descendre. Il s'écoula encore une heure avant que mon compagnon ne me tirât par la manche pour m'indiquer trois passagers quittant le navire. Le premier était un monsieur à l'allure distinguée, vêtu d'un costume blanc, à la barbe et aux cheveux gris, que je reconnus immédiatement : c'était le psychiatre viennois, Sigmund Freud.

Au début du XXe siècle, New York fut le théâtre d'une véritable révolution architecturale. De gigantesques tours appelées «gratte-ciel» sortirent de terre, les unes après les autres, dépassant en hauteur tous les bâtiments édifiés jusqu'alors. En 1908, sous les applaudissements de messieurs en hauts-de-forme, le maire de la ville, George McClellan, inaugura sur Liberty Street un monument de brique rouge et d'ardoise, le Singer Building, en déclarant que ses quarante-sept étages en faisaient la structure la plus haute du monde. Dix-huit mois plus tard, la cérémonie se répéta avec le Metropolitan Life, sur la 24e Rue, qui atteignait cinquante étages. Déjà, pourtant, le record s'apprêtait à tomber car, au coeur de la ville, Mr. Wool-worth s'était lancé dans la construction d'une ziggourat de cinquante-huit étages.
Partout, là où la veille s'étendait un simple terrain vague, sur­gissaient des squelettes de poutrelles d'acier. De jour comme de nuit vrombissaient sans relâche des pelleteuses à vapeur dans un fracas abrutissant. Seuls les travaux d'Haussmann, à Paris, un demi-siècle plus tôt, étaient comparables, à cette différence qu'à New York aucune vision d'ensemble, aucun plan d'unification, ni autorité centralisatrice ne présidait à ces bouleversements. Le capital et la spéculation menaient la danse, déployant une énergie colossale, individualiste et typiquement américaine.
Un urbanisme indéniablement marqué de l'empreinte masculine. Au sol, l'implacable quadrillage de Manhattan, avec ses deux cents rues est-ouest et ses douze avenues nord-sud, donnait à la ville une abstraction rectiligne. Au-dessus, dans cette forêt de tours aux ornements ostentatoires, ce n'étaient qu'ambition, spéculation, compétition, domination, et désir - de hauteur, de puissance et, bien sûr, d'argent.
La résidence Balmoral, sur le Boulevard (à l'époque, les New-Yorkais appelaient ainsi le segment de Broadway compris entre la 59e et la 155e Rue), faisait partie de ces nouveaux bâtiments spectaculaires. Sa construction même était un pari. En 1909, les gens très riches vivaient encore dans des maisons. Ils possédaient des appartements en guise de pied-à-terre, en ville, mais ne pouvaient comprendre qu'on les occupât toute l'année. La résidence Balmoral devait donc relever un véritable défi en persuadant les plus fortunés de changer leurs habitudes et affi­chait, pour ce faire, un luxe inouï.


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