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Une chambre au paradis

Couverture du livre Une chambre au paradis

Auteur : Christoph Peters

Traducteur : Elizabeth Landes

Date de saisie : 31/07/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : S. Wespieser éditeur, Paris, France

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-84805-057-7

GENCOD : 9782848050577

Sorti le : 04/10/2007


  • La présentation de l'éditeur

UNE CHAMBRE AU PARADIS. Le livre s'ouvre dans une grotte, en Egypte, en 1993 : un groupe de terroristes islamistes s'apprête à perpétrer un attentat contre le temple de Louxor. Parmi eux Jochen Abdallah Sawatzky, un jeune Allemand converti à l'islam. Pour décrire la marche d'approche, les préparatifs et la mise en échec de l'attentat, Christoph Peters se glisse dans la peau de son personnage. Il tente de saisir ses motivations et les raisons de sa conversion, de comprendre pourquoi, malgré les réticences de la jeune fille égyptienne dont il est amoureux, il s'est engagé dans la lutte armée, obstiné à vaincre tous les obstacles, et notamment la méfiance de ses nouveaux coreligionnaires. Ce monologue du terroriste interroge de manière saisissante les sources du fanatisme religieux et de l'aveuglement.
Interrogation qui se poursuit dans la deuxième partie du livre, consacrée elle à la confrontation de Sawatzky, un des seuls survivants de l'opération, avec l'ambassadeur d'Allemagne au Caire, dont la mission est d'obtenir son extradition. Claus Cismar fut, dans les années soixante, militant d'extrême gauche dans la RFA d'alors et, devant la conviction inébranlable du prisonnier, il en vient malgré lui à remettre en cause sa propre vie et ses propres choix. Comment et pourquoi a-t-il trahi les idéaux de sa jeunesse pour faire carrière et devenir partie prenante du système que naguère il avait combattu ?
Admirablement tenu, ce roman brillant et subtil se focalise peu à peu sur le désarroi d'un homme confronté à la radicalité, dans une ville, Le Caire, dont les chatoiements accompagnent sa dérive.

CHRISTOPH PETERS est né en 1966 en Rhénanie. Il est l'auteur de plusieurs romans, dont l'un a été traduit en français (Hanna endormie, Métailié, 2001) et vit aujourd'hui à Berlin. Fin connaisseur de l'Egypte et de l'islam, il a travaillé neuf ans à ce livre.

OUVRAGE TRADUIT AVEC LE CONCOURS DU CENTRE NATIONAL DU LIVRE





  • Les premières lignes

Au milieu des prières, un rêve : Arua me fixe une longue fraction de seconde, sans horreur ni complaisance. Deux trous noirs insondables. Puis elle ferme les yeux et se détourne. Ses cheveux tombent sur ses épaules. Elle aurait dû les couvrir. La tristesse m'a réveillé. Sentiment indu. Mais moins grave que la peur. Autour de moi, tout était sombre. Les braises du foyer n'éclairaient pas la salle. Je me suis redressé. La silhouette d'El Choli se détachait dans l'ouverture de la grotte. Sa mitraillette coupait le ciel du paysage. Dehors, la nuit semblait inhabituellement claire. La lune soulignait le contour des montagnes et creusait les ombres du relief. Sous le plafond de la grotte flottait un nuage de fumée refroidie. Elle imprégnait les vêtements, les couvertures et elle emplissait la bouche d'un goût acre. Ahmed rêvait tout haut. Jamal se battait contre un cauchemar. L'air était lourd d'exhalaisons corporelles.
Je me suis levé, j'ai cherché le tapis à l'aveuglette et je me suis glissé vers l'entrée. El Choli a sursauté, effrayé. Je suis passé devant lui sans un mot. J'ai senti sa méfiance dans mon dos.
Un instant, j'ai pensé qu'il allait perdre la tête, crier et tirer. Mais non, rien. Les étoiles brillaient d'une lumière crue, leur disposition semblait anarchique. Je me suis agenouillé, j'ai posé les mains sur le sable, soufflé la poussière et je me suis nettoyé. Puis j'ai étendu le tapis et je me suis tourné vers la Mecque.
Dis : II est Dieu, l'Unique ! / Dieu, l'Impénétrable. / Il n'engendre pas, / Il n'a pas été engendré / et nul n'est égal à Lui.
Le visage d'Arua ne s'estompait pas. Je n'arrivais pas à trouver la paix. Autour de moi, le rocher travaillait et des pierres se détachaient en emportant des éboulis de cailloux.
J'étais là. Je suis là, en train d'essayer de rassembler mes forces et d'ordonner mes pensées. Mais elles courent après les images d'un passé qui n'est déjà plus le mien : ma mère, grosse, seule, en train de mâcher ses cacahuètes devant la télévision, ou, tôt le matin, en costume pantalon gris, sa tasse de café à droite, sa tartine à gauche, confiante dans la sécurité de l'emploi au ministère des Finances ; une sorte d'amour. La vue sur la vallée du Rhin du haut des collines, la brume au-dessus de l'eau, le goût du haschich dans la bouche, la canette à la main et l'accompagnement des grillons, aussi bruyants qu'un convoi de marchandises. Le Rock-Café : j'attends un homme avec une queue-de-cheval qui se présentera sous le nom de «Falko». Avant même de l'avoir vu, je sens le goût de la trahison. La silhouette élancée d'Arua devant la pizzeria. Je voudrais lui demander son nom, mais je n'ose pas.
Le réveil de Samir sonne. Cinq heures. Le jour que nous avons tant attendu commence par un son électrique, hideux, répété sept fois et repris par des échos croisés. Si tout se passe comme prévu, nous serons au temple dans huit heures. Voix étouffées. Les maisons les plus proches sont très éloignées, mais nous parlons le moins possible. El Choli s'est calmé. Derrière lui, les faisceaux lumineux des lampes de poche balaient les parois. Samir le rejoint et scrute l'horizon. Il fait encore nuit, mais dans quelques minutes, l'obscurité se dissipera. El Choli lui chuchote quelque chose et fait un signe vers moi. Il pense que c'est une erreur de m'emmener. L'un après l'autre, les frères sortent et frottent leurs corps de sable pour en gommer les impuretés de la nuit. J'échange quelques phrases en allemand avec Karim. Il me parle de sa soeur qui est serveuse dans un café d'étudiants. Depuis la mort de leur père, il en est responsable et il va manquer à son devoir.
Dès qu'il ne comprend pas ce dont nous parlons, El Choli se met en fureur. Samir me fait signe : «Avant le combat, il importe de trouver la paix», dit-il. Je réponds : «La paix est entièrement en Dieu.» Maintenant seulement, je sens le froid du désert à l'aube. Sur ma peau, un film de sueur sèche et de poussière de pierre.


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