Auteur : Hervé Cheuzeville
Date de saisie : 24/07/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Persée, Cogolin, France
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 978-2-35216-022-9
GENCOD : 9782352160229
De 2003 à 2006, l'Afrique a évolué.
Certaines guerres se sont enfin terminées, telles que celles de la République Démocratique du Congo, du Sud-Soudan et du Burundi. Des élections libres ont même eu lieu au Congo et au Burundi. D'autres conflits, tel que celui du nord de l'Ouganda, semblent être en passe de s'achever. Cependant, alors que ces laborieux processus suivaient leurs cours chaotiques, combien de tragédies, combien de drames se sont encore déroulés, souvent dans la plus grande indifférence de la communauté internationale !
L'auteur de cet ouvrage est, depuis des années, un observateur privilégié du continent africain. Au jour le jour, sur le terrain, il a rédigé des chroniques. Ce sont ces chroniques qu'il livre aujourd'hui au public, celles d'un spectateur - et souvent même d'un acteur - engagé. Le courage d'humbles héros méconnus et les turpitudes de chefs de guerre, dont certains aspirent à la légitimité du suffrage universel, y sont abondamment décrits. L'histoire tragique des fillettes accusées de sorcellerie et celle des enfants emprisonnés y sont racontées. Des pages d'Histoire, cruelles mais controversées, telles que celles du génocide rwandais, y sont relues.
Des profils de personnalités peu connues du grand public y sont tracés : Joseph Kabila surtout, le jeune chef d'État congolais, que l'auteur a pu rencontrer. Mais aussi John Garang, le guérillero soudanais, doyen des rebelles africains, Joseph Kony. le mystérieux et terrifiant chef de 1"«Armée de Résistance du Seigneur» du Nord de l'Ouganda. Les grands problèmes du moment y sont également abordés : la démocratie en Afrique, la faim dans le monde, l'immigration clandestine vers l'Europe, le rôle souvent ambigu des grandes puissances et des organisations internationales.
Un livre pour mieux comprendre le grand continent africain.
Hervé CHEUZEVILLE est né en i960 en France. Diplômé de langues et civilisations orientales, il a effectué de nombreuses missions humanitaires en Asie du Sud-Est puis en Afrique, où il vit depuis 17 années.
Chronique n° 1 (novembre 2003)
DE LA RÉCONCILIATION ET DU PARDON
La République Démocratique du Congo, après avoir connu une indépendance chaotique, suivie d'années de guerres civiles et de sécessions, puis de trois décennies de dictature kleptocratique catastrophique, vient maintenant de traverser sept années de guerres, d'invasions, d'occupations étrangères et de massacres.
Des millions de Congolais ont perdu leur logis, leur gagne-pain et vivent comme des réfugiés dans leur propre pays. Des millions d'enfants, souvent orphelins, sont privés de leurs droits les plus élémentaires, tels que ceux d'aller à l'école ou d'être nourris et soignés quotidiennement. En conséquence, plusieurs dizaines de milliers de ces enfants ont été contraints de devenir des soldats. La plupart resteront irrémédiablement traumatisés par les horreurs vécues et par les atrocités qu'ils ont été forcés de commettre. Beaucoup, malheureusement, sont morts. Des dizaines de milliers de femmes et de filles ont été violées par des soudards sans vergogne, congolais et étrangers. De l'est à l'ouest, du nord au sud, c'est un océan de misère, d'humiliations et de désespoir sans fond.
On nous annonce cependant que la nuit sans fin s'achève, et que les premières lueurs d'une aube nouvelle commencent à poindre à l'horizon...
Peut-on vraiment y croire ? On le peut difficilement, pour plusieurs raisons que je vais tenter de rappeler :
On constate que ceux-là même par qui le malheur est arrivé sont devenus des «Excellences» et des «Honorables», là-bas à Kinshasa, et que leurs hommes sont toujours en poste, dans les diverses provinces qu'ils contrôlaient.
On sait que les militaires rwandais sont toujours présents en territoire congolais, malgré les accords signés, cela n'est un secret pour personne, sauf pour la MONUC.
On note que les armes continuent à être fournies aux milices ethniques de l'Ituri par les militaires ougandais, en dépit d'autres accords également signés.
On voit fonctionner encore les structures de détournements «légaux», d'exonérations et autres passe-droits, de rackets au bénéfice des occupants et de leurs hommes liges.
On s'aperçoit que le sens du bien public est devenu un concept totalement inconnu pour la plupart des administrateurs et des forces censées protéger la population.
On observe encore que certains patients meurent avant d'atteindre l'hôpital, d'autres parfois même sur leur lit d'hôpital, faute de pouvoir payer les soins et les médicaments qui auraient pu les sauver, sous le regard indifférent de ceux qui étaient censés les soigner.
Enfin, on constate que la nourriture destinée aux déplacés est détournée et revendue par ceux-là mêmes qui avaient pour mandat de la distribuer aux plus nécessiteux.
Oui, mille fois oui, on veut espérer que ces lueurs lointaines à l'horizon annoncent une paix radieuse au peuple congolais. Mais pour que cette paix devienne une réalité tangible et non une horrible illusion, il conviendrait que ceux par qui le malheur est arrivé aient au moins l'humilité et le courage de reconnaître leurs erreurs, voire leurs crimes, et, pour cela, demander pardon à leurs victimes, avant de se précipiter pour tenter d'obtenir une part du gâteau appelé «transition». Il faudrait que les souffrances et le malheur qu'ils ont causés soient reconnus par tous. Il serait impératif que les victimes, toutes les victimes, se voient reconnues et que les torts qu'elles ont subis soient un tant soit peu réparés.
Les enfants soldats devraient tous être démobilisés, leur retour à l'école ou leur formation professionnelle pris en charge. Les orphelins de guerre devraient être traités de la même manière et devenir tous «pupilles de la Nation». Les maisons détruites devraient être reconstruites, les écoles et les centres de santé, réhabilités. Les femmes victimes de viols et infectées par le VIH devraient recevoir à titre gracieux les trithérapies qui leur sont indispensables.
L'argent nécessaire à la réparation des torts et à la cicatrisation des plaies existe. Certes, il pourra être fait appel à la communauté internationale. Mais pourquoi ne pas d'abord compter sur les ressources nationales ? Pourquoi ne pas commencer par confisquer les fortunes insolentes construites grâce au pillage, grâce à l'économie mafieuse ?
Le Pardon est incontournable. Sans le Pardon, une paix véritable ne pourra pas s'installer en RDC. Mais le Pardon ne peut se manifester sans un début d'exercice visible de justice au profit des victimes, de toutes les victimes, en commençant par les plus marginalisées et les plus désespérées.
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