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Stendhal à Cosmopolis

Couverture du livre Stendhal à Cosmopolis

Auteur : Marie-Rose Corredor

Date de saisie : 01/08/2007

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : ELLUG, Grenoble, France

Prix : 26.00 € / 170.55 F

ISBN : 978-2-84310-103-8

GENCOD : 9782843101038

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  • La présentation de l'éditeur

STENDHAL A COSMOPOLIS
Stendhal et ses langues

Textes réunis et présentés par Marie-Rose Corredor

Stendhal et les langues : le «moi libre» qui «vit à Cosmopolis», formule célèbre de Paul Valéry, manifeste un intérêt constant pour les langues vivantes et mortes. Intérêt de «linguiste à Milan», où il participe au débat sur l'évolution de l'italien et sur le rôle des dialectes, attirance précoce pour l'anglais, en avance sur l'anglomanie de son temps, refus ambivalent de l'allemand. Une approche plurielle, où se manifeste la curiosité d'un critique, la véhémence d'un pamphlétaire qui prend appui sur des traits de censeur philologue. La traduction, démarche essentielle du romantisme, est une modalité constante pour Stendhal : écrivant sur «les marges d'un Saint Jérôme», patron des traducteurs, il se confronte sans cesse à l'«épreuve de l'étranger». Non pas les langues, mais «ses» langues : des relations polymorphes d'appropriation et de reconfiguration. S'agit-il de «langages autres» ou de «langues self», du côté de la peinture, cette «langue non souillée par l'usage» ou de la musique, la «langue sacrée» dont le motif est obsédant ? À côté des «sabirs», du «babélisme» constant dans les textes à usage intime, de la «marqueterie d'idiomes», Stendhal aspirerait-il à écrire en «stendhalien» ?





  • Les premières lignes

Extrait de la présentation de Marie-Rose Corredor :

Son Moi libre vit à Cosmopolis et pense en toutes les langues.
Paul Valéry

Stendhal et ses langues : cette réflexion s'inscrit naturellement dans le cadre élargi du romantisme, sa «versabilité» (Novalis) qui fait du «romantisme lui-même une traduction» (Brentano) en même temps que persiste la croyance en «un lieu d'une parole autre» (Kaufmann) et l'aspiration à une «langue naturelle» comme langue natale. Le point de départ sur l'arbitraire des signes dont Stendhal hérite avec Condillac, mais qu'il corrige avec Maine de Biran se complique pour quelqu'un qui n'échappe pas à l'attirance cratylienne d'une partie du romantisme, ni à l'aspiration pour une «langue sacrée», celle des «gens qui aiment la musique» (Souvenirs d'égotisme). Comment situer son «sabir» dans le débat fondateur de Ballanche entre ceux qui «créent la langue» et «ceux qui la reçoivent» ?

De l'héritage conflictuel des langues anciennes à la conscience d'une langue historicisée, bientôt vécue comme langue morte - «Personne ne parle plus sa langue» (Gautier) - on peut revenir à l'antithèse de Dante entre «l'amour de la parole et le savoir de la parole», «amour de la parlure» qui justifie «un rêve de la langue» (Agamben). Du désir d'italien comme langue de la mère, jamais devenue «langue maternelle», alors que s'ouvre en Italie le débat sur la langue (Crusca), Stendhal n'a de cesse, on le sait, d'essayer d'inventer des moments de «babil heureux» (Rousseau), «babil» toujours compromis par l'aporie du/des langues ou le «disant» de l'autobiographe, si proche des «choses indisables» de Flaubert. Qu'est-ce donc pour Stendhal que penser dans une/des langues, qui représentent toujours l'inscription du «poids vital de l'autre» ? (Cheng)

Cent fois par an, il saura pour vingt-quatre heures la langue qu'il voudra.

Pour Stendhal, l'usage de la langue est lié à l'instant : «vingt-quatre heures» peuvent suffire, pourvu que l'usage en soit complet et fulgurant. Pénétrer une identité inconnue, s'absenter de la sienne. Ouvrir des horizons et brouiller les pistes. Apprendre une langue, c'est avoir accès à une posture autant qu'à une culture. Le savoir importe sans doute, mais il est contingent. Comme a pu le dire Michel Crouzet, «Beyle donne l'impression de parler entre les langues, fidèle à cette virtuosité verbale, à ce polyglottisme ludique et magique que désirait le privilégié.»
Sans doute, Beyle veut apprendre des langues : «Je veux apprendre le grec, le latin, l'anglais.»
Contemporain de la grande vogue des hiéroglyphes déchiffrés, des langues orientales, de la littérature comparée, Stendhal est dans le sillage du «cosmopolitisme» des Lumières, revu et corrigé par l'amplitude de «l'oeil de Napoléon», dans la mouvance de Vismara, Ludivico di Breme ou Fauriel, il adhère à l'«épreuve de l'étranger». Non sans réticences et appréhension ; avec une conscience lucide de ses difficultés d'apprentissage : «Je crois qu'il y a peu d'hommes qui aient aussi peu de dispositions que moi pour apprendre des langues.»
Parfois une application scolaire à vaincre les difficultés en prenant appui sur les grammaires autorisées ou bien, lorsque l'apprentissage lui paraît réussi comme pour l'italien, une sourde inquiétude sur la perte d'identité linguistique : «Je m'aperçois à mon grand étonnement, que je pense en italien ; je revêts de couleurs italiennes ma pensée. Cela ne nuira-t-il point au style français ?»

Son goût incontestable pour les langues ne s'accompagne pas du don des langues : apparemment il n'en a jamais complètement maîtrisé aucune durablement et seul le phénomène d'immersion lors de ses séjours en Italie a pu, par moments, faire illusion à ses propres yeux. C'est que s'il est pour le langage, un «franc classique», ses jugements prennent aussi appui sur le socle ferme quoique conflictuel des humanités, les «langues grecques et latines, les plus belles qui aient existé».
Même s'il n'a jamais appris le grec, qui ne figurait pas à l'enseignement de l'École centrale, même si le latin porte la trace de la férule de l'abbé Raillanne, ce sont incontestablement ces «langues mortes» qui servent de références culturelles majeures ; elles sont par ailleurs sans danger d'empathie, d'identification et donc de «déterritorialisation».
Mais s'il prend un point d'appui solide sur ce socle d'héritage, Stendhal n'en est pas moins très attentif à l'évolution, au devenir des «langues vivantes», dans la confrontation permanente entre langue et civilisation. Son intérêt, son implication même dans le débat italien sur la langue légitime sont sur ce point exemplaires.


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