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La poupée sanglante

Couverture du livre La poupée sanglante

Auteur : Gaston Leroux

Préface : Francis Lacassin

Date de saisie : 20/07/2007

Genre : Policiers

Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France

Collection : Motifs, n° 290

Prix : 7.50 € / 49.20 F

ISBN : 978-2-268-06256-3

GENCOD : 9782268062563

Sorti le : 21/06/2007


  • La présentation de l'éditeur

Au moment où Leroux compose La Poupée sanglante (1923), la France est encore sous le choc du procès d'Henri Landru, qui sert de déclic à la genèse du roman. Mais se contenter d'un héros devenu tueur en série par simple cupidité aurait été indigne de l'imagination de Leroux. Il a donc fait du relieur Masson l'instrument d'un grand dessein qui le dépasse : le mystère de la vie et de la mort. Leroux dépoussière les vieux mythes de Dracula et Frankenstein, les débarrasse de leurs artifices gothiques et les modernise grâce à un habillage scientifique. Benedict Masson ne proclame-t-il pas : «De nos jours le vampirisme ne peut être que scientifique...» ? Une des meilleures oeuvres de Gaston Leroux, trop souvent méconnue au profit des Aventures de Rouletabille ou de Chéri-Bibi.

Préface de Francis Lacassin



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  • Les premières lignes

DERRIERE LES RIDEAUX

BÉNÉDICT MASSON avait sa boutique dans un des coins les plus retirés, les plus paisibles et aussi les plus vieillots de l'île Saint-Louis. Bénédict Masson était relieur d'art, ce qui ne l'empêchait pas de vendre des cartes postales et de se livrer à un petit commerce de papeterie dans ce quartier désuet, manière de province dans la capitale, qui semble défendue par sa ceinture d'eau de cette éternelle bacchanale que l'on est convenu d'appeler la vie parisienne.
Dans cette rue, dont le nom a été changé depuis, et qui s'appelait - il n'y a pas bien longtemps encore - la rue du Saint-Sacrement-en l'Isle, à l'ombre de vieux hôtels qui furent, il y a deux siècles, le rendez-vous de tous les beaux esprits, se sont ouverts ou plutôt entrouverts une demi-douzaine de boutiques, quelques débits, un modeste magasin d'horlogerie, dans la prétention exorbitante d'y entretenir un semblant de vie... Eh bien ! c'est de cette petite rue, habitée par notre relieur, c'est de ce quartier qui semblait ne devoir plus exister que par ses propres souvenirs qu'est sortie l'une des plus prodigieuses aventures de cette époque et, à tout prendre, la plus sublime ! Sublime, l'aventure de Bénédict Masson l'a été assurément, car elle fut une Date (avec un grand D) dans l'histoire de l'Humanité, mais en même temps que sublime, elle fut aussi épouvantable... et Paris, qui n'en a surtout connu que l'épouvante, en tressaille encore.
Pour la juger à bon escient, il faut la prendre à son origine. Traversons le pont Marie et regardons autour de nous. Si nous admettons que la vie ne se traduit exclusivement point par le mouvement, nous pouvons envisager cette vérité que dans l'île Saint-Louis, plus que partout ailleurs, il y a toujours eu une vie intense, mais dans le domaine intellectuel. Sans évoquer les ombres lointaines de Voltaire et de Mme Du Châtelet, les peintres, les poètes, les écrivains y ont, de tout temps, élu domicile : George Sand, Baudelaire, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Daubigny, Corot, Barye, Daumier y installèrent leurs pénates. À l'angle de la rue Le Regrattier, qui, autrefois, était la rue de la Femme-sans-Tête, se dresse, au fond d'une niche, une Vierge mutilée, qui a vu défiler toute la pléiade romantique. Notre Bénédict Masson, qui n'était pas seulement relieur d'art, mais poète - un étrange poète, comme on en a vu quelques-uns en ces temps-ci qui sont troubles -, prétendait habiter la chambre même où avait vécu quelque temps - et souffert - l'auteur des Fleurs du mal !
Naturellement il en concevait, dans son humilité, un singulier orgueil.
Mais nous ne saurions mieux connaître Bénédict Masson que par lui-même. Comme tous ceux qui croient être agités par quelque démon supérieur, il se complaisait à tenir registre des moindres événe­ments d'une existence qui, apparemment, semblait s'être déroulée, jusqu'au jour où nous sommes arrivés - Bénédict Masson pouvait avoir dans les trente-cinq ans - dans la plus terne monotonie. Je souligne le apparemment parce qu'il s'est trouvé des gens pour prétendre que ces sortes de Mémoires, tracés au jour le jour, avaient été rédigés dans un but des plus intéressés, ne relatant que ce qui pouvait faire croire à l'innocence d'un monstre qui vivait dans la crainte perpétuelle que l'on ne découvrît ses crimes. Ceux qui ont prétendu cela avaient bien des excuses et peut-être bien des raisons, mais avaient-ils raison ? C'est ce que nous verrons un jour.
Pour moi, j'ai toujours été frappé de l'accent de sincérité qui se trouve dans les Mémoires de Bénédict Masson, même et surtout dans leurs passages les plus désordonnés.
A la date qui nous occupe, nous sommes fin mai. La journée avait été chaude; le printemps, cette année-là, était l'un des plus précoces qu'on eût vus depuis longtemps à Paris.


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