Auteur : David Bohm | F. David Peat
Traducteur : Corinne Derblum
Date de saisie : 20/07/2007
Genre : Sciences et Technologies
Editeur : Alphée-Jean-Paul Bertrand, Monaco, France
Collection : Sciences humaines
Prix : 21.90 € / 143.65 F
ISBN : 978-2-7538-0237-7
GENCOD : 9782753802377
Sorti le : 12/07/2007
Naguère inspirée par une vision globale qui unissait l'homme à l'Univers, la science s'est peu à peu transformée au XXe siècle. Privilégiant une approche étroite, abstraite et fragmentée de la nature et de la réalité, elle ne peut plus aujourd'hui résoudre des problèmes concrets qui dépendent d'un contexte infiniment plus vaste.
David Bohm et F. David Peat, qui travaillent dans la ligne d'Einstein et d'Oppenheimer, proposent un nouvel élan à la science, une nouvelle définition de la création et de la communication.
En retraçant l'histoire de la physique d'Aristote à Einstein, du théorème de Pythagore à la mécanique quantique, ils analysent la naissance des théories scientifiques et les moyens pour la science de devenir créative, de générer une compréhension plus profonde de la société et de la condition humaine. Ils montrent en particulier comment, à partir de la notion d'ordre génératif - implicite, explicite - des domaines apparemment aussi différents que la religion, la physique, la biologie, la pensée, l'art procèdent et sont l'expression d'une même réalité.
David Bohm (1917-1992) était sans conteste l'un des physiciens contemporains les plus importants. Sa théorie du «holomouvement» représente une révision radicale de l'image du monde découlant de la science traditionnelle. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages.
F. David Peat est un physicien anglais de renommée mondiale, auteur d'une vingtaine d'ouvrages.
Extrait de l'introduction :
Cet ouvrage résulte d'une série de conversations que nous avons eues au fil de ces quinze dernières années. Il semble donc approprié, dans cette introduction, de donner au lecteur une idée de la façon dont notre livre est né, et du genre de questions et de réflexions qui nous ont incités à l'écrire. Notre éducation, nos sentiments et notre mentalité y ayant naturellement leur part, nous avons jugé préférable de la présenter sous forme de dialogue. D'ailleurs, l'échange qui suit aurait fort bien pu se dérouler pendant un de nos après-midi de promenade, à l'époque où nous préparions ce livre.
DAVID BOHM : Je crois que ce serait une bonne idée de commencer par le livre lui-même. Qu'est-ce qui t'a incité à me suggérer de faire un livre ensemble ?
DAVID PEAT : Ce genre de question me ramène immédiatement à mon enfance. Du plus loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours été passionné par l'univers. Je me revois encore, debout sous un réverbère, certain soir - je devais avoir huit ou neuf ans, - en train de scruter le ciel en me demandant si la lumière durait éternellement, et si l'univers finissait quelque part. Tu sais, ce genre de questions... Et peu après j'ai commencé à être fasciné par le fait que l'esprit humain soit capable de se poser toutes ces questions et d'embrasser à sa façon la vastitude de toute chose.
Les mêmes idées ont continué à m'obséder tout au long de ma scolarité, ainsi que l'impression vague que tout était intimement lié. C'était un peu comme si l'univers entier était une entité vivante. Mais bien entendu, dès que je me suis mis à étudier sérieusement la science à l'université, tout cela a changé. J'avais le sentiment que les questions les plus mystérieuses, surtout lorsqu'il s'agissait de théorie quantique, ne recevaient jamais de véritable réponse. C'était clair : pour la plupart, les scientifiques ne s'intéressaient guère à ce genre de problèmes, qu'ils ne jugeaient pas vraiment en rapport avec leur recherche quotidienne. Ils nous encourageaient plutôt à nous concentrer sur des résultats concrets susceptibles de faire l'objet d'articles, et à travailler sur des sujets «scientifiquement acceptables». Je n'ai pas tardé à mettre les pieds dans le plat, parce que j'étais toujours plus attiré par les questions auxquelles je ne savais pas répondre que par les recherches plus routinières. Ce n'est évidemment pas ainsi qu'on accumule une somme impressionnante de publications scientifiques.
DAVID BOHM : Mais tu ne t'intéressais pas à la science exclusivement.
DAVID PEAT : Non, j'aimais la musique, le théâtre et les arts visuels. J'étais convaincu qu'ils étaient aussi un moyen très important de réagir à la nature, de comprendre notre place dans l'univers. J'ai toujours pensé qu'à un niveau plus profond, les grandes personnalités de la science et des arts suivent fondamentalement la même démarche, et réagissent à la même origine première. Cette relation essentielle entre la science et l'art a conservé pour moi toute son importance.
Cependant, excepté quelques très bons amis, j'ai eu du mal à trouver des gens qui partageaient mes enthousiasmes. J'avais commencé une sorte de dialogue indirect avec toi en lisant tes articles, où je percevais un intérêt similaire. Et pour finir, en 1971, j'ai pris un an de congé sabbatique pour venir au Birbeck Collège de Londres afin que nous puissions explorer tout cela ensemble.
DAVID BOHM : Oui, je me souviens que nous nous retrouvions une ou deux fois par semaine, et que nous discutions jusqu'à une heure tardive.
DAVID PEAT : Tu te souviens peut-être aussi que, si je t'ai tout d'abord posé des questions relatives à la science, très vite nous en sommes venus à parler de conscience, de société, de religion et de culture. Après mon retour au Canada, il était évident que nous devions continuer à nous rencontrer assez régulièrement pour poursuivre ce dialogue.
DAVID BOHM : Oui, mais il nous est aussi apparu, peu à peu, que la question clef était le dialogue lui-même, et qu'il était intimement lié à toutes les autres. Le problème essentiel était d'engager un dialogue constructif.
DAVID PEAT : Je pense que c'est cela, en fin de compte, qui m'a donné l'idée d'un ouvrage commun. En un sens, la préparation de ce livre est devenue le prolongement de notre dialogue. Bien entendu, un grand nombre des idées que nous examinons étaient en fait les tiennes, au départ.
DAVID BOHM : Oui, mais par le biais du dialogue elles ont commencé à se développer dans de nouvelles directions, et à trouver aussi une formulation plus claire.
DAVID PEAT : La communication joue un très grand rôle dans le développement des idées nouvelles. En fait, ce projet a été passionnant.
DAVID BOHM : Cela vient sans doute du très vif intérêt que nous avions tous deux pour ces questions. C'est que, moi aussi, j'ai ressenti dans ma jeunesse cet étonnement émerveillé et craintif, ce désir intense de tout comprendre, non seulement en détail mais dans son intégralité.
J'ai appris plus tard qu'une grande part de ce qui m'intéressait fondamentalement, les autres l'assimilaient à de la philosophie, et que les scientifiques tendent à mépriser la philosophie, qu'ils ne prennent pas très au sérieux. Cela m'a posé un problème, car je n'avais jamais pu voir de séparation inhérente entre la science et la philosophie. D'ailleurs, en des temps plus reculés, on appelait la science la «philosophie naturelle», ce qui correspond parfaitement avec ma manière de voir. A l'université, quelques-uns de mes amis avaient le même point de vue sur ce sujet, et nous avons eu de fréquentes conversations dans un esprit de camaraderie et de recherche commune. Cependant, quand je préparais mon doctorat au California Institute of Technology où je suis entré en 1939, j'y ai découvert un épouvantable esprit d'émulation qui empêchait les discussions aussi libres. On nous mettait sous pression, pour que nous nous concentrions sur l'apprentissage des techniques formelles qui nous permettraient d'obtenir des résultats. Il semblait y avoir peu de place pour le désir de comprendre au sens large que j'avais à l'esprit, et il n'y régnait pas non plus l'échange d'idées et la camaraderie si essentiels à une telle compréhension.
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