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De grâce et de vérité

Couverture du livre De grâce et de vérité

Auteur : Jennifer Johnston

Traducteur : Anne Damour

Date de saisie : 23/11/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Belfond, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 978-2-7144-4218-5

GENCOD : 9782714442185

Sorti le : 16/08/2007


  • La présentation de l'éditeur

Poétique et poignante, l'histoire d'une quête éperdue de la vérité familiale. Jennifer Johnston dresse un portrait de femme à la fois grave et lumineux, porté par la délicatesse de son écriture.

Sally est actrice. De retour à Dublin après une tournée triomphale sur les scènes européennes, elle ne s'attendait pas à pareille nouvelle : son mari est sur le point de la quitter.
Cette annonce lui fait l'effet d'un choc. Elle réalise qu'elle n'a jamais été heureuse, qu'elle est devenue actrice pour mieux se fuir elle-même, et que si elle veut retrouver un peu de sérénité il lui faut découvrir ce que sa mère a toujours refusé de lui livrer : l'identité de son père.
Sally va alors se tourner vers le seul être capable de lui donner des réponses, son grand-père, un évêque anglican, et découvrir, effarée, l'histoire de sa famille, hantée par le mensonge et le déni...

Traduit de l'anglais (Irlande) par Anne Damour.



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  • La revue de presse Christophe Mercier - Le Figaro du 22 novembre 2007

Découverte en France par Maurice Nadeau, qui publia en 1977 son premier roman, Princes et Capitaines, dans sa prestigieuse collection des «Lettres nouvelles», elle a suivi un parcours discret, jalonné de près d'une quinzaine de titres chez quatre ou cinq éditeurs différents. Elle semble avoir trouvé un havre chez Belfond, qui publie aujourd'hui un troisième livre d'elle. Avec De grâce et de vérité, les amateurs retrouvent Jennifer Johnston telle qu'en elle-même : une écriture discrète, un goût du récit décanté, bref, réduit à l'os, une peinture subtile des mouvements de l'âme féminine. On comprend qu'elle ait été comparée à Jean Rhys, ou à Katherine Mansfield...
De grâce et de vérité est un roman secret, mystérieux, d'apparence anodine, qui tire sa force de cette banalité assumée, chape rassurante destinée à empêcher que ne s'en échappent des effluves de violence.



  • Les premières lignes

LA GUERRE AVAIT ÉCLATÉ DEPUIS TROIS JOURS lorsque je rentrai d'une tournée : les capitales européennes, Paris, Berlin, Bruxelles, Londres.
J'étais vannée.
La tournée avait été un formidable succès ; et tout ce qui l'accompagnait rapide et intense. Presse, émissions de télévision, réceptions, sourire, sourire, sourire. J'étais purement et simplement vannée.
J'avais mal aux mâchoires à force de sourire.
Mes yeux n'en pouvaient plus de pétiller.
Je ne voudrais pas être ingrate, mais quand quelque chose est fini c'est fini, et on devrait légitimement pouvoir se détendre.
À la réception qui avait eu lieu à Londres le dernier jour de la tournée, le deuxième de la guerre, j'avais embrassé Max Fischer, un de nos producteurs, et dit : «Ne compte pas sur moi pour New York. J'irai pas à Nou York.» J'avais filé après sa réaction, un silence suivi d'un énorme rire furibond.
Il s'agissait seulement d'une rumeur qui avait couru parmi la troupe, mais je savais qu'il nourrissait l'espoir d'obtenir Emmys et Oscars ou je ne sais quoi d'autre, les meilleurs ceci ou cela, dîners chez Sardi, grands manitous prêts à lui flanquer des tapes dans le dos et à lui offrir des cigares... peut-être ai-je vu trop de films sur le monde du spectacle. Trente-sept semaines à jouer Le Baladin du monde occidental me suffisaient, sans doute pour toujours. Quand le rideau était tombé, le dernier soir, j'avais décidé que lors de la prochaine tournée je jouerais la Veuve Quin et laisserais le rôle de Pegeen à quelqu'un de plus jeune.
Je sais, je l'ai déjà dit auparavant, mais j'étais réel­lement vannée.
Tout ce que je voulais, c'était rentrer chez moi à Goatstown, retrouver Charlie, me vautrer devant la télé en mangeant des chocolats et regarder la guerre.
J'aime les chocolats.
J'aime Charlie aussi.
Oui.
Et ma maison. Je l'ai achetée voilà dix ans, après mon premier film et à l'époque où il était encore possible d'en acquérir une avant d'avoir gagné son premier mil­lion. Aujourd'hui, la somme que je l'avais alors payée suffirait à peine à m'offrir une cabane à outils dans une cour. Elle a un jardin à l'arrière, long d'une quinzaine de mètres. Quelques rangs réguliers de légumes tout au fond ; un carré de pelouse, deux pruniers et des plates-bandes fleuries assez bien entretenues de chaque côté. Il y a une terrasse de pierre entre la maison et la pelouse, où je cultive des herbes aromatiques dans des bacs : du persil, du thym, de la sauge, de la civette, du basilic (quand il fait très chaud), de la menthe, du cerfeuil et quelques fines tiges de fenouil.
Je suppose qu'on pourrait me qualifier de propriétaire terrien.
Reine du monde, je surveille mon domaine en regardant plein ouest et en me couvrant les yeux d'oeillères, comme un fringant cheval de course, à l'aide de mes mains. Si je me débarrassais des légumes, je pourrais aménager un terrain de croquet entre la terrasse et la clôture du fond. Cela mérite réflexion.
Goatstown n'était en aucun cas mon premier choix. J'aurais préféré une jolie petite villa au bord de la mer, à Sandycove, Dalkey, ce genre d'endroit, mais l'argent dont je disposais n'aurait pas suffi. Aujourd'hui, même si j'ai sans doute cette somme, je suis heureuse ici, avec ma maison, mes voisins. Dans l'ensemble, nos relations sont plutôt amicales ; on se sourit, on se donne l'heure, on réceptionne les paquets si nécessaire et on garde les doubles des clés pour les moments de crise.
Don et Jenny habitent à ma droite avec leurs quatre enfants. Voilà quelques semaines, alors que j'étais absente, leur père leur a installé un mini-but au milieu de la pelouse, et maintenant ils passent leurs soirées à shooter et à s'engueuler. Je crois qu'ils aiment autant jurer que faire entrer le ballon dans la cage.
J'envie ces enfants. Je n'ai jamais eu la permission de jurer et je n'ai jamais eu personne avec qui jouer au football quand j'avais douze ans, il y a vingt-trois ans. Bien sûr, à cette époque le football n'avait pas l'importance qu'il a aujourd'hui. Même les petits dans les landaus portent les couleurs criardes de l'équipe préférée de leurs parents. Pas de rose pour les petites filles ni de bleu pour les garçons ; ce sont des teintes trop insipides pour le bébé moderne.


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