Auteur : Elvira Dorada
Date de saisie : 18/07/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Persée, Cogolin, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-35216-018-2
GENCOD : 9782352160182
A l'aube de ses 38 ans, Ambroisie mène une existence terne, partagée entre un modeste travail d'assistante commerciale et son déjeuner dominical avec sa mère dépressive. Désespérément laide, elle est victime de moqueries de la part de ses collègues et suscite au mieux, l'indifférence, au pire le dégoût autour d'elle.
Un jour, un artiste-peintre de renom, intéressé par son physique atypique, lui propose de servir de modèle. Cette expérience va bouleverser sa vie : Ambroisie va tomber amoureuse et trouver le courage de se façonner un meilleur destin.
Elvira Dorada est passionnée de littérature et de peinture. Mère de deux enfants, elle vit en région parisienne.
Ambroisie fit un quart de tour sur elle-même avec son fauteuil et regarda le temps chagrin de ce vendredi de septembre. Comme toujours, elle évita son reflet dans la vitre et ausculta le carré de ciel du patio bétonné dans lequel donnait la fenêtre de son bureau. Gris, le ciel était forcément gris.
Elle ouvrit la fenêtre et mit sa main dehors. Et froid, à peine 15 degrés.
Ambroisie soupira et se retourna, juste à temps pour apercevoir le mouvement de hanche ondulatoire de Nathalie, qui passait dans le couloir. Celle-ci lui adressa comme d'habitude son sourire mielleux, avec un petit signe négligent de la main en guise de bonjour.
Ambroisie regarda découragée ses notes de travail. Encore une journée à écouler, assise à son bureau, face à son ordinateur. Le seul moment de détente, ce sera à l'heure de déjeuner, avec ses collègues de travail Aviata, Fabienne, Odile et Nathalie, si celles-ci ne l'oubliaient pas, comme la dernière fois !
A cette évocation plutôt désagréable, elle laissa échapper un grand soupir. Pourquoi vouloir à tout prix partager leur repas si son souhait n'était pas payé de retour ? De plus, elle détestait cordialement cette chipie de Nathalie mais elle ne pouvait envisager de déjeuner sans elle, si celle-ci était disponible. C'était le comble !
Cette attirance pour Nathalie s'expliquait sans doute par le fait qu'elle représentait tout ce qu'elle aurait voulu être et devenir, aussi bien sur le plan personnel que professionnel.
Nathalie était entrée il y avait maintenant plus de trois ans, dans la société en tant qu'ingénieur commercial grand compte. Ambroisie se rappelait parfaitement son premier rendez-vous avec ses deux patrons, Gérard et Hugues Zitoun. Elle ne l'avait pas vue entrer dans leur bureau mais sa collègue Isabelle, la comptable, l'avait appelée sur sa ligne directe pour lui signaler sa venue dès qu'elle l'avait aperçue dans la salle d'attente.
«Elle ressemble à une pute, lui avait-elle dit sur un ton scandalisé. Elle est habillée avec une jupe bleu vif, ultracourte !
- Eh bien, ça va leur plaire !», avait rétorqué fataliste Ambroisie.
Et effectivement, elle l'avait vu passer devant son bureau, accompagnée par les frères Zitoun tout souriants, avec sa démarche lascive, ses fesses un peu larges moulées dans sa jupe bleue, ses jambes lourdes, finies par de hauts talons, largement découvertes par la longueur minimaliste de cette fameuse jupe. Force lui était alors de reconnaître, que de dos, elle en imposait, avec ses longs cheveux blonds décolorés et sa démarche chaloupée. Et elle avait pu voir dans le comportement soudainement affable et prévenants de ses patrons qu'ils n'étaient pas insensibles à son charme, tout artificiel qu'il soit. C'était sûr, elle ferait une excellente commerciale !
Et d'ailleurs, ils ne s'étaient pas trompés. En un rien de temps, il s'était mis à pleuvoir une nuée de contrats sur Nathalie, de rendez-vous honorés avec des tenues toujours plus extravagantes, enfin, pour Ambroisie et les autres commerciales, Aviata et Fabienne, car pour Odile, la commerciale industrie, les tenues excentriques étaient de rigueur.
Mais devait-on poursuivre d'une vindicte collective Nathalie ? Elle n'était pas responsable car en fait, Nathalie venait du sud et s'habillait tout simplement comme si elle habitait toujours Aix-en-Provence. Tailleurs blancs moulants, petits tops largement décolletés, panoplie de pantalons clairs, zippés et ficelés de partout, jupes à volants fleuris dangereusement courtes pour une prospection parisienne.
Finaude, elle avait profité des remarques acerbes de ses collègues pour réclamer, dès son troisième contrat signé en moins d'un mois, une voiture de fonction de luxe, qui lui avait été aussitôt accordée, au grand désespoir des autres commerciales, vertes de jalousie.
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli