Auteur : Eddy Semialjac
Date de saisie : 18/07/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Persée, Cogolin, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-35216-028-1
GENCOD : 9782352160281
Eté 1991 : dans les Balkans, une guerre sanglante éclate entre Croates sécessionnistes et rebelles serbes soutenus par Belgrade, sonnant le glas de la fédération yougoslave.
Une équipe de reporters français réalise tant bien que mal un reportage pour montrer comment s'organise la résistance croate.
«Nous descendons l'avenue principale parsemée de traces en forme d'étoiles laissées par les impacts d'obus de mortier - jusqu'aux maisons, presque toutes marquées du sceau des bombardements. Je filme sans cesse en courant, avide d'images, regrettant simplement que le micro enregistre les bruyantes expirations que je lâche maintenant à chaque foulée. Devant moi, Zvonko tourne la tête en pointant son index vers la droite et lance, en mauvais français :
- Ça, voyez ? Maison à moi.
Il me montre quatre murs blancs situés à l'angle de la bifurcation, privés de toit et de vitres et carbonisés au-dessus des fenêtres. Une boîte vide sans couvercle. Je braque la caméra vers l'endroit en question et je filme la ruine avant qu'on l'ait passée. Devant une autre, je remarque une sépulture, une simple croix bancale fichée dans la terre herbeuse, derrière un petit tumulus, et faite de deux lattes perpendiculaires qu'un morceau de ficelle tient reliées à l'intersection. J'interpelle Zvonko et je désigne la tombe. Il l'observe, hausse les épaules d'un air navré et m'adresse sur un ton philosophe une phrase en serbo-croate incompréhensible pour moi, comme pour dire : "c'est la vie !"»
Un roman bouleversant et criant de vérité.
Eddy Semialjac est né en 1974. Hanté par le drame qui se joue en Croatie, il entame en 1992 la rédaction de ce roman. En 2001, il s'engage dans l'armée de terre comme officier sous contrat spécialiste. C'est ainsi qu'il se retrouve affecté en Bosnie et an Kosovo en qualité d'interprète serbo-croate.
Extrait du prologue :
La Yougoslavie : nombreux sont ceux qui en 1991 se représentaient ce pays comme une surface géographique sans importance particulière, grande comme la moitié de la France et située quelque part dans les Balkans. Ils avaient entendu dire vaguement que la première guerre mondiale s'y était déclenchée suite à l'assassinat d'un certain archiduc. Pourtant la Yougoslavie, en tout cas le pays qui portait ce nom de 1918 à 1991, avant son éclatement, pose des problèmes complexes et ancestraux de nature à attirer l'attention dans toute l'Europe, d'abord à cause de l'extrême diversité des peuples qui y vivent et qui forment une sorte de vaste mosaïque. Huit ethnies principales se répartissent, voire s'imbriquent, sur un ensemble de six républiques (toutes les données sont celles disponibles en 1992) :
- Tout au nord, on trouve la Slovénie, petite république peuplée à majorité de Slovènes.
- Ensuite vient la Croatie, composée essentiellement de Croates (quatre millions) et de Serbes.
- Puis la Bosnie-Herzégovine où se côtoient Croates, Serbes et Musulmans.
- À l'est, on a la Serbie, peuplée de Serbes (onze millions).
- Au sud de la Serbie, la Macédoine, peuplée de Macédoniens et d'Albanais.
- Enfin le Monténégro, peuplé de Monténégrins.
La Voïvodine, située au nord de la Serbie, à forte minorité hongroise, et le Kosovo, situé entre la Serbie et la Macédoine et peuplé à grande majorité d'Albanais, ne jouissent pas du statut de république. Ce sont des territoires considérés comme provinces et rattachés à la Serbie.
Outre le problème des nationalités, il y a une diversité de religions sujette à divergences entre les peuples : les Croates, par exemple, sont catholiques, les Serbes sont orthodoxes et les Musulmans de nationalité (particularité yougoslave) sont aussi, bien entendu, musulmans de religion.
La seconde guerre mondiale voit certains de ces peuples se déchirer d'une manière tout à fait impressionnante. Chacun exhibe ses symboles nationalistes et tente d'affirmer son particularisme : les oustachis, tortionnaires partisans de la droite extrême croate et dirigés dès 1941 par Ante Pavelic, dit le «Poglavnik» (équivalent de Führer ou Duce), collaborent avec les nazis qui ont envahi la Yougoslavie. À la tête de la N.D.H., l'État (fantoche) indépendant de Croatie auquel Hitler a fait cadeau de la Bosnie, Pavelic est secondé par des criminels aussi dévoués que Vjekoslav «Maks» Luburic, commandant en chef des camps croates de prisonniers et orchestrateur de déportations à grande échelle, Jure Francetic, général à titre posthume, fondateur de l'unité d'élite nommée «Légion noire» (équivalent de la S.S.), Rafaël Boban, dirigeant comme le précédent de cette division, Slavko Kvaternik, commandant en chef des forces armées, et le fils de ce dernier Eugen Dido, chef des services de police, une des principales figures idéologiques du régime. Luburic, qualifié de «sadique extrême» et «malade mental» par un observateur national-socialiste de l'époque, est considéré comme un des plus grands exterminateurs de tous les temps (Pavelic était lui-même réputé collectionneur d'yeux humains). Outre celui de ces chefs militaires et policiers, le «Poglavnik» a entre 1941 et 1945, à travers le personnage controversé d'Alojzije Stepinac, archevêque de Zagreb, le soutien de l'Église catholique locale qui a en charge la conversion forcée des orthodoxes. Animés d'un zèle inouï, experts en sauvagerie, les oustachis procèdent à une déportation et à une exécution systématiques de juifs, Roms, communistes, antifascistes croates et autres opposants politiques.
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