Passion du livre - tout sur le livre : Au bureau

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Au bureau

Couverture du livre Au bureau

Auteur : Nicole Malinconi

Date de saisie : 27/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigues, France

Collection : Regards croisés

Prix : 14.80 € / 97.08 F

ISBN : 978-2-7526-0359-3

GENCOD : 9782752603593

Sorti le : 30/08/2007


  • La présentation de l'éditeur

«Grande famille, écrit Jean, ils ont beau dire grande famille, on ne se connaît même pas, entre nous; même pas tous ceux du bloc B. Ils peuvent bien nous rassembler une fois par an pour les voeux du président, ce jour-là on reste groupés par service. Au-delà des services, on ne fait que s'observer.» Jean, Domi, Philippe, Suzanne... Depuis quand travaillent-ils ensemble au Bureau ? Ils ne s'en souviennent pas.
Nicole Malinconi, de sa plume minimaliste et pourtant furieusement tendre, décortique une vie de bureau après l'annonce d'une restriction de personnel. Et c'est comme si, dans une partie de cartes, le jeu que vous aviez en main change de figures et de couleurs. Au bureau est un petit chef-d'oeuvre d'empathie, dans un monde trop souvent en peine de tendresse et de générosité.

Nicole Malinconi, d'origine italienne, vit en Belgique. Son premier livre, Hôpital silence (Minuit, 1985), a été salué par une critique unanime. Elle a ensuite publié de nombreux ouvrages en Belgique où elle a reçu, entre autres, le prix Rossel.



logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com



  • La revue de presse Delphine Peras - L'Express du 27 septembre 2007

Nicole Malinconi, écrivain italo-belge née en 1946, livre un instantané ultraréaliste de cette vie de bureau de plus en plus assombrie par la peur du chômage : la question des départs volontaires, soulevée lors d'une assemblée extraordinaire du personnel, monopolise les conversations, exacerbe les tensions.



  • Les premières lignes

Jean

Pour de grands bâtiments, ce sont de grands bâtiments, écrit Jean. Bâtiments ou plutôt, blocs. Tous les quatre pareils. Et en plus, communicants, avec tous les passages vitrés et les passerelles entre eux. On peut circuler d'un service à l'autre sans sortir dans la rue. C'est un vrai réseau de blocs. Et à l'intérieur, nous autres qui allons et venons dans les passages et les passerelles. Un vrai réseau de gens.
C'est ainsi que Jean inaugure son cahier. Il faut bien commencer par quelque chose; autant dire cela d'abord, dire où l'on se trouve depuis longtemps comme si, au fond, on n'avait jamais pris la peine de bien voir, ou comme si l'on n'avait pas pris en considération que l'on était entré là un jour et bel et bien resté, au fil du temps, sans penser, comme si depuis toujours on était de là. De la grande famille, comme disent les administrateurs aux assemblées générales du personnel.
Grande famille, écrit Jean, ils ont beau dire grande famille, on ne se connaît même pas entre nous; même pas tous ceux du bloc B. Ils peuvent bien nous rassembler une fois par an pour les voeux du président, ce jour-là on reste groupés par service; au-delà des services on ne fait que s'observer.
Jean est au bloc B depuis des années; il dit que les années il ne les compte plus. Enfin, maintenant, si, depuis qu'ils ont annoncé la nouvelle à l'assemblée extraordinaire du personnel, disant que des temps difficiles s'annonçaient pour la grande famille, et qu'ils ont parlé de départs volontaires. Ils ont dit départs volontaires pour les plus anciens. Alors, Jean s'est mis à compter ses années au bloc B depuis le début et il a compris qu'il était arrivé parmi les plus anciens, que subitement il pouvait en rester à ces années-là, ne pas finir les cinq ou six qui lui restent, comme c'était prévu jusqu'ici, quand l'âge décidait pour vous et que à ce moment-là ça allait de soi de finir. Tout d'un coup, on pouvait cesser de s'en remettre à l'âge ou, en quelque sorte, au sort; on vous laissait choisir votre fin, une qui ne va pas de soi.
Jean en était resté cloué à sa place, comme si le temps des cinq ou six années s'était effacé et que lui aussi, volontairement, s'effaçait déjà de la salle des conférences où ils étaient tous rassemblés, et même des bureaux, des ascenseurs, de la cafétéria, des couloirs du bloc B.
A eux, quel effet cela leur fait d'annoncer ce qu'ils annoncent, s'était demandé Jean à la fin de l'assemblée, pendant qu'eux, déjà, remerciaient les membres de la grande famille, se mettaient debout tous ensemble, dans le bruit de leurs chaises reculées sur l'estrade, et quittaient l'espèce de longue tribune où ils s'étaient attablés avec chacun son micro et son nom inscrit sur un carton posé devant, bien lisible, comme si tout le monde ne les connaissait pas, depuis le temps.


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli