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Neva

Couverture du livre Neva

Auteur : Patrick K. Dewdney

Date de saisie : 24/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Les Contrebandiers, Paris, France

Prix : 6.50 € / 42.64 F

ISBN : 978-2-915438-30-7

GENCOD : 9782915438307

Sorti le : 13/09/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Saint Petersbourg. Théâtre du crime organisé, où quotidiennement sont sacrifiées des vies brisées au nom du pouvoir et de l'argent. En première ligne de la guerre entre petits caïds et la mafia russe, il y a Piotr et il y a Dimitri, amis envers et contre tous, emblèmes d'une jeunesse perdue. Entre les balles coule la Neva, rivière enchanteresse qui s'offre à ceux qui cherchent le salut. Mais une force irrésistible est à l'oeuvre, poussant Piotr et Dimitri de plus en plus loin dans le viol de leurs consciences, et le dénouement attend, implacable et féroce. Face au destin, il n'y aura qu'une chance de sauver son âme, que ce soit dans le sang, dans la drogue ou dans les yeux d'une femme.

Né à Plymouth (Royaume-Uni) le 26 octobre 1984, Patrick K. Dewdney réside actuellement à Limoges où il suit des études à l'université de lettres et sciences-humaines.





  • Les premières lignes

PIOTR

Le gros Gorbavitch gueule. Le gros Gorbavitch gueule souvent parce qu'il aime ça. Et il est laid quand il gueule, plus que d'habitude en tout cas. Aujourd'hui il est pas content pour les mêmes raisons que tous les autres jours : parce qu'à Saint-Pétersbourg les Colombiens ont le monopole de l'export, parce que lui doit traiter avec la Mafia pour s'en sortir et qu'entre ces deux facteurs la marge de manoeuvre est très mince. Ça doit être un peu complexe à gérer, surtout pour le gros Gorbavitch, mais essentiellement il doit savoir qu'être «un indépendant» c'est risqué et que traiter avec la Mafia c'est plus risqué encore.

Le gros Gorbavitch est devenu ce qu'il est un magouilleur parce que déjà petit il avait compris que son imposante masse suffisait à lui offrir ce qu'il pourrait vouloir dans ce monde et que quand il gueulait, les gens sensés se rendaient vite compte qu'ils étaient d'accord avec lui. Ce que certains ont obtenu par esprit, ou par chance, le gros Gorbavitch lui, l'a obtenu en gueulant.

Et donc le gros Gorbavitch est assis là à me gueuler dessus. D'un oeil absent je regarde les filets de bave qui coulent entre ses dents noircies. Le crâne chauve et bosselé, humide de sueur. Les postillons qui atterrissent à intervalles réguliers sur la table. On sent son haleine putride imbibée de mauvaise vodka, même de l'autre côté du bureau. Le gros Gorbavitch martèle le contre-plaqué avec son poing et ses grosses phalanges et ses ongles brisés, pleins de crasse :
- Putain, Piotr, j'ai dit les Moulinex ! Pas les Bosch, les putains de Moulinex !
Le gros Gorbavitch aime bien dire putain. Peut-être parce que c'est sa seule source de plaisir, les putains. C'est Dimitri qui a sorti ça un jour qu'on se cassait de chez le gros Gorbavitch, une des fois où ça l'avait pris de nous engueuler pendant des lustres. On avait ri.

Je regarde Dimitri qui est assis à ma droite. Il joue avec sa boucle d'oreille. Il me sourit. C'est lui le chef de notre bande, mais c'est moi que le gros Gorbavitch engueule. Il sait que Dimitri est plein de coke et que l'engueuler, ça sert à rien, sauf à le faire marrer, Dimitri. Alors c'est moi qui me fais engueuler à sa place. Dimitri esquive un postillon et continue à me sourire. Il est plutôt beau Dimitri et il a toujours une nana, parce qu'il a de son côté ce charisme pétillant que lui refile la coke.
- Je vais en faire quoi maintenant de ces putains de micro-ondes Piotr ? C'était pas compliqué. Vous deviez prendre les putains de Moulinex. Putain de marque française, pas boche.
Bosch et boche, ça fait marrer Dimitri. Le gros Gorbavitch le dévisage d'un air épais avant de se tourner à nouveau vers moi. J'ai envie de lui répondre qu'hier soir Dimitri n'avait pas eu sa blanche et qu'il était pas très communicatif. Qu'il m'a juste dit qu'on devait embarquer des micro-ondes et que c'est exactement ce que j'ai fait. Et que s'il est pas content il peut se les foutre quelque part, ces contrefaçons françaises.
- Je vais dire quoi à Vassili, pour ces putains de micro-ondes, Piotr ?
Vassili. Un tueur talentueux et sans âme, à travers qui le gros Gorbavitch organise ses contrats avec la mafia russe. Le gros Gorbavitch parle de Vassili comme s'il parlait de Dieu. Comme si le gros Gorbavitch travaillait avec Dieu. Le gros Gorbavitch se sent important quand il parle de Vassili. Il rappelle à son petit monde qu'il joue avec le feu. Parler de Vassili pour faire peur aux autres ça veut dire que temporairement, le gros Gorbavitch, lui, oublie d'en avoir peur. Moi et Dimitri on s'en tape. On sait que Vassili se fout de nous et que les balles coûtent trop cher pour qu'il les gaspille sur des losers. Et ça continue :
- Piotr, t'as de la putain de chance que Mikhaïl ait piqué une livraison de vrais Moulinex y a trois jours.


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