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Du bagne à l'Assemblée Nationale

Couverture du livre Du bagne à l'Assemblée Nationale

Auteur : Françoise Beïs-Chartier

Date de saisie : 14/07/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Persée, Cogolin, France

Prix : 16.50 € / 108.23 F

ISBN : 978-2-35216-043-4

GENCOD : 9782352160434

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  • La présentation de l'éditeur

Lors de recherches généalogiques, Fauteur a découvert qu'elle avait un arrière-grand-oncle qui avait été très célèbre en son temps : Théoxène Roque de Filhol. Cette révélation l'incita à voyager sur les traces de son aïeul jusqu'en Nouvelle-Calédonie. C'est à travers les souvenirs de Jeanne, sa compagne, qu'elle fait revivre Théoxène, sur la période de 1830 à 1900.

Homme politiquement engagé, Théoxène avait des idées avant-gardistes, communes aux intellectuels de l'époque tel Victor Hugo. Maire de Puteaux, il fut injustement condamné au début de la Commune à être déporté au bagne de Nouméa : ses prises de position devenaient trop gênantes pour le pouvoir politique. Gracié après huit années, il fut élu député des Hauts de Seine, et reprit son combat au côté du peuple.

Par le biais de cette biographie, Françoise Beïs-Chartier rapporte fidèlement la vie parisienne de l'époque : les grands travaux entrepris par Haussmann, les moeurs, la mode, ainsi que l'horreur du bagne de Nouméa.





  • Les premières lignes

1900
UNE VIEILLE DAME SE SOUVIENT

Jeanne est assise dans son confortable fauteuil anglais recouvert d'une sombre couverture. Elle contemple rêveusement le tilleul qui fait face à la fenêtre de sa chambre, remarquant que l'été de cette année 1900 se termine : les feuilles jaunissent, la pluie qui bat les vitres en cet après-midi de septembre rafraîchit l'atmosphère. Même si elle porte sur ses traits son âge avancé, elle garde sur le visage la douceur de son caractère...
Une sérénité, une tranquillité habitent ses gestes ralentis par le temps. Sa chambre est vaste, sobrement décorée et meublée des souvenirs de sa longue vie. À l'honneur, éclairé d'une lampe presque toujours allumée, un grand portrait peint à l'huile occupe un pan de mur : il représente, presque en grandeur nature, Théoxène Roque de Filhol, l'homme qui a marqué profondément sa vie. Le tableau est sombre : l'homme, assis bien droit sur un fauteuil, tient à la main un journal sur lequel est écrit le mot "justice". À sa droite, une petite tache colorée : c'est le double rideau que Jeanne avait elle-même confectionné pour leur logement de la rue des coutures à Puteaux. Des taches de lumière blanche accentuent le côté sombre de l'ensemble de l'oeuvre, c'est le col et une manchette de sa chemise. Dans cette ambiance ténébreuse, son visage apparaît comme éclairé, ses yeux pleins de bonté vous fixent avec bienveillance et une attention soutenue. Il ne rit pas, mais ses traits ne sont pas sévères pour autant ; son grand front accentue son air pensif. Jeanne s'adresse souvent au portrait, comme pour continuer un long dialogue, maintenant inter­rompu par la mort.
Tout à coup, après avoir frappé, Maria entre dans la pièce, apportant avec elle la fraîcheur de l'air du dehors.
- Mais vous êtes dans la pénombre, ma chère Jeanne ! Que se passe-t-il ? Voulez-vous que j'allume votre lampe ?
- Oh non, ça n'en vaut pas la peine. Je ne vais pas tarder à me mettre au lit.
- Pas si tôt, voyons ! Comme vous avez l'air triste, ce soir ! En plus, on me dit à l'office que vous ne mangez plus guère, ces jours-ci !
- Oh ! Tu sais, j'ai quatre-vingt-un ans : on n'a plus de gros besoins, à mon âge ! Je ne fais plus rien, je n'ai plus faim non plus : c'est normal.
- Qu'est-ce que c'est que ce gros chagrin qui vous prend ?
- Tu sais bien que chaque année à cette période, je revis les derniers moments de Théoxène et que je ressens la même impression d'abandon... ça ne s'atténue pas avec le temps, comme beaucoup le prétendent pourtant... j'ai même l'impression que plus le temps passe, plus il me tarde de le rejoindre !
- Voyons, ne dites pas cela ! Laissez-moi vous arranger cet oreiller derrière votre dos, afin que vous soyez mieux installée ! Voulez-vous que je vous apporte une tasse de café ? Nous parlerons un peu en le dégustant...
- Si tu veux...»


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