Auteur : Simon Hecquet | Sabine Prokhoris
Date de saisie : 12/07/2007
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : PUF, Paris, France
Collection : Lignes d'art
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-13-055555-1
GENCOD : 9782130555551
Sorti le : 08/06/2007
La danse est-elle un art à part, reclus dans l'ineffable présence du corps du danseur, point d'origine et raison ultime de l'exception chorégraphique ? C'est ce qui ressort de la plupart des discours tenus aujourd'hui sur la danse, de façon exacerbée dans le champ de la danse contemporaine et de la performance.
Conséquence de cette position : sous la " modernité " revendiquée, le partage de cet art, et sa transmission, relèveront d'une expérience et d'une tradition plutôt religieusement connotées (communion), que d'opérations à valeur critique et esthétique (ré-invention). Ce livre entend interroger une position devenue dominante qui apparaît aussi comme une position de repli, en prenant pour levier de son entreprise l'analyse de bien étranges objets : les systèmes graphiques de transcription du mouvement, qui permettent de réaliser des partitions pour la danse.
En comparant la Chorégraphie, imaginée par Beauchamp et Feuillet aux alentours de 1700, et la cinétographie, réinventée par Laban en 1928 à partir d'une réévaluation du système " Feuillet ", on découvrira comment opèrent ces agencements descriptifs, dont les enjeux méritent d'être pensés hors des vaines polémiques qu'ils suscitent habituellement. La réalisation par Nijinski d'une partition pour " L'après-midi d'un faune ", non pour assurer la " conservation " de sa pièce, mais pour une articulation neuve de l'écriture et de l'interprétation autour d'un intraitable impératif de littéralité, éclaire l'essentiel.
C'est dire que le mouvement d'interpréter, coeur battant de l'oeuvre, appartient autant à celui qui danse, qu'à celui qui voit danser. S'ouvre alors, à partir du champ chorégraphique, et au-delà de lui, une perspective insoupçonnée sur ce qui constitue la matière esthétique.
Simon Hecquet est danseur. Il pratique et enseigne depuis plusieurs années les systèmes de transcription du mouvement, à travers la recréation de pièces chorégraphiques et l'établissement des partitions. Sabine Prokhoris est psychanalyste. Elle intervient également dans le champ chorégraphique, comme critique principalement. Elle a publié " La cuisine de la sorcière " (Aubier, 1988), et " Le sexe prescrit " (Aubier, 2000, réed. Champs Flammarion, 2002).
Les tentatives de représenter graphiquement la chorégraphie ce qui peut sembler un pléonasme, puisque la chorégraphie, art de régler les figures des ballets, est, étymologiquement, écriture (graphia) de la danse (koreia) ne sont pas récentes...
Mais c'est le hongrois Rudolf Laban qui, à partir de1928, élabore le système le plus complet, la cinétographie (connue aujourd'hui dans le monde sous l'appellation Labanotation), une méthode d'écriture universelle, qui, en utilisant des symboles géométriques aptes à formaliser gestes, pas, sauts, vrilles, etc. et en mettant en évidence le rapport avec la musique, permet de rendre reproductible le mouvement dansé...
Hecquet et Prokhoris étudient de près ce système, et les «agencements descriptifs» auxquels il donne lieu, en s'appuyant par exemple sur la réalisation (et la réinterprétation) par Nijinski d'une partition de L'après-midi d'un faune, mais aussi sur Borgès et Michel Foucault, Wittgenstein ou Freud : leur but est de montrer que l'interprétation d'une oeuvre est aussi un mouvement, une «transmission continuée», assurée tant par celui qui danse que par ceux qui le voient danser. «Je suis en mots, je suis fait de mots, les mots des autres...», écrivait Beckett. Cela est vrai de toute présence. La présence d'un corps aussi, «ce n'est que l'autre». Le «corps dansant» ferait-il exception et ne serait-il que «le corps propre» du danseur ? Celui-ci, disait Stravinsky, est «un orateur qui parle un langage muet». Mais, même muette, la parole ou le corps n'est jamais tout à fait à soi. Son sens, dont nulle interprétation ne rend jamais raison, est un va-et-vient entre dire et écouter, danser et voir danser, un entrelacs, un pas de danse à deux, à dix, à cent.
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli