Auteur : Christophe Donner
Date de saisie : 04/10/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 20.90 € / 137.10 F
ISBN : 978-2-246-62581-0
GENCOD : 9782246625810
Sorti le : 22/08/2007
Qui a tué l'enfant du Temple ?
C'est la question que se pose aussitôt Henri Norden, quand on lui demande d'écrire le scénario d'un film consacré au fils de Marie-Antoinette et de Louis XVI.
Principal suspect : Jacques-René Hébert, écrivain favori des sans-culottes et directeur du Père Duchesne, le journal le plus scandaleux et le plus célèbre de la Révolution.
À l'heure où l'on pense avoir authentifié le coeur de Louis XVII, le tabou sur le destin de ce «roi sans lendemain» est-il vraiment levé ? La réponse est expiatoire. Si elle n'est pas dans le film de Norden, elle se trouve dans le roman de Donner.
Christophe Donner est né en 1956 à Paris. Cinéaste et écrivain, il est notamment i'auteur de L'Esprit de vengeance (1991), L'Empire de la morale (2001), et Bang ! Bang ! (2005), parus chez Grasset.
La Révolution, l'enfance... L'auteur de L'Empire de la Morale (Prix de Flore, 2001, Grasset) est dans son élément. Donner veut venger son enfance en vengeant celle de l'arrière-petit-fils de Louis XV - qui est aussi le fils naturel de Fersen, nous apprend-on ! Norden s'en charge en enquêtant sur l'intimité de Louis XVII, sur son martyre : "Raconter l'histoire de l'enfant-roi, c'était comme s'il avait enfin atteint la source." Atteindre la source, ici, c'est prétendre indirectement à l'autobiographie, à l'autoportrait ; Christophe Donner a écrit, non sans un certain humour, qu'il était Contre l'imagination (Fayard, 1998). Un roi sans lendemain n'est donc pas, on s'en doute, un roman historique, un polar sur fond d'Ancien Régime. Ou pas seulement. C'est une farce ambiguë dans laquelle il n'est pas aisé de démêler la part de provocation, d'outrance, et la part d'excitation rageuse de son auteur, qui promène sa mauvaise foi comme d'autres leur chien : sans laisse.
Dans quelles conditions est mort Louis XVII ? Christophe Donner répond à sa manière dans «Un roi sans lendemain». Un roman éblouissant au style ravageur. Il faudrait être un bien sombre abruti pour ne voir dans la nouvelle livraison de Christophe Donner qu'un roman historique retraçant les heures illustres de la Révolution française. Comme il serait stupide d'imaginer qu'en s'attelant au destin tragique du jeune Louis XVII l'écrivain n'a eu d'autre souci que de nous offrir un polar historique. Son projet est un peu plus vaste : camper la barbarie des peuples et de leurs gouvernants lorsque la tempête s'empare des crânes...
En somme, l'écrivain vient de nous donner son oeuvre maîtresse. Comme si l'amour qu'il décrit avec la belle Dora l'avait transporté dans une dimension supérieure. Etre aimé rend sérieux, non ?
En voilà un qui a pigé son époque : avant moi, le déluge. Christophe Donner écrit comme si sur le sujet qui lui sert de miroir, ici la Révolution française, rien de valable n'avait été publié avant lui. Evidemment, c'est une farce, mais on dirait qu'il y croit. Il promène son ambiguïté et son personnage sur cette route vide, vidée par le regard qu'il porte sur lui-même, avec un sourire de bonimenteur en coin. L'idée qu'il peut écrire n'importe quoi, choquer le lecteur, le bourgeois, le journaliste, l'historien, tout ça c'est la même chose, cette idée l'excite, l'amuse, le ravit, l'enivre, puisqu'il sait qu'il est drôle, que c'est un roman et qu'il a du talent...
C'est le sens du roman : l'écrivain est l'enfant et l'assassin, la victime et le bourreau, l'accusateur et le coupable, le sauvage et le mondain. Et les personnages qu'il recrute ne parlent que de lui, ou de ce qu'il voudrait
«Un roi sans lendemain» est le grand roman qu'on attendait de Christophe Donner. Un roman où, comme on le dit des chevaux accomplis (l'autre passion de cet ex-apprenti jockey), il se «rassemble». On y retrouve en effet, dans une langue d'une vélocité et d'une férocité qui est sa marque, sa passion du cinéma, son goût pour la castagne (les producteurs sont des goujats, les critiques littéraires ne lisent pas), ses propres souvenirs d'une enfance révoltée, de l'autofiction (moi et les femmes, moi et mon éditeur, moi et l'imagination) et surtout une illustration, grandeur nature, de ce sentiment dont son oeuvre s'est longtemps nourrie : la haine. Elle oppose ici, pendant la Révolution française, Jacques René Hébert, fondateur du «Père Duchesne», grand dispensateur de «bougre» et de «foutre», chef du club des Cordeliers, contempteur des Girondins, a un enfant, le petit Louis XVII, fils de Louis XVI et de Marie- Antoinette, mort au Temple en 1795. Il avait 10 ans...
Il raconte la Révolution comme si elle venait d'avoir lieu. Il fait le portrait de Louis XVII comme s'il avait la folle illusion de pouvoir encore le sauver...
Au passé simple, il préfère le présent complexe. C'est que l'émotion qu'or éprouve pour un garçonnet supplicié est intemporelle. A sa manière, il révolutionne le roman historique. Pour un peu, l'auteur de «M'en fous la mort» récrirait la geste nationale.
Depuis qu'il écrit, Christophe Donner a toujours été, au fond, l'un et l'autre de ces deux personnages à la fois : l'écrivain barbare, jouisseur, sans morale ni remords, et l'enfant inconsolable. On se tromperait donc gravement à lui attribuer, à travers Un roi sans lendemain, la prétention de livrer son interprétation du moment historique révolutionnaire. Un roi sans lendemain n'est rien d'autre que le plus abouti des exercices autobiographiques : un roman lucide, explosif et poignant.
La littérature et le cinéma se sont beaucoup intéressés à Louis XVI et à Marie-Antoinette, mais très peu à Louis XVII. L'enfant du Temple est le grand refoulé de l'imagination française...
À deux siècles de distance, Christophe Donner prend le problème à bras-le-corps dans un roman historique d'un genre un peu particulier...
Un roi sans lendemain mêle art poétique, éducation sentimentale, reconstitution historique et apprentissage politique. Christophe Donner y affiche un humour grinçant et un sens de la distance qui manque trop souvent aux adeptes de l'autofiction. Le titre du roman fait écho à un mot de Louis XVII à Marie-Antoinette : «Maman, est-ce qu'hier n'est pas encore fini ?» Les anciennes tyrannies pouvaient bien priver les individus de leur or, de leur liberté ou de leur vie. Il restait des choses auxquelles Domitien et Néron n'avaient jamais accès. Dans sa geôle du Temple, l'enfant-roi fut amené à comprendre qu'aux hommes, les tyrans modernes prendraient désormais tout, en les arrachant à la Mémoire et au Temps.
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli