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Ground XO

Couverture du livre Ground XO

Auteur : Hannelore Cayre

Date de saisie : 12/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Suites. Suite française, n° 133

Prix : 8.00 € / 52.48 F

ISBN : 978-2-86424-623-7

GENCOD : 9782864246237

Sorti le : 06/09/2007


  • La présentation de l'éditeur

Hannelore Cayre
Ground XO

INEDIT

Christophe Leibowitz, notre désastreux avocat, poursuit toujours sa quête désespérée du bonheur Ainsi, il fêtera bientôt ses vingt ans d'exercice et pourtant ne voit rien d'autre se profiler à l'horizon qu'un enchaînement de mornes causes. Mais voilà qu'un beau jour, par le hasard d'une succession, il se retrouve héritier d'une marque de cognac. Cette boisson qui conserve en France l'image de la bouteille qu'on dépoussière pour clore un repas dominical est aux Etats-Unis le symbole de la sophistication dans la culture hip-hop. Il n'en faut pas plus pour ragaillardir notre pénaliste névrosé. Riche de son carnet d'adresses au pays des dealers, il se lance avec enthousiasme dans le show-business en misant sur l'un de ses clients trafi­quant de cocaïne et rappeur à ses heures, qu'il charge de chanter les vertus de son cognac.
Avocat, producteur de gangsta rap et bouilleur de cru, n'est-ce pas trop pour un seul homme ?

Avocate pénaliste, Hannelore Cayre est née en 1963. Elle est l'auteur de Commis d'office, qui a reçu le prix Polar derrière les murs 2005, et de Toiles de maître.



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  • Les premières lignes

C'était la veille de Noël.
J'avais prêté serment un 24 décembre, cela faisait exactement vingt ans.
Vingt années de barre que je venais de m'enquiller avec à chaque rentrée la même promesse : "Encore cinq ans et c'est fini, je raccroche la robe."

Grisé d'ambitions aussi imprécises que puériles, je rêvais, jeune avocat, de devenir un type qui marquerait son temps. Je me trouvais beau, alerte, et j'imaginais que les filles mouillaient jusqu'aux genoux rien qu'à me voir déambuler au Palais dans ma robe toute neuve.
Vingt années plus tard, je me retrouvais là, assis dans ma cuisine, la tête entre les mains à faire des compromis avec moi-même pour savoir combien de centilitres de calva viendraient à bout du souvenir pénible de la nuit que je venais de passer.
C'est mon humeur maussade et mon impuissance à me mettre en train qui me poussèrent ce matin-là à rédiger la première de mes confessions à l'inquiétant docteur Kafhar.

Le 24 décembre.
J'ai fait ce rêve atroce, ce rêve typique d'anniversaire, qui hante mon esprit depuis mon réveil.
Je suis devant les grilles du Palais de justice en train de me branler la nouille jusqu'au sang.
Alors que je recherche vainement une quelconque excitation, mes confrères défilent devant moi, gênés, en murmurant pour les plus compatissants : "Le pauvre, il est là tous les jours" et pour les moins sympas : "Et l'Ordre qui ne fait rien, c'est à ne pas y croire !"
Je sue et mes mains sont poisseuses.
Un garde mobile s'approche et d'une voix douce me dit : "Maître Leibowitz, c'est fini ; il faut rentrer maintenant !" Là, je remballe à contrecoeur mon appareil génital et m'éloigne, boulevard du Palais, en maugréant.

Je me relus : j'étais assez fier de moi. En un jet, j'avais réussi à pondre de la super came pour psy. En fait, c'était moins dur que je ne le croyais. Si Kafhar tenait ses promesses, j'allais la purger vite fait, ma mise à l'épreuve.

Au début de l'année, alors que je revenais innocent et tout sourire d'une dégustation de Château Lescours, je suis tombé dans le filet tendu par les flics, quai Malaquais. Une grosse Martiniquaise, rétive à mon charme, m'invita à descendre de mon véhicule et, après avoir vérifié mon identité d'un air suspicieux, m'obligea à souffler dans le ballon. Diagnostic : deux grammes ; conduite en état d'ivresse.
Mon ami et confrère Bertrand m'avait négocié un plaider coupable devant le procureur et je m'en étais sorti avec une petite suspension de permis et une amende de mille cinq cents euros à payer.
Je n'étais pas content, mais bon.
En octobre, rebelote. Alors que pour rentrer chez moi, je m'étais concocté un itinéraire spécial soirée arrosée, une déviation imprévue conjuguée à une malchance à peine croyable me guida sur le même barrage, devant la même Martiniquaise dépourvue d'humour qui me fit souffler dans le même ballon : deux grammes huit.
Bertrand, cette fois, ne réussit pas à m'éviter l'audience correctionnelle.


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