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Le temps de la sorcière

Couverture du livre Le temps de la sorcière

Auteur : Arni Thorarinsson

Traducteur : Eric Boury

Date de saisie : 31/08/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque nordique

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-86424-621-3

GENCOD : 9782864246213


  • La présentation de l'éditeur

Arni Thorarinsson
Le temps de la sorcière

TRADUIT DE L'ISLANDAIS PAR ÉRIC BOURY

La vie est difficile quand on est alcoolique "en pause" et journaliste exilé, pour mauvais esprit, dans le nord de l'Islande. Pourtant, il se passe des choses dans ce grand nulle part bouleversé par la mondialisation et l'arrivée des émigrés. Un petit chien disparaît, une vieille dame téléphone pour dire que la mort accidentelle de sa fille arrange bien les affaires de son gendre. Des adolescents se suicident. Un reportage sur la troupe de théâtre du lycée est publié, et le jeune et talentueux acteur qui tient avec tant de conviction le rôle principal disparaît... Pour échapper aux chiens écrasés et aux radios-trottoirs, mais surtout pour contredire l'ambitieux rédacteur en chef qui le téléguide depuis la capitale, Einar enquête sur cette microsociété gangrenée par la corruption, la drogue et la "politique des cousins". Il étudie le théâtre classique et découvre un présent inquiétant peuplé lui aussi, si on y regarde bien, de sorcières. Un roman noir plein d'humour, de vivacité et de suspense.

Arni Thorarinsson est né en 1950 à Reykjavik, où il vit actuelle­ment. Après un diplôme de littérature comparée à l'Université de Norwich en Angleterre, il travaille pour différents grands journaux islandais. Il participe à des jurys de festivals internationaux de cinéma et a été organisateur du Festival de cinéma de Reykjavik de 1989 à 1991. Ses romans sont traduits en Allemagne et au Danemark.



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  • La revue de presse Gérard Meudal - Le Monde du 31 aout 2007

Un petit objet devenu banal est en train de révolutionner les codes du roman policier : le téléphone portable. On connaît déjà la place que ces appareils ont prise dans les activités délictueuses. Indispensables aux malfaiteurs, ils sont devenus des auxiliaires précieux pour les enquêteurs, qui peuvent grâce à eux localiser certains appels et confondre les couples. Il était donc légitime de se pencher comme le fait Arni Thorarinsson, un auteur islandais né en 1950 dont c'est le premier roman traduit en français, sur les nouvelles règles qu'ils imposent à la fiction...
En explorant systématiquement ces défaillances, Arni Thorarinsson dresse un portrait sévère, d'une cruauté presque surprenante, d'une société dont les individus semblent avoir perdu tout repère et avoir de plus en plus de mal à communiquer entre eux. Avec ou sans téléphone portable.



  • Les premières lignes

SAMEDI

- Une excursion-surprise ?
Le bavardage d'Asbjörn se noie dans le brouhaha environnant et je suis forcé de lui demander de répéter au téléphone. Cette saleté de cellulaire flambant neuf qu'il m'a imposé. Je déteste ce machin qui permet aux autres de me joindre n'importe où et n'importe quand. Ce gadget qui me permet de joindre les autres n'importe où et n'importe quand. Qu'est-ce qu'on y gagne ? La connexion permanente. Le contact ininterrompu avec le monde qui nous entoure. Qu'est-ce qu'on y perd ? La tranquillité. Et la faculté de se déconnecter du monde qui nous entoure.
- Hein ? hurle Asbjörn en guise de réponse.
- Tu disais quoi ?
- Je disais qu'il y avait eu un accident dans une excur... Il n'achève pas sa phrase.
- Un accident ? Silence.
- Un accident, où ça ?
Aucune réponse. La communication a été coupée. Je repose le téléphone sur mes genoux et gare la voiture sur l'accotement. Un jour, j'ai lu que les téléphones cellulaires facilitaient la tâche des criminels parce qu'ils étaient joignables à tout moment. En même temps, ils ont compliqué celle des auteurs de romans policiers parce que le héros comme la victime étaient eux aussi toujours accessibles : le suspense et le danger de mort impliqués par l'impossibilité de joindre ou d'être joint appartenaient désormais presque au passé. Mais la possibilité d'être contacté de façon permanente ne recèlerait-elle pas plus de suspense et de danger mortel que l'impossibilité de l'être ?
- Quel est le problème ? demande Joa. Elle me lance un regard en coin depuis le siège du passager où elle est assise, imposante, dans son épais anorak imperméable.
J'allume une cigarette.
- C'était Asbjörn qui me parlait d un accident pas loin d'ici. Ensuite, on a été coupés.
Joa inspecte les alentours.
- Einar, nous sommes complètement cernés par de hautes montagnes.
Je baisse la vitre et je souffle la fumée dans l'air humide, à l'extérieur. Aussitôt, il se met à pleuvoir. Quelqu'un serait-il en train de protester ? Y a-t-il quelqu'un là-haut qui voudrait par hasard éteindre ma cigarette ?
- Fichue technique, je marmonne.
- Elle n'est pas encore arrivée jusqu'ici, observe Joa. Ici, dans le Nord, les montagnes empêchent de capter le réseau.
Elle se méprend sur mes paroles. Je voulais parler des cohortes de pompiers célestes. La police antitabac du Tout-Puissant.
- Alors là, ça m'étonnerait, je dis en regardant les environs. À mon avis, la vallée de Hjaltadalur n'est pas assez encaissée pour que les montagnes fassent écran au réseau. Quant à ces sommets, ils ne sont pas si hauts que ça. J'essaie de prendre un ton théâtral et alambiqué : leur forme rappelle celle de mamelons récemment remplis de silicone qui auraient été posés sur le corps du pays.
- Ça se pourrait ! s'esclaffe Joa, d'un rire un peu emprunté. Puis, elle jette un coup d'oeil autour d'elle et ajoute : tu as tout à fait raison, même si tu ne donnes pas dans l'originalité poétique. D'ailleurs, elle est plutôt jolie, cette paire de seins.
Il se trouve que Dame Nature a voulu que Joa et moi partagions le même goût pour la beauté féminine.
- Peut-être que le pays refuse ces irritations électriques perma­nentes, j'observe en soupirant. Et je le comprends sacrement !
J'attrape cette saleté de cellulaire et j'appelle Asbjörn. Il est de mauvais poil.
- Pourquoi tu m'as raccroché au nez ?
- Je t'ai pas raccroché au nez. Tu as dû appuyer sur la mauvaise touche.
- J'ai appuyé sur aucun bouton.


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