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Comme un cheval fourbu

Couverture du livre Comme un cheval fourbu

Auteur : Jean Contrucci

Date de saisie : 05/07/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : l'Ecailler, Marseille, France

Prix : 7.50 € / 49.20 F

ISBN : 978-2-35299-018-5

GENCOD : 9782352990185

Sorti le : 15/06/2007

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  • La présentation de l'éditeur

«Jusque-là, tout va bien», comme disait le type tombant du vingtième étage en passant devant les fenêtres du troisième. Mais dans un roman noir, il y a forcément quelque chose qui se détraque, même si «jusque-là» tout semblait tracé. Professeur agrégé dans un lycée de Marseille, Jacques Morançon, tandis que sa vie privée se délite, va se voir contesté dans ce qu'il a de plus cher : sa vocation d'enseignant. Les principes s'effacent et les assurances s'effondrent, même si en apparence tout est comme avant. Face à sa vie retournée comme une crêpe, dans cet hôpital où il est arrivé il ne sait comment, que va bien pouvoir faire Jacques Morançon ? Mourir, tout simplement ? Ou, avant cela, comprendre pourquoi il est là.

Journaliste, historien, écrivain, Jean Contrucci est l'auteur d'une série de romans policiers historiques passionnants sous l'intitulé des «Nouveaux Mystères de Marseille».
Dans ce roman psychologique et très sombre au contexte presque «chabrolien» il prend le lecteur par la main pour lui conter une fable sournoise menée avec une rare malice.





  • Les premières lignes

Cette nuit, j'ai entendu parler à voix basse, près de mon lit. Ils étaient au moins deux. Ce qu'ils se disaient, je ne le comprenais pas, mais c'était si présent que j'ai cru m'être réveillé. Je rêvais, certainement.
Des voix chuchotaient à mon oreille. J'ai essayé d'at­teindre l'interrupteur de la lampe de chevet, placée à gauche du lit. J'ai ressenti une douleur atroce dans mon bras. À croire qu'on me découpait le coude à la scie de boucher. Puis la douleur est passée dans ma poitrine et a saisi mon coeur entre ses mâchoires. Je reste persuadé qu'on voit la trace de ses dents, crochées sous mon sein gauche, comme celles d'un vampire.
Il était là, le vampire ! Je l'ai vu, soudain, comme je vous vois, au pied de mon lit. Un vampire de Grand-Guignol découvrant de phénoménales canines. Il s'est approché de moi, sans un mot, et a tenté de plonger sous les draps, à la recherche de mon coeur. J'ai voulu appeler, aucun son n'est sorti de ma gorge. J'ai essayé de raisonner. J'ai pensé, le plus intensément possible : «Du calme ! Je suis en train de rêver. Des choses comme ça n'existent pas ! Il n'y a pas à paniquer...»
Ça a marché : le vampire, vexé d'être percé à jour avant d'avoir pu se livrer à son passe-temps favori, s'est enfui dans un grand envol de cape.
Mais le répit fut de courte durée car l'attaque du buveur de sang m'avait fait oublier un instant la douleur que je ressentais à mon bras gauche. Le sadique qui me désossait le coude dans le noir m'attendait au tournant : il venait de reprendre sa sale besogne.
Et je n'arrivais pas à me réveiller ! J'avais beau écarquiller les yeux à m'en faire mal... J'ai bougé - ou plutôt j'ai essayé de bouger la tête, de droite à gauche. Ce fut pire. J'ai cru qu'on m'arrachait la trachée à pleines mains ! Mon lit s'est mis à danser au sommet d'une vague énorme. Le plus terrible, c'est quand elle a défer­lé. J'ai été roulé, submergé, l'eau entrait par la bouche et le nez à la fois, je suffoquais. J'ai senti nettement mon coeur battre contre ma luette. J'ai ouvert les mâchoires sur un nouveau cri muet. Les poissons doivent crier comme ça quand ils agonisent : des choses terribles que personne n'entend... J'avais la langue comme un mor­ceau d'étoupe. Il me semblait, à présent, qu'elle occupait toute ma tête. Je pouvais palper l'intérieur de mon crâne. Je ne souhaite à personne d'éprouver ça...
Au bout d'un moment, la mer s'est un peu calmée. Mon lit ne s'est plus balancé que mollement.
Autour de moi, ça grouillait et discutait ferme. À voix haute. Ils étaient plus de deux, maintenant. Et je ne voyais toujours rien... Pas même cette «obscure clarté» qui tombe des persiennes de ma chambre et me sert, au réveil, à évaluer l'heure qu'il peut être.
Enfin, j'ai réussi à saisir quelques bribes de phrases, parce que celui qui parlait tout près de mon oreille droite braillait comme un âne :
- Mais empêchez-le de bouger, nom de dieu ! Il va tout arracher. Tenez-le plaqué au lit, au lieu de rester là, comme des emplâtres !...
Et puis, plus rien. La bande-son cassée. Net.


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